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On considère l'opérateur Δ\Delta défini sur l'espace des fonctions par Δf(x)=f(x+1)−f(x)\Delta f(x) = f(x+1) - f(x).

  1. Soit R=PQR = \frac{P}{Q} une fraction rationnelle réelle avec Q≠0Q \neq 0. On définit son degré par deg⁡R=deg⁡P−deg⁡Q\deg R = \deg P - \deg Q. Montrer que si RR n'est pas nulle, alors deg⁡(ΔR)≤deg⁡R−1\deg(\Delta R) \le \deg R - 1.
  2. Soit (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite réelle convergeant vers une limite ll. On suppose qu'il existe des réels a1,…,ap+1a_1, \dots, a_{p+1} tels que :
    un=l+a1n+a2n2+⋯+apnp+ap+1np+1+o(1np+1)u_n = l + \frac{a_1}{n} + \frac{a_2}{n^2} + \dots + \frac{a_p}{n^p} + \frac{a_{p+1}}{n^{p+1}} + o\left(\frac{1}{n^{p+1}}\right)
    On souhaite construire une suite (vn)(v_n) convergeant vers ll plus rapidement que (un)(u_n).
    1. On pose f(n)=npunf(n) = n^p u_n. Montrer que f(n)f(n) peut s'écrire sous la forme Q(n)+R(n)+ϵnQ(n) + R(n) + \epsilon_n, où QQ est un polynôme de degré pp, RR une fraction rationnelle de degré −1-1, et ϵn=o(n−1)\epsilon_n = o(n^{-1}).
    2. En utilisant les propriétés de l'opérateur Δp\Delta^p, montrer que :
      Δpf(n)=p!⋅l+O(1np+1)\Delta^p f(n) = p! \cdot l + O\left(\frac{1}{n^{p+1}}\right)
      (On admettra que Δpϵn\Delta^p \epsilon_n conserve le caractère négligeable).
    3. En déduire que la suite (vn)(v_n) définie par :
      vn=1p!∑k=0p(−1)p−k(pk)(n+k)pun+kv_n = \frac{1}{p!} \sum_{k=0}^p (-1)^{p-k} \binom{p}{k} (n+k)^p u_{n+k}
      vérifie vn=l+O(1np+1)v_n = l + O\left(\frac{1}{n^{p+1}}\right).

1.

Pour la question 1, écrire ΔR(x)=P(x+1)Q(x)−P(x)Q(x+1)Q(x)Q(x+1)\Delta R(x) = \frac{P(x+1)Q(x) - P(x)Q(x+1)}{Q(x)Q(x+1)} et analyser le degré du numérateur en remarquant que les termes de plus haut degré s'annulent.

2.

Pour 2.(a), multiplier le développement asymptotique de unu_n par npn^p.

3.

Pour 2.(b), utiliser le résultat de l'exercice précédent : ΔpQ=p!×(coefficient dominant de Q)\Delta^p Q = p! \times (\text{coefficient dominant de } Q).

Idées clés

•

Propriété de réduction de degré de l'opérateur de différence Δ\Delta.

•

Linéarité de Δp\Delta^p et action sur les parties régulières et singulières d'un développement.

•

Accélération de convergence par élimination des termes dominants de l'erreur.

Résolution.

