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Soit [a,b][a, b] un segment de R\mathbb{R} (a<ba < b). On s'intéresse au comportement asymptotique de l'intégrale :

I(λ)=∫abf(t)eiλtdtI(\lambda) = \int_{a}^{b} f(t) e^{i \lambda t} \mathrm{d} t
lorsque le paramètre réel λ\lambda tend vers +∞+\infty, pour une fonction f:[a,b]→Cf : [a, b] \to \mathbb{C} continue par morceaux.

  1. Approche par les fonctions en escalier
    1. Soit (α,β)∈[a,b]2(\alpha, \beta) \in [a, b]^2. Calculer explicitement ∫αβeiλtdt\int_{\alpha}^{\beta} e^{i \lambda t} \mathrm{d} t et montrer que sa limite est nulle quand λ→+∞\lambda \to +\infty.
    2. On suppose que ff est une fonction en escalier sur [a,b][a, b]. Montrer qu'il existe une constante Mf≥0M_f \geq 0 telle que pour tout λ>0\lambda > 0 :
      ∣I(λ)∣≤Mfλ|I(\lambda)| \leq \frac{M_f}{\lambda}
      En déduire que lim⁡λ→+∞I(λ)=0\lim_{\lambda \to +\infty} I(\lambda) = 0.

  2. Cas des fonctions continues par morceaux En utilisant la densité des fonctions en escalier pour la norme de la convergence en moyenne (ou la norme infinie pour les fonctions continues), démontrer que pour toute fonction ff continue par morceaux sur [a,b][a, b] :
    lim⁡λ→+∞∫abf(t)eiλtdt=0\lim_{\lambda \to +\infty} \int_{a}^{b} f(t) e^{i \lambda t} \mathrm{d} t = 0

  3. Approche par la régularité C1C^1
    1. On suppose ici que ff est de classe C1\mathcal{C}^1 sur [a,b][a, b]. À l'aide d'une intégration par parties, établir l'existence d'une constante KfK_f telle que :
      ∀λ>0,∣I(λ)∣≤Kfλ\forall \lambda > 0,   |I(\lambda)| \leq \frac{K_f}{\lambda}
    2. Retrouver le résultat de la question 2. en utilisant la densité des fonctions C1\mathcal{C}^1 dans l'espace des fonctions continues par morceaux.

  4. Applications réelles Montrer que pour toute fonction ff continue par morceaux sur [a,b][a, b] :
    lim⁡n→+∞∫abf(t)cos⁡(nt)dt=0etlim⁡n→+∞∫abf(t)sin⁡(nt)dt=0\lim_{n \to +\infty} \int_{a}^{b} f(t) \cos(nt) \mathrm{d} t = 0   \text{et}   \lim_{n \to +\infty} \int_{a}^{b} f(t) \sin(nt) \mathrm{d} t = 0

1.

Pour le 1.(b), utiliser une subdivision adaptée à la fonction en escalier et la relation de Chasles.

2.

Pour le 2., utiliser le fait que pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une fonction en escalier φ\varphi telle que ∫ab∣f−φ∣≤ε\int_a^b |f - \varphi| \leq \varepsilon.

3.

Pour le 3.(a), l'intégration par parties fera apparaître un terme de bord et une intégrale contenant f′f'.

4.

Pour le 4., utiliser les formules d'Euler ou simplement prendre la partie réelle et imaginaire du résultat complexe.

Idées clés

•

Densité des fonctions simples (escalier, C1C^1) dans les fonctions continues par morceaux.

•

Intégration par parties pour gagner un facteur 1/λ1/\lambda.

•

Inégalité triangulaire intégrale : ∣∫f∣≤∫∣f∣|\int f| \leq \int |f|.

Résolution.

  1. Étude des fonctions en escalier
    1. Pour λ≠0\lambda \neq 0, on a par intégration directe :
      ∫αβeiλtdt=[eiλtiλ]αβ=eiλβ−eiλαiλ\int_{\alpha}^{\beta} e^{i \lambda t} \mathrm{d} t = \left[ \frac{e^{i \lambda t}}{i \lambda} \right]_{\alpha}^{\beta} = \frac{e^{i \lambda \beta} - e^{i \lambda \alpha}}{i \lambda}

      En majorant le numérateur par l'inégalité triangulaire (∣eix∣=1|e^{ix}| = 1), on obtient :

      ∣∫αβeiλtdt∣≤∣eiλβ∣+∣eiλα∣∣λ∣=2λ\left| \int_{\alpha}^{\beta} e^{i \lambda t} \mathrm{d} t \right| \leq \frac{|e^{i \lambda \beta}| + |e^{i \lambda \alpha}|}{|\lambda|} = \frac{2}{\lambda}

      Comme 2λ→λ→+∞0\frac{2}{\lambda} \xrightarrow[\lambda \to +\infty]{} 0, on a bien lim⁡λ→+∞∫αβeiλtdt=0\lim_{\lambda \to +\infty} \int_{\alpha}^{\beta} e^{i \lambda t} \mathrm{d} t = 0.

