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On considère la suite de fonctions (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} définie sur R+\mathbb{R}_+ par :

fn(t)=et1+tnf_n(t) = \frac{e^t}{1 + t^n}
Pour chaque entier naturel nn, on définit la fonction φn\varphi_n par :
∀x∈R+,φn(x)=∫0xet1+tn dt\forall x \in \mathbb{R}_+,   \varphi_n(x) = \int_0^x \frac{e^t}{1 + t^n}   \mathrm{d}t

  1. Déterminer la limite simple de la suite de fonctions (fn)(f_n) sur R+\mathbb{R}_+. La convergence est-elle uniforme sur [0,+∞[[0, +\infty[ ?
  2. Soit α\alpha un réel strictement positif. Démontrer que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, il existe un unique réel xn(α)⩾0x_n(\alpha) \geqslant 0 tel que φn(xn(α))=α\varphi_n(x_n(\alpha)) = \alpha.
  3. On suppose dans cette question que α>e−1\alpha > e - 1. Étudier le comportement asymptotique de la suite (xn(α))(x_n(\alpha)).
  4. On suppose désormais que 0<α<e−10 < \alpha < e - 1. Déterminer la limite de la suite (xn(α))(x_n(\alpha)).

1.

Pour la convergence uniforme, examiner la continuité de la limite simple.

2.

Utiliser le caractère strictement croissant de φn\varphi_n et l'étude des limites aux bornes pour appliquer le théorème de la bijection.

3.

Comparer φn(1)\varphi_n(1) à α\alpha. Pour montrer que la suite diverge vers +∞+\infty, on pourra raisonner par l'absurde en supposant la suite bornée et utiliser le théorème de convergence dominée.

4.

Montrer que la suite est monotone ou prouver que sa limite ℓ\ell doit nécessairement appartenir à [0,1][0, 1], puis identifier ℓ\ell par passage à la limite sous l'intégrale.

Idées clés

•

Analyse de la limite simple d'une suite de fonctions avec un saut en t=1t=1.

•

Utilisation du théorème de la bijection pour définir une suite implicite.

•

Théorème de convergence dominée (TCD) pour traiter les passages à la limite dans les intégrales dont les bornes dépendent de nn.

Résolution.

  1. Convergence de la suite (fn)(f_n). Soit t∈R+t \in \mathbb{R}_+. On distingue trois cas :
    • Si 0⩽t<10 \leqslant t < 1, alors tn→n→+∞0t^n \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0, donc fn(t)→n→+∞etf_n(t) \xrightarrow[n \to +\infty]{} e^t.
    • Si t=1t = 1, alors fn(1)=e2f_n(1) = \frac{e}{2} pour tout n⩾1n \geqslant 1.
    • Si t>1t > 1, alors tn→n→+∞+∞t^n \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty, donc fn(t)→n→+∞0f_n(t) \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0.
    La suite (fn)(f_n) converge donc simplement vers la fonction ff définie par :
    f(t)={etsi 0⩽t<1e/2si t=10si t>1\boxed{ f(t) = \begin{cases} e^t & \text{si } 0 \leqslant t < 1
    e/2 & \text{si } t = 1
    0 & \text{si } t > 1 \end{cases} }
    La limite simple ff est discontinue en t=1t=1. Or, chaque fnf_n est continue sur R+\mathbb{R}_+. Par contraposée du théorème de conservation de la continuité, la convergence ne peut pas être uniforme sur tout intervalle contenant 11, et donc pas sur R+\mathbb{R}_+.

  2. Existence et unicité de xn(α)x_n(\alpha). La fonction fnf_n est continue et strictement positive sur [0,+∞[[0, +\infty[. Par conséquent, sa primitive φn\varphi_n est de classe C1\mathcal{C}^1 et strictement croissante sur [0,+∞[[0, +\infty[. On a φn(0)=0\varphi_n(0) = 0. Étudions la limite en +∞+\infty. Pour t∈[0,1]t \in [0, 1], fn(t)⩾12f_n(t) \geqslant \frac{1}{2}, donc :
    φn(x)→x→+∞∫0+∞fn(t) dt\varphi_n(x) \xrightarrow[x \to +\infty]{} \int_0^{+\infty} f_n(t)   \mathrm{d}t
    Pour n=1n=1, f1(t)=et1+t∼ettf_1(t) = \frac{e^t}{1+t} \sim \frac{e^t}{t} au voisinage de +∞+\infty, donc l'intégrale diverge. Pour n⩾1n \geqslant 1, on a fn(t)∼ettnf_n(t) \sim \frac{e^t}{t^n} qui diverge également par croissances comparées. Ainsi, lim⁡x→+∞φn(x)=+∞\lim_{x \to +\infty} \varphi_n(x) = +\infty. D'après le théorème de la bijection, φn\varphi_n réalise une bijection de [0,+∞[[0, +\infty[ sur [0,+∞[[0, +\infty[. Pour tout α>0\alpha > 0, il existe donc un unique xn(α)∈]0,+∞[\boxed{ x_n(\alpha) \in ]0, +\infty[ } tel que φn(xn(α))=α\varphi_n(x_n(\alpha)) = \alpha.

