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Soit φ:R→R\varphi : \mathbb{R} \to \mathbb{R} la fonction définie par φ(x)=dist(x,Z)=inf⁡n∈Z∣x−n∣\varphi(x) = \text{dist}(x, \mathbb{Z}) = \inf_{n \in \mathbb{Z}} |x - n|. On considère la fonction ff définie sur R\mathbb{R} par :

f(x)=∑n=0+∞(34)nφ(4nx)f(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} \left(\frac{3}{4}\right)^n \varphi(4^n x)

  1. Justifier que ff est définie et continue sur R\mathbb{R}.
  2. Étude du caractère lipschitzien :
    1. Montrer que φ\varphi est 11-lipschitzienne.
    2. Peut-on en déduire que ff est lipschitzienne sur R\mathbb{R} ? Étudier le taux d'accroissement de ff en 00 pour des valeurs de la forme hN=12⋅4Nh_N = \frac{1}{2 \cdot 4^N}.
  3. Soit x∈Rx \in \mathbb{R} un réel fixé.
    1. Pour tout p∈Np \in \mathbb{N}, montrer qu'il existe εp∈{−1,1}\varepsilon_p \in \{-1, 1\} tel que :
      ∣φ(4p(x+εp4p+1))−φ(4px)∣=14\left| \varphi\left(4^p \left(x + \frac{\varepsilon_p}{4^{p+1}}\right)\right) - \varphi(4^p x) \right| = \frac{1}{4}
    2. On pose hp=εp4p+1h_p = \frac{\varepsilon_p}{4^{p+1}}. En étudiant la limite de f(x+hp)−f(x)hp\frac{f(x + h_p) - f(x)}{h_p} quand p→+∞p \to +\infty, démontrer que ff n'est dérivable en aucun point de R\mathbb{R}.

1.

Pour la continuité, utiliser la convergence normale de la série de fonctions.

2.

Pour le caractère lipschitzien, remarquer que la constante de Lipschitz des termes de la série augmente avec nn.

3.

Pour la question 3(a), utiliser la forme en "dents de scie" de la fonction φ\varphi. Sur chaque intervalle de longueur 1/21/2 où φ\varphi est affine, le résultat est immédiat en choisissant le bon sens de déplacement.

Idées clés

•

Convergence normale pour la continuité de la somme.

•

Analyse locale des pentes : bien que chaque terme soit lipschitzien, la somme ne l'est pas car les pentes locales explosent.

•

Utilisation de l'inégalité triangulaire renversée pour minorer le taux d'accroissement.

Résolution.

  1. La fonction φ\varphi est continue sur R\mathbb{R} et bornée (puisque 0≤φ(x)≤1/20 \le \varphi(x) \le 1/2 pour tout xx). Soit un(x)=(3/4)nφ(4nx)u_n(x) = (3/4)^n \varphi(4^n x). On a :
    ∥un∥∞=(34)n⋅12\|u_n\|_\infty = \left(\frac{3}{4}\right)^n \cdot \frac{1}{2}
    Comme ∣3/4∣<1|3/4| < 1, la série ∑∥un∥∞\sum \|u_n\|_\infty converge. La série de fonctions ∑un\sum u_n converge donc normalement sur R\mathbb{R}. Comme chaque unu_n est continue, la somme ff est continue sur R\mathbb{R}.

    1. Pour tous x,y∈Rx, y \in \mathbb{R}, par inégalité triangulaire :
      ∣∣x−n∣−∣y−n∣∣≤∣x−y∣| |x-n| - |y-n| | \le |x-y|
      En passant à l'infimum sur n∈Zn \in \mathbb{Z}, on obtient ∣φ(x)−φ(y)∣≤∣x−y∣|\varphi(x) - \varphi(y)| \le |x-y|.
      φ est 1-lipschitzienne.\boxed{\text{φ\varphi est 1-lipschitzienne.}}

    2. Notons LnL_n la constante de Lipschitz de unu_n. On a Ln=(3/4)n⋅4n=3nL_n = (3/4)^n \cdot 4^n = 3^n. La somme des constantes de Lipschitz diverge, on ne peut donc pas conclure directement. Soit hN=12⋅4Nh_N = \frac{1}{2 \cdot 4^N}. Pour n>Nn > N, 4nhN4^n h_N est un multiple de 1/21/2, mais plus précisément pour n≥N+1n \ge N+1, 4nhN4^n h_N est un entier pair, donc φ(4nhN)=0\varphi(4^n h_N) = 0. Pour n≤Nn \le N, on a 4nhN∈]0,1/2]4^n h_N \in ]0, 1/2], donc φ(4nhN)=4nhN\varphi(4^n h_N) = 4^n h_N. Ainsi :
      f(hN)−f(0)=∑n=0N3nhN=3N+1−12hNf(h_N) - f(0) = \sum_{n=0}^{N} 3^n h_N = \frac{3^{N+1}-1}{2} h_N
      Le taux d'accroissement f(hN)−f(0)hN=3N+1−12\frac{f(h_N)-f(0)}{h_N} = \frac{3^{N+1}-1}{2} tend vers +∞+\infty avec NN.
      f n’est pas lipschitzienne au voisinage de 0, et donc pas deˊrivable en 0.\boxed{\text{ff n'est pas lipschitzienne au voisinage de 0, et donc pas dérivable en 0.}}

