WikiPrépaLivrets

Soit (cn)n∈Z(c_n)_{n \in \mathbb{Z}} une suite de nombres complexes. On suppose les hypothèses suivantes :

  • Les séries ∑n∈Z∣cn∣2\sum_{n \in \mathbb{Z}} |c_n|^2 et ∑n∈Zn∣cn∣\sum_{n \in \mathbb{Z}} n|c_n| sont convergentes.
  • ∑n∈Z∣cn∣2=1\sum_{n \in \mathbb{Z}} |c_n|^2 = 1.
  • Pour tout k∈Z∗k \in \mathbb{Z}^*, ∑n∈Zcncn+k‾=0\sum_{n \in \mathbb{Z}} c_n \overline{c_{n + k}} = 0.

On s'intéresse à la somme S=∑n∈Zn∣cn∣2S = \sum_{n \in \mathbb{Z}} n |c_n|^2.

  1. Justifier la convergence de la série définissant SS.
  2. On définit la fonction gg sur R\mathbb{R} par g(x)=∑n=−∞+∞cneinxg(x) = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} c_n e^{i n x}.
    1. Montrer que gg est bien définie, de classe C1\mathscr{C}^1 sur R\mathbb{R}, et qu'elle est à valeurs dans le cercle unité U\mathbb{U}.
  3. Établir l'égalité suivante :
    S=12iπ∫02πg′(x)g(x) dxS = \frac{1}{2i\pi}\int_0^{2\pi} \frac{g'(x)}{g(x)}   \mathrm{d}x
  4. Montrer qu'il existe une fonction f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} de classe C1\mathscr{C}^1 telle que g=eifg = e^{if}. En déduire que SS est un entier relatif.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que cn→0c_n \to 0 pour comparer n∣cn∣2n|c_n|^2 à n∣cn∣n|c_n|.

2.

Pour le caractère C1\mathscr{C}^1, étudier la convergence normale des séries de fonctions.

3.

Pour ∣g(x)∣=1|g(x)|=1, exprimer ∣g(x)∣2=g(x)g(x)‾|g(x)|^2 = g(x)\overline{g(x)} comme un produit de séries et utiliser les relations d'orthogonalité données.

4.

Pour l'intégrale, utiliser g′(x)/g(x)=g′(x)g(x)‾g'(x)/g(x) = g'(x)\overline{g(x)} et intégrer terme à terme après justification.

Idées clés

•

Convergence normale pour la régularité des séries de fonctions.

•

Utilisation des propriétés de la forme exponentielle complexe (∣z∣=1  ⟹  1/z=zˉ|z|=1 \implies 1/z = \bar{z}).

•

Théorème de relèvement (existence d'une phase de classe C1\mathscr{C}^1).

Résolution.

  1. Puisque la série ∑∣cn∣2\sum |c_n|^2 converge, son terme général tend vers 00 lorsque ∣n∣→∞|n| \to \infty.

    On en déduit qu'au voisinage de ±∞\pm \infty :

    n∣cn∣2=o(n∣cn∣)n|c_n|^2 = o(n|c_n|)

    Par hypothèse, la série ∑n∣cn∣\sum n|c_n| est absolument convergente. Par comparaison de séries à termes positifs, la série ∑n∣cn∣2\sum n|c_n|^2 est également absolument convergente.

    S=∑n∈Zn∣cn∣2 est bien deˊfinie.\boxed{ S = \sum_{n \in \mathbb{Z}} n|c_n|^2 \text{ est bien définie.} }

    1. Pour tout n∈Zn \in \mathbb{Z}, posons un(x)=cneinxu_n(x) = c_n e^{inx}. On a ∥un∥∞=∣cn∣\|u_n\|_\infty = |c_n|. Puisque ∑n∣cn∣\sum n|c_n| converge, a fortiori ∑∣cn∣\sum |c_n| converge (car ∣cn∣≤n∣cn∣|c_n| \le n|c_n| pour n≥1n \ge 1). La série ∑un\sum u_n converge donc normalement sur R\mathbb{R}. Comme chaque unu_n est continue, gg est continue.

      De plus, unu_n est de classe C1\mathscr{C}^1 avec un′(x)=incneinxu_n'(x) = i n c_n e^{inx}. On a ∥un′∥∞=∣n∣∣cn∣\|u_n'\|_\infty = |n| |c_n|. La série des dérivées ∑un′\sum u_n' converge normalement sur R\mathbb{R} car ∑∣n∣∣cn∣\sum |n| |c_n| converge par hypothèse. D'après le théorème de dérivation des séries de fonctions, gg est de classe C1\mathscr{C}^1 et :

      g′(x)=∑n=−∞+∞incneinxg'(x) = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} i n c_n e^{inx}

