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Soit E=C0([0,1],R)E = \mathcal{C}^0([0, 1], \mathbb{R}) l'espace vectoriel des fonctions continues sur [0,1][0, 1] à valeurs réelles. Pour une famille de fonctions (f1,…,fn)(f_1, \dots, f_n) de EE et un nn-uplet de points (x1,…,xn)∈[0,1]n(x_1, \dots, x_n) \in [0, 1]^n, on considère la matrice de Casorati C(x1,…,xn)=(fi(xj))1⩽i,j⩽nC(x_1, \dots, x_n) = (f_i(x_j))_{1 \leqslant i, j \leqslant n}.

  1. Démontrer que la famille (f1,…,fn)(f_1, \dots, f_n) est liée dans EE si, et seulement si, pour tout (x1,…,xn)∈[0,1]n(x_1, \dots, x_n) \in [0, 1]^n, on a det⁡(C(x1,…,xn))=0\det(C(x_1, \dots, x_n)) = 0.
  2. Soit FF un sous-espace vectoriel de EE de dimension finie. On considère une suite (fk)k∈N(f_k)_{k \in \mathbb{N}} d'éléments de FF convergeant simplement vers une fonction ff sur [0,1][0, 1].
    1. Justifier que ff appartient à FF.
    2. Démontrer que la suite (fk)k∈N(f_k)_{k \in \mathbb{N}} converge uniformément vers ff sur [0,1][0, 1].

1.

Pour la question 1, le sens direct est immédiat par linéarité du déterminant. Pour le sens réciproque, procéder par récurrence sur nn en développant le déterminant par rapport à sa dernière colonne.

2.

Pour la question 2, utiliser le fait que toutes les normes sont équivalentes en dimension finie, ou exploiter la relation de la question 1 sur une base de FF.

Idées clés

•

Caractérisation de la liberté par l'évaluation en des points (Déterminant de Casorati).

•

Utilisation de la continuité et du caractère borné sur un segment.

•

Propriétés des espaces de dimension finie (équivalence des normes, complétude).

Résolution.

  1. Sens direct. Supposons que la famille (f1,…,fn)(f_1, \dots, f_n) soit liée. Il existe (λ1,…,λn)∈Rn∖{0}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) \in \mathbb{R}^n \setminus \{0\} tel que ∑i=1nλifi=0E\sum_{i=1}^n \lambda_i f_i = 0_E. Pour tout (x1,…,xn)∈[0,1]n(x_1, \dots, x_n) \in [0, 1]^n, on a alors pour chaque j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\} :
    ∑i=1nλifi(xj)=0\sum_{i=1}^n \lambda_i f_i(x_j) = 0
    Ceci montre que les lignes de la matrice C(x1,…,xn)C(x_1, \dots, x_n) sont liées par la même combinaison linéaire.
    ∀(x1,…,xn)∈[0,1]n,det⁡(C(x1,…,xn))=0\boxed{\forall (x_1, \dots, x_n) \in [0, 1]^n, \det(C(x_1, \dots, x_n)) = 0}

    Sens réciproque. Nous raisonnons par contraposée. Supposons la famille (f1,…,fn)(f_1, \dots, f_n) libre. Montrons par récurrence sur n⩾1n \geqslant 1 qu'il existe (x1,…,xn)∈[0,1]n(x_1, \dots, x_n) \in [0, 1]^n tel que det⁡(C(x1,…,xn))≠0\det(C(x_1, \dots, x_n)) \neq 0. Initialisation (n=1n=1) : (f1)(f_1) est libre, donc f1≠0f_1 \neq 0. Il existe x1∈[0,1]x_1 \in [0, 1] tel que f1(x1)≠0f_1(x_1) \neq 0, donc le déterminant 1×11 \times 1 est non nul. Hérédité : Supposons la propriété vraie au rang n−1n-1. Soit (f1,…,fn)(f_1, \dots, f_n) libre. La sous-famille (f1,…,fn−1)(f_1, \dots, f_{n-1}) est libre. Par hypothèse de récurrence, il existe (x1,…,xn−1)(x_1, \dots, x_{n-1}) tel que le déterminant Dn−1=det⁡(fi(xj))1⩽i,j⩽n−1D_{n-1} = \det(f_i(x_j))_{1 \leqslant i, j \leqslant n-1} soit non nul. Considérons la fonction Δ:x↦det⁡(C(x1,…,xn−1,x))\Delta : x \mapsto \det(C(x_1, \dots, x_{n-1}, x)). En développant par rapport à la dernière colonne :

