Démonstrations élégantes

Salut,

Le but de ce fil est de partager les démonstration que vous trouvez élégantes, afin de nourrir l’inspiration, en préparation des oraux de maths.

Alors je commence.

Soit f \in C^1([0,1]),g \in C^2(f([0,1]))
$$A_{g,f}=\left|\int_0^1g(f(x)) \text{d}x-g(\int_0^1f(x) \text{d}x)\right|\leq \max(|f’|)\times \max(|f|) \times \max(|g’'|) $$

Justification :
Ici on utilise une astuce qui peut être bien utile.

On a u(x)=g(x)+\max(|g''|)/2 \times x ^2 et v(x)=-g(x)+\max(|g''|)/2 \times x^2 qui sont convexes.

En utilisant l’inégalité de Jensen sur u et v on obtient :

$$A_{g,f} \leq \max(|g’'|)/2 \left|\int_0^1 f(x)^2\text{d}x- \left(\int_0^1f(t)\text{d}t\right)^2 \right|$$

$$A_{g,f}\leq \max(|g’‹ |)/2 \left| \int_0^1 \int_0^1\int_0^1 (f(x)+f(s))(f(x)-f(t)) \text{d}x\text{d}tds \right|\leq \max(|g ›‹ |)/2 \times 2\max(|f|) \times \max(|f ›|) \times \int_0^1\int_0^1 |x-t| dxdt$$

CQFD

Remarque : on peu affiner l’inégalité en calculant \int_0^1\int_0^1 |x-t| dxdt=1/3 et sans le majorer brutalement par 1.
Bon courage.

Bonjour,
Il y a une contrainte de niveau sur les énoncés et les solutions ?

Oui, il faut que la justification reste accessible à un MP* de bon niveau ( style oraux X ENS)

Edit : la justification doit être courte (disons moins de 10 lignes aérés) pour être facilement retenue et ainsi re-utiliser.

J en profite pour en mettre une autre que j aime beaucoup.


A, B matrice carré réels semblable dans les matrices complexes alors elles sont semblables dans les matrices réelles.

on a RAR^{-1}=B donc (1) RA-BR=0 on pose R=S+iT avec S, T matrices réelles

Donc (1) devient (SA-BS) +i(TA-TB) =0 donc par identification des parties réelles et imaginaires on a :

SA=BS et TA=BT, on considère le polynôme à coeffs réelles P(x) =det(S+xT) non nul car P(i) non nul.

Donc il existe a réel tel que P(a) non nul. Donc MAM^{-1}=B avec M=S+aT.

CQFD.

Une preuve de l’indénombrabilité de [0,1] que je trouve sympa :
S’il existe une surjection f : \mathbb{N}^* \mapsto [0,1] alors on pose U_n = ]f(n)-10^{-n}, f(n)+10^{-n}[. La famille (U_n)_{n \in \mathbb{N}^*} est un recouvrement ouvert de [0,1] donc on peut en extraire un sous-recouvrement fini (U_i)_{i \in I} par compacité. En notant l la longueur d’un intervalle de \mathbb{R} on obtient

$$1 = l([0,1]) \leq l \left( \bigcup_{i \in I} U_i \right) \leq \sum_{i \in I} l(U_i) \leq \sum_{n = 1}^{+\infty} l(U_n) = \sum_{n = 1}^{+\infty} \frac{2}{10^n} = \frac{2}{9}$$

Ce qui est absurde.

lilou8733, post:4, topic:132779 a écrit:

Une preuve de l’indénombrabilité de [0,1] que je trouve sympa :
S’il existe une surjection f : \mathbb{N}^* \mapsto [0,1] alors on pose U_n = ]f(n)-10^{-n}, f(n)+10^{-n}[. La famille (U_n)_{n \in \mathbb{N}^*} est un recouvrement ouvert de [0,1] donc on peut en extraire un sous-recouvrement fini (U_i)_{i \in I} par compacité. En notant l la longueur d’un intervalle de \mathbb{R} on obtient

$$1 = l([0,1]) \leq l \left( \bigcup_{i \in I} U_i \right) \leq \sum_{i \in I} l(U_i) \leq \sum_{n = 1}^{+\infty} l(U_n) = \sum_{n = 1}^{+\infty} \frac{2}{10^n} = \frac{2}{9}$$

Ce qui est absurde.

