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Soit EE un espace vectoriel complexe de dimension finie, muni d'une norme quelconque. Pour tout endomorphisme T∈L(E)T \in \mathcal{L}(E), on note ∥T∥=sup⁡∥x∥≤1∥T(x)∥\|T\| = \sup_{\|x\| \leq 1} \|T(x)\| la norme subordonnée associée.

Pour n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, on pose un=∥Tn∥1/nu_n = \|T^n\|^{1/n}.

  1. Montrer que la suite (un)n∈N∗(u_n)_{n \in \mathbb{N}^*} converge vers une limite l∈Rl \in \mathbb{R} telle que :
    l=inf⁡n≥1unl = \inf_{n \geq 1} u_n
    Cette limite ll est appelée le rayon spectral de TT.

  2. On suppose dans cette question que l<1l < 1. Montrer que l'endomorphisme (I−T)(I - T) est inversible dans L(E)\mathcal{L}(E) et exprimer son inverse sous forme d'une série.

  3. Variante MP* : Le résultat de la question précédente reste-t-il valable si l'on suppose seulement que EE est un espace de Banach (espace vectoriel normé complet) ? Justifier avec soin.

1.

Pour la convergence, utiliser le caractère sous-multiplicatif de la norme d'opérateur : ∥Tp+q∥≤∥Tp∥⋅∥Tq∥\|T^{p+q}\| \leq \|T^p\| \cdot \|T^q\|. On pourra introduire la suite an=ln⁡(∥Tn∥)a_n = \ln(\|T^n\|) et appliquer le lemme de Fekete.

2.

Pour l'inversibilité, on pourra s'intéresser à la convergence de la série ∑n=0+∞Tn\sum_{n=0}^{+\infty} T^n.

3.

Pour le cas Banach, se rappeler que L(E)\mathcal{L}(E) est complet dès que EE l'est, et vérifier si le critère de convergence des séries absolument convergentes s'applique.

Idées clés

•

Propriété de sous-multiplicativité des normes subordonnées.

•

Lemme de Fekete (suites sous-additives).

•

Série de Neumann : (I−T)−1=∑Tn(I-T)^{-1} = \sum T^n.

•

Complétude de l'espace des endomorphismes continus.

Résolution.

  1. Convergence de la suite (un)(u_n). Par définition de la norme subordonnée, pour tout (p,q)∈(N∗)2(p, q) \in (\mathbb{N}^*)^2, on a :
    ∥Tp+q∥=∥Tp∘Tq∥≤∥Tp∥⋅∥Tq∥\|T^{p+q}\| = \|T^p \circ T^q\| \leq \|T^p\| \cdot \|T^q\|
    En posant an=ln⁡(∥Tn∥)a_n = \ln(\|T^n\|) (si ∥Tn∥=0\|T^n\|=0 pour un certain nn, alors un→0u_n \to 0 et le résultat est immédiat), la relation devient :
    ap+q≤ap+aqa_{p+q} \leq a_p + a_q
    La suite (an)(a_n) est donc sous-additive. D'après le lemme de Fekete, la suite (ann)(\frac{a_n}{n}) converge vers inf⁡n≥1ann\inf_{n \geq 1} \frac{a_n}{n}. Puisque un=ean/nu_n = e^{a_n/n} et que la fonction exponentielle est continue, on en déduit que :
    lim⁡n→+∞un=exp⁡(inf⁡n≥1ln⁡∥Tn∥n)=inf⁡n≥1∥Tn∥1/n\lim_{n \to +\infty} u_n = \exp\left( \inf_{n \geq 1} \frac{\ln \|T^n\|}{n} \right) = \inf_{n \geq 1} \|T^n\|^{1/n}
    Démontrons ce résultat plus précisément sans invoquer le nom du lemme. Soit q∈N∗q \in \mathbb{N}^* fixé. Pour tout n>qn > q, on effectue la division euclidienne de nn par qq :
    n=mq+r,avec 0≤r<qn = mq + r,   \text{avec } 0 \leq r < q
    Par sous-multiplicativité :
    ∥Tn∥=∥(Tq)m∘Tr∥≤∥Tq∥m⋅∥Tr∥\|T^n\| = \|(T^q)^m \circ T^r\| \leq \|T^q\|^m \cdot \|T^r\|
    En prenant la puissance 1/n1/n :
    un≤∥Tq∥m/n⋅∥Tr∥1/n=(∥Tq∥1/q)mq/n⋅∥Tr∥1/nu_n \leq \|T^q\|^{m/n} \cdot \|T^r\|^{1/n} = (\|T^q\|^{1/q})^{mq/n} \cdot \|T^r\|^{1/n}
    Lorsque n→+∞n \to +\infty, on a mqn→1\frac{mq}{n} \to 1 et 1n→0\frac{1}{n} \to 0. On en déduit :
    lim sup⁡n→+∞un≤uq\limsup_{n \to +\infty} u_n \leq u_q
    Comme ceci est vrai pour tout q≥1q \geq 1, on a lim sup⁡un≤inf⁡uq≤lim inf⁡un\limsup u_n \leq \inf u_q \leq \liminf u_n, ce qui prouve la convergence :
    lim⁡n→+∞∥Tn∥1/n=inf⁡n≥1∥Tn∥1/n\boxed{\lim_{n \to +\infty} \|T^n\|^{1/n} = \inf_{n \geq 1} \|T^n\|^{1/n}}