    Δ(x)=∑i=1nαifi(x)\Delta(x) = \sum_{i=1}^n \alpha_i f_i(x)
    où αi\alpha_i est le cofacteur de l'élément en position (i,n)(i, n). En particulier, αn=Dn−1≠0\alpha_n = D_{n-1} \neq 0. Comme la famille (fi)(f_i) est libre, la fonction Δ\Delta (combinaison linéaire des fif_i avec au moins un coefficient non nul) ne peut pas être la fonction nulle. Il existe donc xn∈[0,1]x_n \in [0, 1] tel que Δ(xn)≠0\Delta(x_n) \neq 0.
    ∃(x1,…,xn)∈[0,1]n,det⁡(C(x1,…,xn))≠0\boxed{\exists (x_1, \dots, x_n) \in [0, 1]^n, \det(C(x_1, \dots, x_n)) \neq 0}

    1. Puisque FF est un sous-espace de dimension finie d'un espace vectoriel normé, il est fermé dans EE. Cependant, ici la convergence est simple et non uniforme. Utilisons une base (g1,…,gp)(g_1, \dots, g_p) de FF. D'après la question 1, il existe (x1,…,xp)(x_1, \dots, x_p) tels que det⁡(gi(xj))≠0\det(g_i(x_j)) \neq 0. Pour chaque kk, fk∈Ff_k \in F s'écrit fk=∑j=1pλj(k)gjf_k = \sum_{j=1}^p \lambda_j^{(k)} g_j. En évaluant en x1,…,xpx_1, \dots, x_p, on obtient un système de Cramer pour les (λj(k))(\lambda_j^{(k)}). Comme fk(xi)→f(xi)f_k(x_i) \to f(x_i), les coefficients λj(k)\lambda_j^{(k)} convergent vers des réels λj\lambda_j. Alors fkf_k converge simplement vers ∑λjgj\sum \lambda_j g_j, donc f=∑λjgj∈Ff = \sum \lambda_j g_j \in F.
      f∈F\boxed{f \in F}

    1. On peut supposer f=0f=0 quitte à étudier hk=fk−f∈Fh_k = f_k - f \in F. Soit (g1,…,gp)(g_1, \dots, g_p) une base de FF. On fixe (x1,…,xp)(x_1, \dots, x_p) tels que D=det⁡(gi(xj))≠0D = \det(g_i(x_j)) \neq 0. Pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1], la famille (g1,…,gp,fk)(g_1, \dots, g_p, f_k) est liée (car de cardinal p+1p+1 dans FF de dimension pp). Le déterminant suivant est nul :
      ∣g1(x1)⋯g1(xp)g1(x)⋮⋮⋮gp(x1)⋯gp(xp)gp(x)fk(x1)⋯fk(xp)fk(x)∣=0\begin{vmatrix} g_1(x_1) & \cdots & g_1(x_p) & g_1(x)
      \vdots & & \vdots & \vdots
      g_p(x_1) & \cdots & g_p(x_p) & g_p(x)
      f_k(x_1) & \cdots & f_k(x_p) & f_k(x) \end{vmatrix} = 0
      En développant par rapport à la dernière ligne :
      Dfk(x)+∑j=1pΔj(x)fk(xj)=0D f_k(x) + \sum_{j=1}^p \Delta_j(x) f_k(x_j) = 0
      où les Δj(x)\Delta_j(x) sont des déterminants dont les colonnes sont des évaluations des fonctions de base. Les fonctions Δj\Delta_j sont continues sur [0,1][0, 1], donc bornées par MjM_j. On a alors :
      ∣fk(x)∣⩽1∣D∣∑j=1pMj∣fk(xj)∣|f_k(x)| \leqslant \frac{1}{|D|} \sum_{j=1}^p M_j |f_k(x_j)|
      Comme le membre de droite ne dépend pas de xx, on passe à la norme infinie :
      ∥fk∥∞⩽1∣D∣∑j=1pMj∣fk(xj)∣\|f_k\|_\infty \leqslant \frac{1}{|D|} \sum_{j=1}^p M_j |f_k(x_j)|
      Comme fk(xj)→0f_k(x_j) \to 0 pour chaque jj (convergence simple vers 0), le majorant tend vers 0.
      ∥fk∥∞→k→+∞0\boxed{\|f_k\|_\infty \xrightarrow[k \to +\infty]{} 0}

Confondre convergence simple et uniforme en dimension infinie.

En dimension finie, la convergence simple vers une fonction continue implique la convergence uniforme sur un segment.