Magnifique !

On n’a même pas besoin de Borel-Lebesgue en plus !

Soient A \subset\mathbb{R} infini et borné, et \displaystyle u_n = \sup_{(x_1,\cdots,x_n) \in A^n} \prod_{1\leqslant i < j \leqslant n} |x_j-x_i|. Montrer que la suite v_n = u_n^{\tfrac{2}{n(n-1)}} est décroissante.
Je note, pour tout x=(x_1,\dots,x_n)\in A^n, [p(x):=\prod_{1\leqslant i<j\leqslant n} |x_i-x_j| \qquad\text{et}\qquad\forall i\in[![1,n]!],; p_i (x):= \prod_{j\in[![1,n]!],, i\neq j} |x_i-x_j|.] Alors \displaystyle u_n = \sup_{x\in A^n} p(x).
Soit x\in A^{n+1}. Comme \displaystyle p(x)^2 = \prod\limits_{i=1}^{n+1} p_i(x), on a \min_i p_i(x)\leqslant p(x)^{\textstyle \frac2{n+1}}. Soit i_0 un indice pour lequel ce min est atteint. On a [p(x) = p_{i_0}(x) \cdot p((x_j){j\neq i_0}) \leqslant p(x)^{\textstyle \frac2{n+1}} \cdot u_n ] donc [p(x)^{\textstyle 1-\frac2{n+1}} \leqslant u_n] et [u{n+1} \leqslant u_n^{\textstyle 1/(1-\frac2{n+1})} = u_n^{\textstyle \frac{n+1}{n-1}}.] Finalement : [u_{n+1}^{\textstyle \frac2{n(n+1)}} \leqslant u_n^{\textstyle \frac2{n(n+1)} \frac{n+1}{n-1}} = u_n^{\textstyle \frac2{n(n-1)}}.]

Soit f:\Bbb R\to\Bbb R admettant une limite épointée en tout point. Montrer que son nombre de points de discontinuité est au plus dénombrable.
Esquisse de preuve : Les ensembles $$E_n := {a\in \Bbb R\mid | f(a)-\lim\limits_{\substack{x\to a\ x\neq a}} f(x) |>\frac1n}$$ sont tous dénombrables, car si un E_n était indénombrable, il aurait un point d’accumulation a et f n’aurait pas de limite épointée en a.

Le dernier résultat de Calli, me fait penser à ce résultat :

Soit (f_i)_{i\in I} une suite de fonctions dans C([0,1]) indicé par I infini indénombrable, sous ensemble de [0,1].
Alors il existe (f_{i_n})_n une suite de fonction convergente uniformément vers une fonction continue et avec i_n injectif dans I et qui converge également dans [0,1].
C’est une application directe du théorème suivant :

E=C([0,1]) \times [0,1], d=max(||.||_\infty,|.|), A=\mathbb Q[x] \times ([0,1] \cap \mathbb Q) et $C={ (f_i,i) ; i \in I }$6

(E,d) ensemble métrique avec A=\{a_n \in E, n\in\mathbb N \} dense dans E, et C un sous-ensemble de E infini et indénombrable.
Alors C posséde un point d’accumulation.

Justification :

Si C sans point d’accumulation, alors \forall c \in C, \exists e_c>0, B(c,e_c) boule ouverte tel que
\forall c \in C, B(c,e_c) \cap C-\{c\}=\emptyset

Par densité de A on a \forall c \in C, \exists n_c \in \mathbb N, a_{n_c} \in B(c,e_c/4)
Les a_{n_c} distinct pour c distinct, car les B(c,e_c/4) disjointes
donc les a_{n_c} sont indénombrable, absurde car les a_{n_c} sont dans A qui est dénombrable.

CQFD.

PS : l’intérêt du théorème c’est que vous pouvez le montrer en 5 lignes, et alors vous pouvez l’utiliser pour vous aidez à l’oral.

Maintenant vous pouvez prouver sans difficulté que si f fonction réelle quelconque alors il existe une suite réelle (x_n) injective tel que f(x_n) tende vers f(t) avec x_n qui tend vers t.

