WikiPrépaLivrets

Soient a,b∈Ra, b \in \mathbb{R} tels que a<ba < b. On considère une fonction f:[a,b]→Cf : [a, b] \to \mathbb{C} continue par morceaux et une fonction g:R→Cg : \mathbb{R} \to \mathbb{C} continue par morceaux et TT-périodique (T>0T > 0).

L'objectif est d'étudier la limite, lorsque λ→+∞\lambda \to +\infty, de la quantité :

I(λ)=∫abf(t)g(λt) dtI(\lambda) = \int_{a}^{b} f(t) g(\lambda t)   \mathrm{d}t

  1. On suppose dans cette question que ff est la fonction caractéristique d'un intervalle [α,β]⊂[a,b][\alpha, \beta] \subset [a, b]. Démontrer que :
    lim⁡λ→+∞∫αβg(λt) dt=β−αT∫0Tg(u) du\lim_{\lambda \to +\infty} \int_{\alpha}^{\beta} g(\lambda t)   \mathrm{d}t = \frac{\beta - \alpha}{T} \int_{0}^{T} g(u)   \mathrm{d}u

  2. En déduire le résultat lorsque ff est une fonction en escalier sur [a,b][a, b], puis lorsqu'elle est continue par morceaux.

  3. Cas de régularité accrue : On suppose ici que ff est de classe C1\mathcal{C}^1 sur [a,b][a, b] et que gg est continue sur R\mathbb{R}. Retrouver le résultat de la limite en utilisant une intégration par parties. On pourra introduire une primitive de g−mg - m où mm est la valeur moyenne de gg.

  4. Application : Soit g∈C1([0,1],R)g \in \mathcal{C}^1([0, 1], \mathbb{R}) une fonction 11-périodique et f∈C0(R,R)f \in \mathcal{C}^0(\mathbb{R}, \mathbb{R}). Calculer lim⁡n→+∞∫01g(t)f(nt) dt\lim_{n \to +\infty} \int_{0}^{1} g(t) f(nt)   \mathrm{d}t.

1.

Pour la question 1, effectuer le changement de variable u=λtu = \lambda t et utiliser la décomposition de l'intervalle d'intégration en périodes entières.

2.

Pour la question 2, utiliser la densité des fonctions en escalier dans l'espace des fonctions continues par morceaux pour la norme ∥⋅∥1\| \cdot \|_1.

3.

Pour la question 3, si m=1T∫0Tgm = \frac{1}{T} \int_0^T g, alors la fonction G(x)=∫0x(g(u)−m) duG(x) = \int_0^x (g(u)-m)   \mathrm{d}u est TT-périodique et bornée.

4.

Pour la question 4, se ramener au cas général en identifiant les rôles de ff et gg.

Idées clés

•

Densité des fonctions en escalier (approche par étapes).

•

Exploitation de la périodicité par découpage de l'intervalle.

•

Utilisation d'une primitive bornée pour l'IPP (cas C1\mathcal{C}^1).

Résolution.

  1. Soit f=1[α,β]f = \mathbf{1}_{[\alpha, \beta]}. On pose I(λ)=∫αβg(λt) dtI(\lambda) = \int_{\alpha}^{\beta} g(\lambda t)   \mathrm{d}t. Le changement de variable u=λtu = \lambda t donne :
    I(λ)=1λ∫λαλβg(u) duI(\lambda) = \frac{1}{\lambda} \int_{\lambda \alpha}^{\lambda \beta} g(u)   \mathrm{d}u

    Notons Nλ=⌊λβ−λαT⌋N_\lambda = \lfloor \frac{\lambda \beta - \lambda \alpha}{T} \rfloor le nombre de périodes complètes. Par périodicité, l'intégrale sur chaque période vaut ∫0Tg\int_0^T g.