  3. Étude du cas α>e−1\alpha > e - 1. Notons xnx_n pour xn(α)x_n(\alpha). On remarque que pour tout t∈[0,1]t \in [0, 1], fn(t)⩽etf_n(t) \leqslant e^t. On a φn(1)=∫01fn(t) dt⩽∫01et dt=e−1\varphi_n(1) = \int_0^1 f_n(t)   \mathrm{d}t \leqslant \int_0^1 e^t   \mathrm{d}t = e-1. Puisque α>e−1\alpha > e-1, on a φn(xn)>φn(1)\varphi_n(x_n) > \varphi_n(1), ce qui implique xn>1x_n > 1 par croissance de φn\varphi_n. Supposons par l'absurde que la suite (xn)(x_n) ne tende pas vers +∞+\infty. Comme elle est minorée par 1, il existerait une sous-suite (xσ(n))(x_{\sigma(n)}) bornée par un réel M>1M > 1. Alors α=∫0xσ(n)fσ(n)(t) dt=∫0Mfσ(n)(t)1[0,xσ(n)](t) dt\alpha = \int_0^{x_{\sigma(n)}} f_{\sigma(n)}(t)   \mathrm{d}t = \int_0^M f_{\sigma(n)}(t) \mathbf{1}_{[0, x_{\sigma(n)}]}(t)   \mathrm{d}t. Posons gn(t)=fσ(n)(t)1[0,xσ(n)](t)g_n(t) = f_{\sigma(n)}(t) \mathbf{1}_{[0, x_{\sigma(n)}]}(t). On a ∣gn(t)∣⩽et|g_n(t)| \leqslant e^t (intégrable sur [0,M][0, M]). Par convergence simple (sauf éventuellement en un nombre fini de points), gn(t)→n→+∞f(t)1[0,ℓ](t)g_n(t) \xrightarrow[n \to +\infty]{} f(t) \mathbf{1}_{[0, \ell]}(t) où ℓ\ell est une valeur d'adhérence. Par le TCD, α=lim⁡∫0Mgn(t) dt=∫01et dt=e−1\alpha = \lim \int_0^M g_n(t)   \mathrm{d}t = \int_0^1 e^t   \mathrm{d}t = e-1. Ceci contredit l'hypothèse α>e−1\alpha > e-1. On en déduit que :
    lim⁡n→+∞xn(α)=+∞\boxed{ \lim_{n \to +\infty} x_n(\alpha) = +\infty }

  4. Étude du cas α<e−1\alpha < e - 1. Ici, φn(xn)=α<e−1\varphi_n(x_n) = \alpha < e-1. Or φn(1)=∫01et1+tn dt\varphi_n(1) = \int_0^1 \frac{e^t}{1+t^n}   \mathrm{d}t. Par convergence dominée sur [0,1][0, 1], lim⁡n→+∞φn(1)=∫01et dt=e−1\lim_{n \to +\infty} \varphi_n(1) = \int_0^1 e^t   \mathrm{d}t = e-1. Ainsi, pour nn assez grand, φn(1)>α\varphi_n(1) > \alpha, donc xn<1x_n < 1. La suite (xn)(x_n) est donc bornée par 1 pour nn assez grand. Soit ℓ\ell une valeur d'adhérence de (xn)(x_n). En utilisant à nouveau le TCD sur l'intervalle [0,1][0, 1] avec hn(t)=fn(t)1[0,xn](t)h_n(t) = f_n(t) \mathbf{1}_{[0, x_n]}(t) :
    α=∫01hn(t) dt→n→+∞∫0ℓet dt=eℓ−1\alpha = \int_0^1 h_n(t)   \mathrm{d}t \xrightarrow[n \to +\infty]{} \int_0^\ell e^t   \mathrm{d}t = e^\ell - 1
    On en tire eℓ=α+1e^\ell = \alpha + 1, soit ℓ=ln⁡(1+α)\ell = \ln(1 + \alpha). Puisque la valeur d'adhérence est unique dans le compact [0,1][0, 1], la suite converge :
    lim⁡n→+∞xn(α)=ln⁡(1+α)\boxed{ \lim_{n \to +\infty} x_n(\alpha) = \ln(1 + \alpha) }

Oublier de fixer l'intervalle d'intégration avec des indicatrices pour le TCD.

Comparer la cible à l'intégrale de la limite simple pour localiser l'antécédent.