Le principe de promiscuité :

Plus on est nombreux plus on est serré :

C’est un corollaire de :

Soit E=\{x_1,...,x_m \} \subset \mathbb R^n tel que \forall i,j \in \{1,2,...,m\}, i \neq j, b \geq ||x_i-x_j||\geq a
alors m \leq (1+2b/a)^n

Justification :

Les boules ouvertes B(x_i,a/2) sont 2 à 2 disjointes et incluses dans la boule fermé : B_f(x_1,b+a/2).

Comme une boule de rayon r à un volume proportionnelle à r^n , on a :

m \times (a/2)^n \leq (b+a/2)^n d’où m\leq (1+2b/a)^n

Bonjour,

Soit \mathbb K un corps fini de cardinaité q.

Déterminer le nombre minimal d’hyper-plans vectoriels qu’il faut pour recouvrir :
E=\mathbb K^n


Justification :
Soit H_1,...,H_q q hyperplans vectoriels, contiennent tous 0 alors card(\bigcup \limits_{i\in \{1,...,q\}} H_i) \leq (q^{n-1}-1) \times q +1=q^n-q+1<q ^n=card(E)
Donc il faut au moins q+1 hyperplans pour recouvrir E.

Soit (e_1,...,e_n) une base de E.

\forall i \in \mathbb K, A_i=vect(e_1,...,e_{n-1}+i.e_n) et B=vect(e_1,...,e_{n-2},e_n)

Alors ces q+1 hyperplans, par construction, recouvrent E.

CQFDEdit : erreur décrite par Calli.

Bonne journée.

T’as écrit q au lieu de q^{n-1} vers le début de ta démonstration.

Calculer $$A=\int_0^1 \dfrac{\sqrt{x}} {\sqrt{x} +\sqrt{1-x}} dx$$
Par un changement de variable t=1-x, on obtient

A=\int_0^1 \dfrac{\sqrt{1-x}}{\sqrt{x}+\sqrt{1-x}}dx

Donc 2A=\int_0^1 \dfrac{\sqrt{1-x}+\sqrt{x}}{\sqrt{x}+\sqrt{1-x}} dx=1

En fait on a même pour toute fonction continue par morceaux f

\int_0^1 \dfrac{f(x)} {f(x) +f(1-x)} dx = 1/2

Déterminer une CNS sur les coeffs d’un polynôme de deg 3 pour qu’il soit bijectif sur \mathbb F_p, p >5 nombre premier.
L’intêret de cette question, c’est de reconnaître facilement les polynômes bijectifs, de deg 3 et ainsi savoir si on peut déterminer, facilement, le nombre de point de la courbe elliptique associée.

On prend P de la forme : P(x)=x^3+ax+b
On peut toujours ramené n’importe quelle polynôme de deg 3 à cette forme (sans perdre la bijectivité, si bijectivité il y a), par un changement de variable affine x=y+c, c à bien choisir pour virer le terme quadratique.

On suppose a \neq 0 (c’est le cas le plus délicat à traiter)

cas : -a est un carré dans \mathbb F_p, e la racine carré non nul (car a non nul)
Alors P(e)=P(0)=b donc P n’est pas bijectif.

Cas : -a n’est pas un carré
P(x)=P(y) et x \neq y
ssi x^3-y^3+a(x-y)=0 et x-y\neq 0 ssi x^2-xy+y^2+a=0 et x-y\neq 0
ssi (\dfrac{x+y}{2})^2+3(\dfrac{x-y}{2})^2=-a et x-y\neq 0
ssi u^2+3v^2=-a et v\neq 0

les applications f: x \rightarrow -x^2 et g: x\rightarrow 3x^2+a sont telles que card(f(\mathbb F_p))=card(g(\mathbb F_p))=(p+1)/2 dans \mathbb F_p de card p.
Donc g(\mathbb F_p) \cap f(\mathbb F_p) \neq \emptyset
u,v \in \mathbb F_p tel que -u^2=3v^2+a comme -a n’est pas un carré on n’a pas v=0.

Donc P n’est pas bijective.