  2. Inversibilité de I−TI-T si l<1l < 1. Si l<1l < 1, choisissons ε>0\varepsilon > 0 tel que l+ε=k<1l + \varepsilon = k < 1. D'après la question précédente, il existe un rang n0n_0 tel que pour tout n≥n0n \geq n_0, un≤ku_n \leq k, d'où :
    ∥Tn∥≤kn\|T^n\| \leq k^n
    La série numérique ∑∥Tn∥\sum \|T^n\| est donc convergente par comparaison à une série géométrique convergente. Comme L(E)\mathcal{L}(E) est un espace de dimension finie, il est complet. La série ∑Tn\sum T^n est absolument convergente, donc elle converge. Notons S=∑n=0+∞TnS = \sum_{n=0}^{+\infty} T^n. Calculons le produit (I−T)SN(I-T) S_N où SN=∑n=0NTnS_N = \sum_{n=0}^{N} T^n :
    (I−T)∑n=0NTn=∑n=0NTn−∑n=1N+1Tn=I−TN+1(I-T) \sum_{n=0}^{N} T^n = \sum_{n=0}^{N} T^n - \sum_{n=1}^{N+1} T^n = I - T^{N+1}
    Or ∥TN+1∥≤kN+1→N→+∞0\|T^{N+1}\| \leq k^{N+1} \xrightarrow[N \to +\infty]{} 0. Par continuité du produit matriciel (ou de la composition), on passe à la limite :
    (I−T)S=I(I-T) S = I
    De même, S(I−T)=IS(I-T) = I. On en conclut que I−TI-T est inversible et :
    (I−T)−1=∑n=0+∞Tn\boxed{(I-T)^{-1} = \sum_{n=0}^{+\infty} T^n}

  3. Généralisation au cas Banach. Le résultat est encore valable dans un espace de Banach EE. En effet, si EE est un espace de Banach, alors l'espace des endomorphismes continus L(E)\mathcal{L}(E) est lui aussi un espace de Banach pour la norme subordonnée. La preuve de la convergence de la série ∑Tn\sum T^n repose uniquement sur deux arguments :
    1. La convergence de la série des normes ∑∥Tn∥\sum \|T^n\|.
    2. Le fait que dans un espace de Banach, toute série absolument convergente est convergente.
    Comme l<1l < 1, la convergence absolue est assurée par le même argument de comparaison géométrique. La complétude de L(E)\mathcal{L}(E) permet alors de définir SS. Le passage à la limite dans I−TN+1I - T^{N+1} reste licite car ∥TN+1∥→0\|T^{N+1}\| \to 0. Conclusion :
    Le reˊsultat subsiste inteˊgralement dans un cadre Banach.\boxed{\text{Le résultat subsiste intégralement dans un cadre Banach.}}

Confondre la norme d'un endomorphisme et son rayon spectral.

La série de Neumann (I−T)−1=∑Tn(I-T)^{-1} = \sum T^n converge si et seulement si le rayon spectral est strictement inférieur à 1.