    2. Soit ff en escalier. Il existe une subdivision a=x0<x1<⋯<xn=ba = x_0 < x_1 < \dots < x_n = b telle que ff soit constante, de valeur ckc_k, sur chaque intervalle ]xk,xk+1[]x_k, x_{k+1}[. Par linéarité :
      I(λ)=∑k=0n−1ck∫xkxk+1eiλtdtI(\lambda) = \sum_{k=0}^{n-1} c_k \int_{x_k}^{x_{k+1}} e^{i \lambda t} \mathrm{d} t

      D'après la question précédente :

      ∣I(λ)∣≤∑k=0n−1∣ck∣2λ=1λ(2∑k=0n−1∣ck∣)|I(\lambda)| \leq \sum_{k=0}^{n-1} |c_k| \frac{2}{\lambda} = \frac{1}{\lambda} \left( 2 \sum_{k=0}^{n-1} |c_k| \right)

      En posant Mf=2∑k=0n−1∣ck∣\boxed{M_f = 2 \sum_{k=0}^{n-1} |c_k|}, on a la majoration voulue, ce qui assure la convergence vers 0.

  2. Généralisation aux fonctions continues par morceaux Soit ff continue par morceaux sur [a,b][a, b]. Soit ε>0\varepsilon > 0. Par densité des fonctions en escalier pour la norme ∥⋅∥1\| \cdot \|_1 (ou par construction de l'intégrale), il existe une fonction en escalier φ\varphi telle que :
    ∫ab∣f(t)−φ(t)∣dt≤ε2\int_{a}^{b} |f(t) - \varphi(t)| \mathrm{d} t \leq \frac{\varepsilon}{2}

    On décompose alors I(λ)I(\lambda) :

    I(λ)=∫ab(f(t)−φ(t))eiλtdt+∫abφ(t)eiλtdtI(\lambda) = \int_{a}^{b} (f(t) - \varphi(t)) e^{i \lambda t} \mathrm{d} t + \int_{a}^{b} \varphi(t) e^{i \lambda t} \mathrm{d} t

    Par inégalité triangulaire :

    ∣I(λ)∣≤∫ab∣f(t)−φ(t)∣⋅∣eiλt∣dt+∣∫abφ(t)eiλtdt∣|I(\lambda)| \leq \int_{a}^{b} |f(t) - \varphi(t)| \cdot |e^{i \lambda t}| \mathrm{d} t + \left| \int_{a}^{b} \varphi(t) e^{i \lambda t} \mathrm{d} t \right|

    Le premier terme est majoré par ε2\frac{\varepsilon}{2}. Pour le second, comme φ\varphi est en escalier, il existe λ0\lambda_0 tel que pour tout λ>λ0\lambda > \lambda_0, ce terme est aussi ≤ε2\leq \frac{\varepsilon}{2}. Ainsi :

    ∀λ>λ0,∣I(λ)∣≤ε\forall \lambda > \lambda_0,   |I(\lambda)| \leq \varepsilon

    D'où lim⁡λ→+∞I(λ)=0\boxed{\lim_{\lambda \to +\infty} I(\lambda) = 0}.

  3. Alternative par la classe C1\mathcal{C^1}
    1. Si f∈C1([a,b])f \in \mathcal{C}^1([a, b]), on intègre par parties :
      ∫abf(t)eiλtdt=[f(t)eiλtiλ]ab−∫abf′(t)eiλtiλdt\int_{a}^{b} f(t) e^{i \lambda t} \mathrm{d} t = \left[ f(t) \frac{e^{i \lambda t}}{i \lambda} \right]_a^b - \int_{a}^{b} f'(t) \frac{e^{i \lambda t}}{i \lambda} \mathrm{d} t

      D'où :

      ∣I(λ)∣≤∣f(b)∣+∣f(a)∣λ+1λ∫ab∣f′(t)∣dt|I(\lambda)| \leq \frac{|f(b)| + |f(a)|}{\lambda} + \frac{1}{\lambda} \int_{a}^{b} |f'(t)| \mathrm{d} t

      On pose Kf=∣f(a)∣+∣f(b)∣+∫ab∣f′(t)∣dt\boxed{K_f = |f(a)| + |f(b)| + \int_a^b |f'(t)| \mathrm{d} t}. On a bien ∣I(λ)∣≤Kfλ|I(\lambda)| \leq \frac{K_f}{\lambda}.

    2. On conclut par un argument de densité identique à la question 2, en utilisant le fait que C1([a,b])\mathcal{C}^1([a, b]) est dense dans l'espace des fonctions continues par morceaux pour la norme ∥⋅∥1\| \cdot \|_1.

  4. Conclusion sur les fonctions trigonométriques On remarque que cos⁡(nt)=Re(eint)\cos(nt) = \text{Re}(e^{int}) et sin⁡(nt)=Im(eint)\sin(nt) = \text{Im}(e^{int}). En appliquant le résultat de la question 2 avec λ=n∈N\lambda = n \in \mathbb{N}, on a :
    ∫abf(t)eintdt→n→+∞0\int_{a}^{b} f(t) e^{int} \mathrm{d} t \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0

    Comme la convergence dans C\mathbb{C} implique la convergence des parties réelles et imaginaires :

    lim⁡n→+∞∫abf(t)cos⁡(nt)dt=0etlim⁡n→+∞∫abf(t)sin⁡(nt)dt=0\boxed{\lim_{n \to +\infty} \int_{a}^{b} f(t) \cos(nt) \mathrm{d} t = 0}   \text{et}   \boxed{\lim_{n \to +\infty} \int_{a}^{b} f(t) \sin(nt) \mathrm{d} t = 0}

Utilisation de la norme L1 pour les fonctions continues par morceaux.

Toute intégrale d'une fonction fixe contre une oscillation rapide tend vers zéro.