Calculer : $$A=\sum \limits_{n \geq 1} \dfrac{1}{n(n+2)(n+3)(n+5)(n+7)(n+11)}=\sum\limits_{n\geq 1} u_n$$
Pour faire ce calcul, on va se servir d’une généralisation des sommes telescopiques.
En utilisant la décomposition en pôle simple on obtient
On a u_n=\dfrac{a_0}{n}+\dfrac{a_2}{n+2}+\dfrac{a_3}{n+3}+\dfrac{a_5}{n+5}+\dfrac{a_7}{n+7}+\dfrac{a_{11}}{n+11} (*)

Avec \sum \limits_{i=0}^{11} a_i=0 où les a_i n’intervenant pas dans (*) pris égaux à 0.

Donc A_N=\sum \limits_{n=1}^N \sum \limits_{i=0}^{11} \dfrac{a_i}{n+i}=\sum\limits_{i=0}^{11} a_i\sum \limits_{n=1}^N \dfrac{1}{n+i}

A_N=\sum \limits_{i=0}^{11} a_i(\sum\limits_{n=13}^{N-1} \dfrac{1}{n}+\sum \limits_{k=1+i}^{12} \dfrac{1}{k}+\sum \limits_{k=N}^{N+i} \dfrac{1}{k} )

$$A_N=\sum\limits_{i=0}^{11} a_i(\sum\limits_{k=i+1}^{12} \dfrac{1}{k}+\sum \limits_{k=N}^{N+i} \dfrac{1}{k} ) $$

Soit \mathbb K un corps fini d’ordre q, E=\mathbb K^n ev dont (e_1,..,e_n) est une base.

On note H_i=vect\{e_k; k=1...n \text{ et } k\neq i\}. Déterminer card(\bigcup\limits_{i=1}^n H_i)=card(W).

V=E-W le complémentaire de W est l’ensemble V=\{x=\sum \limits_{k=1}^n a_k e_k ; \forall k=1..n, a_k\in \mathbb K^*\}

Donc V=(q-1)^n d’où W=q^n-(q-1)^n

Je trouve cette démonstration élégante car, si on ne pense pas à passer par le complémentaire (formule d’inclusion exclusion du cardinal*) le calcul du cardinal devient beaucoup plus délicat.

  • : nous verrons, une manière élégante d’utiliser ce principe

Soit P(x, y)\in \mathbb N[x, y]

On dispose d’un oracle qui nous donne la valeur de P(x, y) pour x, y rationnel de notre choix.

Combien de nombres de questions minimums à l oracle, sont ils nécessaires pour déterminer entièrement P ?

En fait 2 questions sont nécessaires et suffises : m=P(2,2) est plus grand que les coeffs de P et que son degré.

et P(m+1,(m+1)^{m+1}) en regardant cette entier en base (m+1) on obtient toutes les infos

Remarque : on peut étendre la méthode à un nombre de variables quelconques

Calculer $$C=\sum\limits_{A\subset {1,..,n}, A\neq \emptyset } (-1)^{|A|+1}\min{a: a\in A} $$

C’est l’application directe du principe d’inclusion exclusion à : $$card(\bigcup \limits_{i=1}^n H_i) $$
avec H_1=\{1\},H_2=\{1,2\},...,H_n=\{1,...,n\}

Donc C=n

Mais le meilleur reste à venir, avec un usage, encore plus astucieux de ce résultat.

Exo sympa :

Calculer $$C=\sum\limits_{A\subset {1,..,n}, A\neq \emptyset } (-1)^{|A|+1}\max{a: a\in A}$$


Si vous séchez trop longtemps, demander la correction (y compris par Mp)…

Une preuve exactement similaire à Foyer des lycéennes peut être donnée à l’exercice précédent (n prenant le rôle de 1).

C’est quoi la preuve de l’exo avec le max à laquelle tu pensais contrexemple ?

Pour la plus part des énigmes que je propose, il n’arrive pas souvent que l’on re-tombe sur la solution que j’avais en tête.

C’est ce qui me fait croire pour des problèmes réputés difficiles (par exemple le théorème de Thompson-Feit) il existe sûrement des solutions simples auxquelles personne encore n’a pensées.


$$n=\sum\limits_{A\subset {1,..,n}, A\neq \emptyset } (-1)^{|A|+1}\min{a: a\in A}=\sum\limits_{A\subset {1,..,n}, A\neq \emptyset } (-1)^{|A|+1}\min{n+1-a: a\in A}=\sum\limits_{A\subset {1,..,n}, A\neq \emptyset } (-1)^{|A|+1}(n+1-\max{a: a\in A})$$