    1. Posons X=4pxX = 4^p x. On cherche εp∈{−1,1}\varepsilon_p \in \{-1, 1\} tel que ∣φ(X+εp/4)−φ(X)∣=1/4|\varphi(X + \varepsilon_p/4) - \varphi(X)| = 1/4. La fonction φ\varphi est affine de pente 11 ou −1-1 sur chaque intervalle [k/2,(k+1)/2][k/2, (k+1)/2]. L'intervalle [X−1/4,X+1/4][X - 1/4, X + 1/4] est de longueur 1/21/2. Il contient nécessairement un point où φ\varphi change de pente (un multiple de 1/21/2) ou il est inclus dans un domaine où φ\varphi est affine. Plus simplement : φ\varphi est affine de pente ±1\pm 1 sur [m,m+1/2][m, m+1/2] et [m+1/2,m+1][m+1/2, m+1]. Si XX appartient à un tel intervalle de longueur 1/21/2, on peut toujours s'écarter de 1/41/4 vers la gauche ou vers la droite en restant dans cet intervalle ou en conservant la même pente. Par exemple, si X∈[m,m+1/4]X \in [m, m+1/4], on prend εp=1\varepsilon_p = 1, alors X+1/4∈[m,m+1/2]X+1/4 \in [m, m+1/2] et ∣φ(X+1/4)−φ(X)∣=1/4|\varphi(X+1/4)-\varphi(X)| = 1/4.

    2. Soit hp=εp4p+1h_p = \frac{\varepsilon_p}{4^{p+1}}. On calcule l'accroissement Δp=f(x+hp)−f(x)\Delta_p = f(x+h_p) - f(x) :
      Δp=∑n=0p(34)n[φ(4n(x+hp))−φ(4nx)]+∑n=p+1+∞…\Delta_p = \sum_{n=0}^{p} \left(\frac{3}{4}\right)^n \left[ \varphi(4^n(x+h_p)) - \varphi(4^nx) \right] + \sum_{n=p+1}^{+\infty} \dots
      Pour n≥p+1n \ge p+1, 4nhp4^n h_p est un entier, donc φ(4n(x+hp))=φ(4nx+entier)=φ(4nx)\varphi(4^n(x+h_p)) = \varphi(4^nx + \text{entier}) = \varphi(4^nx). La seconde somme est nulle. Pour le terme n=pn=p, la valeur absolue vaut (3/4)p⋅1/4(3/4)^p \cdot 1/4. Pour n<pn < p, notons vn=(3/4)n(φ(4n(x+hp))−φ(4nx))v_n = (3/4)^n (\varphi(4^n(x+h_p)) - \varphi(4^nx)). On a ∣vn∣≤(3/4)n⋅4n∣hp∣=3n14p+1|v_n| \le (3/4)^n \cdot 4^n |h_p| = 3^n \frac{1}{4^{p+1}}. Par inégalité triangulaire renversée :
      ∣f(x+hp)−f(x)∣≥(34)p14−∑n=0p−13n14p+1|f(x+h_p) - f(x)| \ge \left(\frac{3}{4}\right)^p \frac{1}{4} - \sum_{n=0}^{p-1} 3^n \frac{1}{4^{p+1}}
      ∣f(x+hp)−f(x)∣≥3p4p+1−3p−12⋅4p+1=3p+12⋅4p+1|f(x+h_p) - f(x)| \ge \frac{3^p}{4^{p+1}} - \frac{3^p-1}{2 \cdot 4^{p+1}} = \frac{3^p + 1}{2 \cdot 4^{p+1}}
      On en déduit le taux d'accroissement :
      ∣f(x+hp)−f(x)hp∣≥3p+12⋅4p+114p+1=3p+12\left| \frac{f(x+h_p) - f(x)}{h_p} \right| \ge \frac{\frac{3^p+1}{2 \cdot 4^{p+1}}}{\frac{1}{4^{p+1}}} = \frac{3^p+1}{2}
      Cette quantité tend vers +∞+\infty quand p→+∞p \to +\infty.
      f n’est deˊrivable en aucun point x∈R.\boxed{\text{ff n'est dérivable en aucun point x∈Rx \in \mathbb{R}.}}

Confondre la continuité de la somme avec la dérivabilité terme à terme.

Choix d'un accroissement spécifique pour annuler les restes de la série.