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On travaille sur l'espace vectoriel E=R[X]E = \mathbb{R}[X].

  1. Justifier qu'il existe une suite de polynômes (Pn)n∈N(P_n)_{n \in \mathbb{N}} telle que :
    Pn→n→∞unifX sur [1,2]etPn→n→∞unif−X sur [−2,−1]P_n \xrightarrow[n \to \infty]{\text{unif}} X \text{ sur } [1, 2]   \text{et}   P_n \xrightarrow[n \to \infty]{\text{unif}} -X \text{ sur } [-2, -1]
  2. En déduire l'existence de deux normes N1N_1 et N2N_2 sur EE telles qu'une même suite (Pn)(P_n) converge vers XX pour N1N_1 et vers −X-X pour N2N_2.
  3. Plus généralement, montrer que pour tous Q1,Q2∈EQ_1, Q_2 \in E distincts, il existe deux normes N1,N2N_1, N_2 et une suite (Pn)(P_n) convergeant vers Q1Q_1 pour N1N_1 et vers Q2Q_2 for N2N_2. Généraliser ce résultat à une famille dénombrable (Qk)k∈N(Q_k)_{k \in \mathbb{N}} d'éléments de EE et une suite (Pn)(P_n) convergeant vers QkQ_k pour une norme NkN_k pour chaque kk.
  4. Existe-t-il une norme sur EE telle que le sous-espace vectoriel des polynômes impairs soit dense dans EE ?

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que les segments [1,2][1, 2] et [−2,−1][-2, -1] sont disjoints pour définir une fonction continue par morceaux globale.

2.

Pour la question 2, utiliser les normes de la convergence uniforme sur chaque segment.

3.

Pour la question 3, utiliser une infinité de segments disjoints.

4.

Pour la question 4, penser à une norme de type L1L^1 sur [0,1][0, 1] et utiliser le fait que les fonctions impaires peuvent approcher toute fonction "loin de 0".

Idées clés

•

Non-équivalence des normes en dimension infinie.

•

Théorème de Weierstrass sur des compacts disjoints.

•

Critère de densité : lien avec les formes linéaires continues.

Résolution.

  1. Posons K=[−2,−1]∪[1,2]K = [-2, -1] \cup [1, 2]. L'ensemble KK est une réunion de deux compacts disjoints, donc KK est compact. Définissons g:K→Rg: K \to \mathbb{R} par g(x)=xg(x) = x si x∈[1,2]x \in [1, 2] et g(x)=−xg(x) = -x si x∈[−2,−1]x \in [-2, -1]. La fonction gg est continue sur chaque composante connexe de KK, donc gg est continue sur KK. D'après le théorème de Weierstrass, il existe une suite de polynômes (Pn)(P_n) convergeant uniformément vers gg sur KK. Cela signifie :
    lim⁡n→∞sup⁡x∈K∣Pn(x)−g(x)∣=0\lim_{n \to \infty} \sup_{x \in K} |P_n(x) - g(x)| = 0
    Ceci implique bien la convergence uniforme sur les deux sous-segments.
    Pn→X sur [1,2]etPn→−X sur [−2,−1]\boxed{P_n \to X \text{ sur } [1, 2]   \text{et}   P_n \to -X \text{ sur } [-2, -1]}

  2. Définissons les deux normes suivantes sur E=R[X]E = \mathbb{R}[X] :
    N1(P)=sup⁡x∈[1,2]∣P(x)∣+∥P∥etN2(P)=sup⁡x∈[−2,−1]∣P(x)∣+∥P∥N_1(P) = \sup_{x \in [1, 2]} |P(x)| + \|P\|   \text{et}   N_2(P) = \sup_{x \in [-2, -1]} |P(x)| + \|P\|
    où ∥P∥\|P\| est une norme quelconque (ex: somme des modules des coefficients) pour assurer que ce sont des normes. En réalité, N1′(P)=sup⁡x∈[1,2]∣P(x)∣N_1'(P) = \sup_{x \in [1, 2]} |P(x)| est déjà une norme sur R[X]\mathbb{R}[X] car un polynôme ayant une infinité de racines est nul. En utilisant la suite (Pn)(P_n) de la question 1 :
    N1(Pn−X)=sup⁡x∈[1,2]∣Pn(x)−x∣→n→∞0N_1(P_n - X) = \sup_{x \in [1, 2]} |P_n(x) - x| \xrightarrow[n \to \infty]{} 0
    N2(Pn−(−X))=sup⁡x∈[−2,−1]∣Pn(x)−(−x)∣→n→∞0N_2(P_n - (-X)) = \sup_{x \in [-2, -1]} |P_n(x) - (-x)| \xrightarrow[n \to \infty]{} 0
    La limite d’une suite deˊpend de la norme choisie en dimension infinie.\boxed{\text{La limite d'une suite dépend de la norme choisie en dimension infinie.}}

  3. Pour Q1,…,Qk,…Q_1, \dots, Q_k, \dots, on choisit une famille de segments disjoints (Ik)k∈N(I_k)_{k \in \mathbb{N}}. On définit Nk(P)=sup⁡x∈Ik∣P(x)∣N_k(P) = \sup_{x \in I_k} |P(x)|. Par Weierstrass (ou le théorème de Tietze), on peut trouver PnP_n tel que PnP_n converge uniformément vers QkQ_k sur chaque IkI_k. Pour cela, on construit PnP_n tel que ∥Pn−Qk∥∞,Ik≤1n\|P_n - Q_k\|_{\infty, I_k} \leq \frac{1}{n} pour tout k≤nk \leq n.
    On peut obtenir une infiniteˊ de limites distinctes pour une meˆme suite.\boxed{\text{On peut obtenir une infinité de limites distinctes pour une même suite.}}

  4. Considérons la norme L1L^1 sur [0,1][0, 1] : N(P)=∫01∣P(t)∣ dtN(P) = \int_0^1 |P(t)|   dt. Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X]. On veut approcher PP par des polynômes impairs. Il suffit d'approcher les puissances paires X2kX^{2k}. Pour ϵ>0\epsilon > 0, soit fϵf_\epsilon une fonction continue sur [0,1][0, 1] telle que fϵ(0)=0f_\epsilon(0) = 0 et fϵ(t)=1f_\epsilon(t) = 1 pour t∈[ϵ,1]t \in [\epsilon, 1]. On a ∫01∣1−fϵ(t)∣ dt≤ϵ\int_0^1 |1 - f_\epsilon(t)|   dt \leq \epsilon. D'après l'exercice 1, fϵf_\epsilon est limite uniforme de polynômes impairs QmQ_m. Pour mm assez grand, ∫01∣fϵ(t)−Qm(t)∣ dt≤ϵ\int_0^1 |f_\epsilon(t) - Q_m(t)|   dt \leq \epsilon. Par inégalité triangulaire :
    N(1−Qm)≤2ϵN(1 - Q_m) \leq 2\epsilon
    Ainsi, 11 est dans l'adhérence des polynômes impairs. Par extension, tout polynôme l'est.
    Oui, les polynoˆmes impairs sont denses dans (R[X],∥⋅∥1).\boxed{\text{Oui, les polynômes impairs sont denses dans } (\mathbb{R}[X], \|\cdot\|_1).}

Ne pas oublier que ces propriétés contredisent les résultats classiques de la dimension finie.

En dimension infinie, une suite peut converger vers des limites différentes pour des normes non équivalentes.