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Soit EE un espace vectoriel sur le corps K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère deux endomorphismes ff et gg de EE satisfaisant la relation de commutation suivante :

fggf=IdEf \circ g - g \circ f = \text{Id}_E

  1. Montrer par récurrence que pour tout entier naturel nNn \in \mathbb{N}^*, on a la relation :
    fgngnf=ngn1f \circ g^n - g^n \circ f = n g^{n-1}
  2. On suppose dans cette question que EE est un espace vectoriel normé. Montrer que ff et gg ne peuvent pas être tous les deux des endomorphismes continus.
  3. En déduire que si EE est de dimension finie, il n'existe aucun couple (f,g)L(E)2(f, g) \in \mathcal{L}(E)^2 vérifiant la relation fggf=IdEf \circ g - g \circ f = \text{Id}_E.
  4. Proposer un exemple de couple (f,g)(f, g) vérifiant cette relation dans un espace de dimension infinie. On pourra considérer E=K[X]E = \mathbb{K}[X].

1.

Pour la récurrence, utiliser le fait que fgn+1=fgngf g^{n+1} = f g^n g et injecter l'hypothèse de récurrence ainsi que la relation initiale.

2.

Pour la non-continuité, utiliser la norme d'opérateur \| \cdot \| et l'inégalité triangulaire sur l'expression ngn1n g^{n-1}. Montrer d'abord par l'absurde que gn0g^n \neq 0 pour tout nn.

3.

Se rappeler qu'en dimension finie, toute application linéaire est continue. On peut aussi invoquer la trace.

4.

Penser aux opérations de dérivation et de multiplication par la variable XX sur les polynômes.

Idées clés

Identités de commutateurs et récurrence.

Propriétés de la norme d'opérateur : uvuv\|u \circ v\| \leqslant \|u\| \cdot \|v\|.

Lien entre dimension finie et continuité des applications linéaires.

Étude de l'opérateur de dérivation.

Résolution.

  1. Procédons par récurrence sur nNn \in \mathbb{N}^*. Initialisation : Pour n=1n=1, la relation s'écrit fggf=1g0=IdEf \circ g - g \circ f = 1 \cdot g^0 = \text{Id}_E, ce qui est exactement l'hypothèse de l'énoncé. Hérédité : Supposons que pour un n1n \geqslant 1 fixé, on ait fgngnf=ngn1f \circ g^n - g^n \circ f = n g^{n-1}. Calculons fgn+1gn+1ff \circ g^{n+1} - g^{n+1} \circ f : \begin{align*} f \circ g^{n+1} - g^{n+1} \circ f &= (f \circ g^n) \circ g - g^{n+1} \circ f
    &= (g^n \circ f + n g^{n-1}) \circ g - g^{n+1} \circ f   \text{(par hypothèse)}
    &= g^n \circ (f \circ g) + n g^n - g^{n+1} \circ f
    &= g^n \circ (g \circ f + \text{Id}_E) + n g^n - g^{n+1} \circ f   \text{(car } f \circ g = g \circ f + \text{Id}_E)
    &= g^{n+1} \circ f + g^n + n g^n - g^{n+1} \circ f
    &= (n+1) g^n \end{align*} La propriété est donc démontrée par récurrence.
    nN,fgngnf=ngn1\boxed{\forall n \in \mathbb{N}^*,   f \circ g^n - g^n \circ f = n g^{n-1}}

  2. Supposons par l'absurde que ff et gg soient tous deux continus. Alors leurs normes d'opérateurs f\|f\| et g\|g\| sont bien définies. Remarquons d'abord que pour tout nNn \in \mathbb{N}^*, gn0g^n \neq 0. En effet, si gn=0g^n = 0 pour un certain nn, alors d'après la formule précédente ngn1=0n g^{n-1} = 0, donc gn1=0g^{n-1} = 0. Par descente finie, on obtiendrait g=0g = 0, ce qui impliquerait IdE=0\text{Id}_E = 0, exclu si E{0}E \neq \{0\}. En utilisant l'inégalité triangulaire et la sous-multiplicativité de la norme d'opérateur sur la relation du point 1 : \begin{align*} n \|g^{n-1}\| &= \|f \circ g^n - g^n \circ f\|
    &\leqslant \|f \circ g^n\| + \|g^n \circ f\|
    &\leqslant \|f\| \cdot \|g^n\| + \|g^n\| \cdot \|f\|
    &\leqslant 2 \|f\| \cdot \|g\| \cdot \|g^{n-1}\| \end{align*} Comme gn10g^{n-1} \neq 0, on peut diviser par gn1\|g^{n-1}\| :
    n2fgn \leqslant 2 \|f\| \cdot \|g\|
    Cette inégalité doit être vraie pour tout nNn \in \mathbb{N}^*, ce qui est impossible car le membre de gauche tend vers ++\infty tandis que le membre de droite est constant.
    L’un au moins des endomorphismes f ou g est discontinu.\boxed{\text{L'un au moins des endomorphismes } f \text{ ou } g \text{ est discontinu.}}

  3. Si EE est de dimension finie, on sait que toutes les applications linéaires sur EE sont continues pour n'importe quelle norme choisie. D'après le résultat de la question 2, il est impossible de trouver f,gf, g continus vérifiant la relation. Comme ils sont nécessairement continus en dimension finie, un tel couple ne peut exister. Remarque alternative (Algébrique) : En dimension finie, on peut utiliser la trace. On aurait Tr(fggf)=Tr(IdE)\text{Tr}(f \circ g - g \circ f) = \text{Tr}(\text{Id}_E). Or Tr(fg)=Tr(gf)\text{Tr}(f \circ g) = \text{Tr}(g \circ f), donc Tr(fggf)=0\text{Tr}(f \circ g - g \circ f) = 0. D'autre part, Tr(IdE)=dim(E)\text{Tr}(\text{Id}_E) = \dim(E). D'où 0=dim(E)0 = \dim(E), ce qui n'est possible que si E={0}E=\{0\}.
    (f,g)L(E)2 tel que [f,g]=IdE si dimE<+\boxed{\nexists (f,g) \in \mathcal{L}(E)^2 \text{ tel que } [f,g] = \text{Id}_E \text{ si } \dim E < +\infty}

  4. Considérons E=K[X]E = \mathbb{K}[X]. On définit les endomorphismes suivants :
    • f:PPf : P \mapsto P' (dérivation)
    • g:PXPg : P \mapsto XP (multiplication par la variable)
    Soit PK[X]P \in \mathbb{K}[X]. Calculons (fggf)(P)(f \circ g - g \circ f)(P) : \begin{align*} (f \circ g)(P) &= f(XP) = (XP)' = P + XP'
    (g \circ f)(P) &= g(P') = XP' \end{align*} Par différence, on obtient :
    (fggf)(P)=P+XPXP=P(f \circ g - g \circ f)(P) = P + XP' - XP' = P
    Comme cela est vrai pour tout PP, on a bien fggf=IdEf \circ g - g \circ f = \text{Id}_E.
    Exemple : f(P)=P et g(P)=XP\boxed{\text{Exemple : } f(P)=P' \text{ et } g(P)=XP}

Utiliser la trace sans s'assurer de la dimension finie.

Le commutateur [f,g]=Id force la dimension infinie et la discontinuité d'un des opérateurs.