      Calculons maintenant ∣g(x)∣2=g(x)g(x)‾|g(x)|^2 = g(x)\overline{g(x)}. Par convergence absolue, on peut effectuer le produit de Cauchy (ou utiliser la sommabilité) :

      g(x)g(x)‾=(∑n∈Zcneinx)(∑m∈Zcm‾e−imx)=∑n,m∈Zcncm‾ei(n−m)xg(x)\overline{g(x)} = \left( \sum_{n \in \mathbb{Z}} c_n e^{inx} \right) \left( \sum_{m \in \mathbb{Z}} \overline{c_m} e^{-imx} \right) = \sum_{n,m \in \mathbb{Z}} c_n \overline{c_m} e^{i(n-m)x}

      En posant k=m−nk = m-n, on réindexe :

      ∣g(x)∣2=∑k∈Ze−ikx(∑n∈Zcncn+k‾)|g(x)|^2 = \sum_{k \in \mathbb{Z}} e^{-ikx} \left( \sum_{n \in \mathbb{Z}} c_n \overline{c_{n+k}} \right)

      D'après les hypothèses, la somme intérieure est nulle si k≠0k \neq 0 et vaut ∑∣cn∣2=1\sum |c_n|^2 = 1 si k=0k=0. Il ne reste que le terme k=0k=0 :

      ∀x∈R, ∣g(x)∣2=1\boxed{ \forall x \in \mathbb{R}, \ |g(x)|^2 = 1 }

  2. Puisque ∣g(x)∣=1|g(x)|=1, on a 1/g(x)=g(x)‾1/g(x) = \overline{g(x)}. Ainsi :
    g′(x)g(x)=g′(x)g(x)‾=(∑n∈Zincneinx)(∑m∈Zcm‾e−imx)\frac{g'(x)}{g(x)} = g'(x)\overline{g(x)} = \left( \sum_{n \in \mathbb{Z}} inc_n e^{inx} \right) \left( \sum_{m \in \mathbb{Z}} \overline{c_m} e^{-imx} \right)

    En utilisant le même procédé de sommation par paquets (justifié par la convergence absolue des coefficients) :

    g′(x)g(x)=∑k∈Zie−ikx(∑n∈Zncncn+k‾)\frac{g'(x)}{g(x)} = \sum_{k \in \mathbb{Z}} i e^{-ikx} \left( \sum_{n \in \mathbb{Z}} n c_n \overline{c_{n+k}} \right)

    Notons Tk=∑n∈Zncncn+k‾T_k = \sum_{n \in \mathbb{Z}} n c_n \overline{c_{n+k}}. La série de fonctions ∑iTke−ikx\sum i T_k e^{-ikx} converge normalement. On peut donc intégrer terme à terme sur [0,2π][0, 2\pi] :

    ∫02πg′(x)g(x) dx=∑k∈ZiTk∫02πe−ikx dx\int_0^{2\pi} \frac{g'(x)}{g(x)}   \mathrm{d}x = \sum_{k \in \mathbb{Z}} i T_k \int_0^{2\pi} e^{-ikx}   \mathrm{d}x

    L'intégrale vaut 2π2\pi si k=0k=0 et 00 sinon. Il reste :

    ∫02πg′(x)g(x) dx=2iπT0=2iπ∑n∈Zncncn‾=2iπS\int_0^{2\pi} \frac{g'(x)}{g(x)}   \mathrm{d}x = 2i\pi T_0 = 2i\pi \sum_{n \in \mathbb{Z}} n c_n \overline{c_n} = 2i\pi S

    Ce qui donne bien :

    S=12iπ∫02πg′(x)g(x) dx\boxed{ S = \frac{1}{2i\pi} \int_0^{2\pi} \frac{g'(x)}{g(x)}   \mathrm{d}x }

  3. La fonction gg est de classe C1\mathscr{C}^1 et à valeurs dans U\mathbb{U}. D'après le théorème de relèvement, il existe f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} de classe C1\mathscr{C}^1 telle que g(x)=eif(x)g(x) = e^{if(x)}.

    En dérivant, on obtient g′(x)=if′(x)eif(x)g'(x) = i f'(x) e^{if(x)}, d'où f′(x)=g′(x)ig(x)f'(x) = \frac{g'(x)}{ig(x)}. L'expression de SS devient :

    S=12iπ∫02πif′(x) dx=12π[f(2π)−f(0)]S = \frac{1}{2i\pi} \int_0^{2\pi} i f'(x)   \mathrm{d}x = \frac{1}{2\pi} [f(2\pi) - f(0)]

    Or, gg est 2π2\pi-périodique par sa définition en série de Fourier. Donc g(2π)=g(0)g(2\pi) = g(0), soit eif(2π)=eif(0)e^{if(2\pi)} = e^{if(0)}. Cela implique qu'il existe un entier k∈Zk \in \mathbb{Z} tel que :

    f(2π)−f(0)=2kπf(2\pi) - f(0) = 2k\pi

    En injectant dans l'expression de SS :

    S=2kπ2π=kS = \frac{2k\pi}{2\pi} = k

    S∈Z\boxed{ S \in \mathbb{Z} }

Oubli de la justification de la convergence normale pour la régularité C1.

L'intégrale de la dérivée logarithmique d'une fonction périodique à valeurs dans le cercle unité est liée à son indice (entier).