    I(λ)=Nλλ∫0Tg(u) du+1λ∫resteg(u) duI(\lambda) = \frac{N_\lambda}{\lambda} \int_{0}^{T} g(u)   \mathrm{d}u + \frac{1}{\lambda} \int_{\text{reste}} g(u)   \mathrm{d}u

    Le terme de "reste" est intégré sur un intervalle de longueur inférieure à TT, donc comme gg est bornée sur une période (car CPM), ce terme est un O(1/λ)O(1/\lambda). Comme NλTλ→β−α\frac{N_\lambda T}{\lambda} \to \beta - \alpha, on en déduit :

    lim⁡λ→+∞I(λ)=β−αT∫0Tg(u) du\boxed{ \lim_{\lambda \to +\infty} I(\lambda) = \frac{\beta - \alpha}{T} \int_{0}^{T} g(u)   \mathrm{d}u }

  2. Par linéarité, le résultat est vrai pour toute fonction en escalier. Pour ff continue par morceaux, soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe une fonction en escalier ϕ\phi telle que ∥f−ϕ∥1=∫ab∣f−ϕ∣≤ε\|f - \phi\|_1 = \int_a^b |f - \phi| \leq \varepsilon. On écrit :
    ∣∫abf(t)g(λt)dt−m∫abf∣≤∫ab∣f−ϕ∣∣g(λt)∣+∣∫abϕ(t)g(λt)−m∫abϕ∣+∣m∣∫ab∣ϕ−f∣\left| \int_a^b f(t)g(\lambda t) \mathrm{d}t - m \int_a^b f \right| \leq \int_a^b |f-\phi| |g(\lambda t)| + \left| \int_a^b \phi(t)g(\lambda t) - m \int_a^b \phi \right| + |m| \int_a^b |\phi - f|
    En utilisant le fait que gg est bornée (∥g∥∞=M\|g\|_\infty = M), le premier et le troisième terme sont majorés par (M+∣m∣)ε(M + |m|)\varepsilon. Le terme central tend vers 0 d'après le cas précédent. D'où le résultat général :
    lim⁡λ→+∞∫abf(t)g(λt) dt=(1T∫0Tg)(∫abf)\boxed{ \lim_{\lambda \to +\infty} \int_{a}^{b} f(t) g(\lambda t)   \mathrm{d}t = \left( \frac{1}{T} \int_{0}^{T} g \right) \left( \int_{a}^{b} f \right) }

  3. Supposons f∈C1f \in \mathcal{C}^1 et gg continue. Soit m=1T∫0Tgm = \frac{1}{T} \int_0^T g. On pose h(u)=g(u)−mh(u) = g(u) - m. La fonction H:x↦∫0xh(u) duH : x \mapsto \int_0^x h(u)   \mathrm{d}u est une primitive de hh, TT-périodique (car ∫0Th=0\int_0^T h = 0), donc bornée par une constante KK. Par intégration par parties :
    ∫abf(t)h(λt) dt=[f(t)H(λt)λ]ab−∫abf′(t)H(λt)λ dt\int_a^b f(t) h(\lambda t)   \mathrm{d}t = \left[ f(t) \frac{H(\lambda t)}{\lambda} \right]_a^b - \int_a^b f'(t) \frac{H(\lambda t)}{\lambda}   \mathrm{d}t
    On majore : ∣∫abf(t)h(λt) dt∣≤Kλ(∣f(b)∣+∣f(a)∣+∫ab∣f′(t)∣ dt)→λ→+∞0\left| \int_a^b f(t) h(\lambda t)   \mathrm{d}t \right| \leq \frac{K}{\lambda} \left( |f(b)| + |f(a)| + \int_a^b |f'(t)|   \mathrm{d}t \right) \xrightarrow[\lambda \to +\infty]{} 0. Ainsi ∫f(t)g(λt)→∫f(t)m=m∫f\int f(t) g(\lambda t) \to \int f(t) m = m \int f.

  4. Ici, ff joue le rôle de gg (périodique) et gg joue le rôle de ff (fixe). L'intégrale est ∫01g(t)f(nt) dt\int_0^1 g(t) f(nt)   \mathrm{d}t. Par le même raisonnement (ou en invoquant le résultat précédent), la limite est le produit de la valeur moyenne de la fonction "dilatée" et de l'intégrale de la fonction "fixe". La valeur moyenne de ff (en supposant ff périodique de période TfT_f) est mf=1Tf∫0Tffm_f = \frac{1}{T_f} \int_0^{T_f} f.
    L=(∫01g(t) dt)×(lim⁡T→∞1T∫0Tf(u) du)\boxed{ L = \left( \int_0^1 g(t)   \mathrm{d}t \right) \times \left( \lim_{T \to \infty} \frac{1}{T} \int_0^T f(u)   \mathrm{d}u \right) }
    Si ff est TT-périodique, la limite est 1T∫0Tf\frac{1}{T} \int_0^T f.

Justification du caractère borné de g via la périodicité.

Utilisation de la densité des fonctions en escalier.