WikiPrépaLivrets

Soit II un intervalle de R\mathbb{R} et (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbb{N}} une suite de fonctions continues de II dans K\mathbb{K} (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) convergeant uniformément vers une fonction ff sur II.

  1. On suppose ici que I=[a,b]I = [a, b] est un segment de R\mathbb{R}. Montrer que si, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, la fonction fnf_n s'annule sur II, alors la fonction ff s'annule également sur II.
  2. Le résultat précédent reste-t-il vrai si l'on suppose seulement que la suite (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbb{N}} converge simplement vers ff sur [a,b][a, b], même en supposant ff continue ? Justifier par une démonstration ou un contre-exemple.
  3. On suppose à présent que I=RI = \mathbb{R} (ou un intervalle non borné). Montrer, à l'aide d'un contre-exemple, que le résultat de la question 1 peut être mis en défaut, même si la convergence est uniforme sur R\mathbb{R}.

1.

Pour la question 1, utiliser le théorème de Bolzano-Weierstrass sur la suite des zéros (xn)(x_n).

2.

Pour la question 2, construire une suite de fonctions dont le zéro se rapproche d'un point où la convergence n'est pas "assez forte" pour maintenir la nullité, tout en gardant une limite continue.

3.

Pour la question 3, chercher une fonction ff strictement positive qui tend vers 00 à l'infini.

Idées clés

•

Compacité du segment [a,b][a, b] (extraction d'une sous-suite convergente).

•

Inégalité triangulaire pour lier f(x)f(x) à fn(xn)f_n(x_n).

•

Distinction entre convergence uniforme sur un compact et sur un intervalle non borné.

Résolution.

  1. Soit (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de fonctions s'annulant chacune en un point xn∈[a,b]x_n \in [a, b]. Par hypothèse, nous avons :
    ∀n∈N,fn(xn)=0\forall n \in \mathbb{N},   f_n(x_n) = 0

    La suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbb{N}} est une suite d'éléments du segment [a,b][a, b]. Ce segment étant un compact de R\mathbb{R}, on peut extraire par le théorème de Bolzano-Weierstrass une sous-suite (xϕ(n))n∈N(x_{\phi(n)})_{n \in \mathbb{N}} convergeant vers un certain x∈[a,b]x \in [a, b].

    Montrons que f(x)=0f(x) = 0. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, on utilise l'inégalité triangulaire :

    ∣f(x)∣≤∣f(x)−f(xϕ(n))∣+∣f(xϕ(n))−fϕ(n)(xϕ(n))∣+∣fϕ(n)(xϕ(n))∣|f(x)| \leq |f(x) - f(x_{\phi(n)})| + |f(x_{\phi(n)}) - f_{\phi(n)}(x_{\phi(n)})| + |f_{\phi(n)}(x_{\phi(n)})|

    Puisque fϕ(n)(xϕ(n))=0f_{\phi(n)}(x_{\phi(n)}) = 0 par définition, il reste :

    ∣f(x)∣≤∣f(x)−f(xϕ(n))∣+∥f−fϕ(n)∥∞|f(x)| \leq |f(x) - f(x_{\phi(n)})| + \| f - f_{\phi(n)} \|_{\infty}

    Or :

    • Comme (fn)(f_n) converge uniformément vers ff sur [a,b][a, b], alors ∥f−fϕ(n)∥∞→n→+∞0\| f - f_{\phi(n)} \|_{\infty} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0.
    • Comme chaque fnf_n est continue et que la convergence est uniforme, la limite ff est continue sur [a,b][a, b]. Par continuité de ff en xx, on a ∣f(x)−f(xϕ(n))∣→n→+∞0|f(x) - f(x_{\phi(n)})| \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0.

    Par passage à la limite dans l'inégalité, on obtient ∣f(x)∣=0|f(x)| = 0, d'où :

    f(x)=0\boxed{f(x) = 0}

  2. Le résultat est faux en cas de convergence simple, même si ff est continue. Considérons I=[0,1]I = [0, 1] et f(x)=1f(x) = 1 pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1]. La fonction ff ne s'annule jamais. Construisons fnf_n telle que fn(0)=1f_n(0) = 1, fn(1/n)=0f_n(1/n) = 0, et fn(x)=1f_n(x) = 1 pour x≥2/nx \geq 2/n, avec un raccordement affine. Plus précisément, pour n≥2n \geq 2 :
    fn(x)={1−nxsi x∈[0,1/n]nx−1si x∈[1/n,2/n]1si x∈[2/n,1]f_n(x) = \begin{cases} 1 - nx & \text{si } x \in [0, 1/n]
    nx - 1 & \text{si } x \in [1/n, 2/n]
    1 & \text{si } x \in [2/n, 1] \end{cases}

    Chaque fnf_n est continue et fn(1/n)=0f_n(1/n) = 0. Pour tout x>0x > 0, il existe n0n_0 tel que 2/n0<x2/n_0 < x, donc pour tout n≥n0n \geq n_0, fn(x)=1f_n(x) = 1. Ainsi fn(x)→1f_n(x) \to 1. Pour x=0x = 0, fn(0)=1→1f_n(0) = 1 \to 1. La suite (fn)(f_n) converge simplement vers la fonction constante f:x↦1f : x \mapsto 1, mais ff ne possède aucun zéro.

  3. Le résultat est faux sur un intervalle non borné. Considérons I=[0,+∞[I = [0, +\infty[ et la fonction f(x)=e−xf(x) = e^{-x}. On a f(x)>0f(x) > 0 pour tout x≥0x \geq 0.

    Définissons pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} :

    fn(x)=e−x−e−nf_n(x) = e^{-x} - e^{-n}

    Chaque fnf_n est continue et s'annule en xn=n∈Ix_n = n \in I. Étudions la convergence uniforme sur [0,+∞[[0, +\infty[ :

    ∥f−fn∥∞=sup⁡x≥0∣e−x−(e−x−e−n)∣=sup⁡x≥0e−n=e−n\| f - f_n \|_{\infty} = \sup_{x \geq 0} |e^{-x} - (e^{-x} - e^{-n})| = \sup_{x \geq 0} e^{-n} = e^{-n}

    Comme e−n→n→+∞0e^{-n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0, la suite (fn)(f_n) converge uniformément vers ff sur [0,+∞[[0, +\infty[. Cependant, la limite ff ne s'annule jamais.

    Remarque : Ici, la suite des zéros xn=nx_n = n "s'échappe" à l'infini, ce qui n'est possible que parce que l'intervalle n'est pas compact.

Confondre convergence uniforme sur un segment et sur un intervalle non borné.

La stabilité du zéro par convergence uniforme nécessite la compacité de l'intervalle pour éviter que les zéros ne divergent vers l'infini.