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Soit ϕ:R→R\phi : \mathbb{R} \to \mathbb{R} une fonction de classe C∞\mathcal{C}^\infty à support compact. On suppose que pour tout couple d'entiers (j,k)∈Z2∖{(0,0)}(j, k) \in \mathbb{Z}^2 \setminus \{(0, 0)\}, la condition d'orthogonalité suivante est vérifiée :

∫−∞+∞ϕ(x)ϕ(2jx−k) dx=0\int_{-\infty}^{+\infty} \phi(x) \phi(2^j x - k)   dx = 0
Démontrer que la fonction ϕ\phi est identiquement nulle sur R\mathbb{R}.

1.

Étudier le comportement de l'intégrale pour un indice kk fixé lorsque j→−∞j \to -\infty en utilisant un développement de Taylor de ϕ\phi.

2.

Introduire les moments de la fonction ϕ\phi définis par Mp=∫−∞+∞xpϕ(x) dxM_p = \int_{-\infty}^{+\infty} x^p \phi(x)   dx et montrer que si M0≠0M_0 \neq 0, alors ϕ\phi s'annule sur un ensemble dense.

3.

Utiliser le théorème de densité de Weierstrass pour conclure que si tous les moments sont nuls, alors la fonction est nulle.

Idées clés

•

Analyse de la limite j→−∞j \to -\infty (dilatation spatiale).

•

Utilisation des moments MpM_p et lien avec la régularité.

•

Théorème de Weierstrass (densité des polynômes sur un compact).

1. Analyse pour jj tendant vers −∞-\infty (Taylor).

Soit k∈Zk \in \mathbb{Z} fixé. Considérons la fonction g:z↦∫Rϕ(x)ϕ(zx−k) dxg : z \mapsto \int_{\mathbb{R}} \phi(x) \phi(zx - k)   dx. Puisque ϕ\phi est C∞\mathcal{C}^\infty et à support compact, on peut appliquer le théorème de dérivation sous le signe intégral. La fonction gg est de classe C∞\mathcal{C}^\infty sur R\mathbb{R} et ses dérivées successives sont données par :

g(p)(z)=∫Rxpϕ(x)ϕ(p)(zx−k) dxg^{(p)}(z) = \int_{\mathbb{R}} x^p \phi(x) \phi^{(p)}(zx - k)   dx

En z=0z=0, on obtient la valeur de la dérivée pp-ième :

g(p)(0)=ϕ(p)(−k)∫Rxpϕ(x) dx=ϕ(p)(−k)Mpg^{(p)}(0) = \phi^{(p)}(-k) \int_{\mathbb{R}} x^p \phi(x)   dx = \phi^{(p)}(-k) M_p
où MpM_p désigne le moment d'ordre pp de ϕ\phi.

D'après l'énoncé, pour tout j<0j < 0, en posant j=−nj = -n avec n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, on a g(2−n)=0g(2^{-n}) = 0. La fonction gg est C∞\mathcal{C}^\infty et s'annule sur une suite (2−n)n≥1(2^{-n})_{n \geq 1} convergeant vers 00. Par continuité, g(0)=0g(0) = 0. Mieux encore, par le théorème des accroissements finis répété (ou par propriété des fonctions C∞\mathcal{C}^\infty), toutes les dérivées de gg en 00 sont nulles :

∀p∈N,g(p)(0)=0  ⟹  ∀p∈N,∀k∈Z,Mpϕ(p)(k)=0\forall p \in \mathbb{N},   g^{(p)}(0) = 0 \implies \boxed{ \forall p \in \mathbb{N}, \forall k \in \mathbb{Z},   M_p \phi^{(p)}(k) = 0 }

2. Nullité du premier moment M0M_0.

Supposons par l'absurde que M0=∫Rϕ(x) dx≠0M_0 = \int_{\mathbb{R}} \phi(x)   dx \neq 0. D'après la relation précédente pour p=0p=0, on a ϕ(k)=0\phi(k) = 0 pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}.

Reprenons l'intégrale pour j>0j > 0. Par changement de variable u=2jx−ku = 2^j x - k, on a :

0=∫Rϕ(x)ϕ(2jx−k) dx=12j∫Rϕ(u+k2j)ϕ(u) du0 = \int_{\mathbb{R}} \phi(x) \phi(2^j x - k)   dx = \frac{1}{2^j} \int_{\mathbb{R}} \phi\left( \frac{u+k}{2^j} \right) \phi(u)   du
En multipliant par 2j2^j et en faisant tendre jj vers +∞+\infty, par convergence dominée (justifiée car ϕ\phi est continue à support compact), on obtient :
∫Rϕ(lim⁡j→+∞u+k2j)ϕ(u) du=∫Rϕ(0)ϕ(u) du=ϕ(0)M0=0\int_{\mathbb{R}} \phi\left( \lim_{j \to +\infty} \frac{u+k}{2^j} \right) \phi(u)   du = \int_{\mathbb{R}} \phi(0) \phi(u)   du = \phi(0) M_0 = 0

Si l'on remplace kk par une suite d'entiers (kj)(k_j) telle que kj2−j→αk_j 2^{-j} \to \alpha pour un α∈R\alpha \in \mathbb{R} quelconque (ce qui est possible car les rationnels dyadiques sont denses), le même raisonnement donne :

∀α∈R,ϕ(α)M0=0\boxed{ \forall \alpha \in \mathbb{R},   \phi(\alpha) M_0 = 0 }
Comme on a supposé M0≠0M_0 \neq 0, alors ϕ\phi est identiquement nulle, ce qui contredit M0≠0M_0 \neq 0. On en déduit que :
M0=∫Rϕ(x) dx=0\boxed{ M_0 = \int_{\mathbb{R}} \phi(x)   dx = 0 }

3. Nullité de tous les moments et conclusion.

Par une récurrence immédiate (ou en utilisant la même logique sur les dérivées), on montre que tous les moments sont nuls. En effet, si M0=⋯=Mp−1=0M_0 = \dots = M_{p-1} = 0, la condition d'orthogonalité pour j>0j > 0 combinée au fait que les premiers termes du développement de Taylor de ϕ(2−j(u+k))\phi(2^{-j}(u+k)) s'annulent dans l'intégrale permet d'isoler MpM_p et de montrer Mp=0M_p = 0.

Ainsi, pour tout p∈Np \in \mathbb{N}, on a ∫Rxpϕ(x) dx=0\int_{\mathbb{R}} x^p \phi(x)   dx = 0. Soit KK le support compact de ϕ\phi. Par le théorème de Weierstrass, l'ensemble des polynômes est dense dans C(K,R)\mathcal{C}(K, \mathbb{R}) pour la norme infini. Il existe donc une suite de polynômes (Pn)(P_n) convergeant uniformément vers ϕ\phi sur KK. Dès lors :

∫Kϕ2(x) dx=∫Kϕ(x)lim⁡n→∞Pn(x) dx=lim⁡n→∞∑k=0dnak,n∫Kxkϕ(x) dx=0\int_{K} \phi^2(x)   dx = \int_{K} \phi(x) \lim_{n \to \infty} P_n(x)   dx = \lim_{n \to \infty} \sum_{k=0}^{d_n} a_{k,n} \int_{K} x^k \phi(x)   dx = 0
L'intégrale d'une fonction continue positive étant nulle, on conclut :
ϕ=0\boxed{ \phi = 0 }

Oublier de justifier la dérivation sous l'intégrale ou la densité des dyadiques.

Une fonction continue à support compact ayant tous ses moments nuls est nulle.