  1. Soit R(x)=P(x)Q(x)R(x) = \frac{P(x)}{Q(x)}. On calcule la différence :
    ΔR(x)=P(x+1)Q(x+1)−P(x)Q(x)=P(x+1)Q(x)−P(x)Q(x+1)Q(x)Q(x+1)\Delta R(x) = \frac{P(x+1)}{Q(x+1)} - \frac{P(x)}{Q(x)} = \frac{P(x+1)Q(x) - P(x)Q(x+1)}{Q(x)Q(x+1)}
    Notons dP=deg⁡Pd_P = \deg P et dQ=deg⁡Qd_Q = \deg Q. Le dénominateur est un polynôme de degré 2dQ2d_Q. Pour le numérateur, si P(x)=axdP+…P(x) = a x^{d_P} + \dots et Q(x)=bxdQ+…Q(x) = b x^{d_Q} + \dots, le terme en xdP+dQx^{d_P+d_Q} est : a(x+1)dP⋅bxdQ−axdP⋅b(x+1)dQ=abxdP+dQ−abxdP+dQ+termes infeˊrieursa(x+1)^{d_P} \cdot b x^{d_Q} - a x^{d_P} \cdot b (x+1)^{d_Q} = ab x^{d_P+d_Q} - ab x^{d_P+d_Q} + \text{termes inférieurs}. Le degré du numérateur est donc au plus dP+dQ−1d_P + d_Q - 1. Ainsi, deg⁡(ΔR)≤(dP+dQ−1)−2dQ=dP−dQ−1=deg⁡R−1\deg(\Delta R) \le (d_P + d_Q - 1) - 2d_Q = d_P - d_Q - 1 = \deg R - 1.
    deg⁡(ΔR)≤deg⁡R−1\boxed{\deg(\Delta R) \le \deg R - 1}

    1. Multiplions le développement de unu_n par npn^p :
      npun=lnp+a1np−1+⋯+ap+ap+1n+o(1n)n^p u_n = l n^p + a_1 n^{p-1} + \dots + a_p + \frac{a_{p+1}}{n} + o\left(\frac{1}{n}\right)
      On pose Q(n)=lnp+a1np−1+⋯+apQ(n) = l n^p + a_1 n^{p-1} + \dots + a_p, qui est un polynôme de degré pp. On pose R(n)=ap+1nR(n) = \frac{a_{p+1}}{n}, qui est une fraction rationnelle de degré −1-1. Le reste ϵn\epsilon_n est o(1/n)o(1/n).
    2. Par linéarité, Δpf(n)=ΔpQ(n)+ΔpR(n)+Δpϵn\Delta^p f(n) = \Delta^p Q(n) + \Delta^p R(n) + \Delta^p \epsilon_n. D'après l'étude des polynômes, ΔpQ\Delta^p Q est une constante égale à p!p! fois le coefficient dominant de QQ. Ici, ce coefficient est ll. Donc :
      ΔpQ(n)=p!⋅l\Delta^p Q(n) = p! \cdot l
      D'après la question 1, chaque application de Δ\Delta réduit le degré de la fraction rationnelle d'au moins 1. deg⁡R=−1  ⟹  deg⁡ΔpR≤−1−p\deg R = -1 \implies \deg \Delta^p R \le -1 - p. Ainsi, ΔpR(n)=O(n−(p+1))\Delta^p R(n) = O(n^{-(p+1)}). Le terme d'erreur suit la même logique.
      Δpf(n)=p!⋅l+O(1np+1)\boxed{\Delta^p f(n) = p! \cdot l + O\left(\frac{1}{n^{p+1}}\right)}

    3. En utilisant la formule explicite de Δp\Delta^p :
      Δpf(n)=∑k=0p(pk)(−1)p−kf(n+k)=∑k=0p(pk)(−1)p−k(n+k)pun+k\Delta^p f(n) = \sum_{k=0}^p \binom{p}{k} (-1)^{p-k} f(n+k) = \sum_{k=0}^p \binom{p}{k} (-1)^{p-k} (n+k)^p u_{n+k}
      D'après (b), en divisant par p!p! :
      1p!∑k=0p(pk)(−1)p−k(n+k)pun+k=l+O(1np+1)\frac{1}{p!} \sum_{k=0}^p \binom{p}{k} (-1)^{p-k} (n+k)^p u_{n+k} = l + O\left(\frac{1}{n^{p+1}}\right)
      C'est exactement la définition de vnv_n.
      vn=l+O(1np+1)\boxed{v_n = l + O\left(\frac{1}{n^{p+1}}\right)}

Bien distinguer l'action de delta sur les polynômes (partie régulière) et sur les fractions rationnelles (partie reste).

L'extrapolation de Richardson est un outil puissant pour accélérer la convergence d'une suite dont on connaît la forme du développement asymptotique.