L'objectif de cet exercice est de démontrer le théorème de Borel : pour toute suite complexe (an)n∈N, il existe une fonction f∈C∞(R,C) telle que pour tout n∈N, f(n)(0)=an.
Étude de cas particuliers
Déterminer une fonction f convenable lorsque an=2n1 pour tout n∈N.
Proposer une construction simple pour an=n!1.
Peut-on toujours trouver une telle fonction sous forme de série entière au voisinage de 0 lorsque an=n! ou an=(n!)2 ?
Construction d'une fonction plateau
Soit g:R→R définie par g(x)=exp(−1/x2) si x>0 et g(x)=0 sinon. Montrer que g∈C∞(R,R).
En déduire l'existence d'une fonction φ∈C∞(R,R) telle que :
∣t∣⩽1⟹φ(t)=1et∣t∣⩾2⟹φ(t)=0
Preuve du théorème de Borel
Soit (an)n∈N une suite de complexes. On pose pour tout n∈N :
un(x)=n!anxnφ(λnx)
où φ est la fonction plateau de la question précédente et (λn)n∈N est une suite de réels strictement positifs.
Justifier que pour tout n∈N et tout k∈{0,…,n−1}, on a :
λ→+∞limx∈Rsupdxkdk(n!anxnφ(λx))=0
En déduire qu'il existe une suite (λn)n∈N telle que la série de fonctions ∑un définisse une fonction f∈C∞(R,C) vérifiant ∀n∈N,f(n)(0)=an.
Application : Lemme de prolongement ^\inftyC∞}
Soit a<b deux réels. Soient g1∈C∞(]−∞,a],C) et g2∈C∞([b,+∞[,C).
Montrer qu'il existe h∈C∞(R,C) telle que h∣]−∞,a]=g1 et h∣[b,+∞[=g2.
1.
Pour la question 1(c), examiner le rayon de convergence de la série entière associée.
2.
Pour la question 2(a), utiliser la croissance comparée pour montrer que les dérivées à droite en 0 sont nulles.
3.
Pour la question 3(a), effectuer le changement de variable u=λx dans l'expression de la dérivée.
4.
Pour la question 3(b), choisir λn tel que la norme infinie de la k-ième dérivée de un soit majorée par 1/2n pour k<n.
5.
Pour la question 4, utiliser le théorème de Borel en a et b pour créer un raccord local, puis utiliser une fonction de troncature.
Idées clés
•
Fonctions à support compact et fonctions "plates".
•
Théorème de dérivation des séries de fonctions (convergence normale des dérivées).
•
Scaling (ajustement de l'étalement) pour forcer la convergence.
Résolution.
Analyse des premiers cas
Si an=(1/2)n, la fonction f(x)=ex/2 convient car f(n)(0)=(1/2)ne0/2=1/2n.
Si an=1/n!, on cherche f telle que f(n)(0)=1/n!. La fonction f(x)=∑n=0+∞(n!)2xn est une fonction entière (rayon de convergence infini) qui répond à la question.
Si an=n!, la série entière associée est ∑n!n!xn=∑xn, de rayon de convergence 1. Elle ne définit pas une fonction sur R tout entier.
Si an=(n!)2, la série ∑n!(n!)2xn=∑n!xn a un rayon de convergence nul.
Une fonction analytique ne suffit pas toujours pour prescrire n’importe quelle suite de deˊriveˊes.
Fonction plateau
La fonction g est trivialement C∞ sur R∗. En 0, on montre par récurrence que g(k)(x)=Pk(1/x)e−1/x2 pour x>0 où Pk est un polynôme.
Par croissance comparée, limx→0+g(k)(x)=0. Le théorème de prolongement de la dérivée assure que g∈C∞(R,R).
On pose h(x)=g(x−1)+g(2−x)g(x−1). Cette fonction vaut 0 pour x⩽1 et 1 pour x⩾2.
En posant φ(x)=1−h(∣x∣), on obtient une fonction C∞ valant 1 sur [−1,1] et 0 hors de ]−2,2[.
φ∈Cc∞(R) avec φ∣[−1,1]=1
Preuve de Borel
Soit hn(x)=n!anxnφ(x). Comme φ est à support compact, hn et toutes ses dérivées sont bornées sur R.
On a un(x)=hn(λx)⋅λ−n. Par la formule de dérivation d'une composée :
un(k)(x)=λkhn(k)(λx)λ−n=λk−nhn(k)(λx)
Pour k<n, l'exposant k−n est strictement négatif. Comme hn(k) est bornée :
x∈Rsup∣un(k)(x)∣⩽λk−n∥hn(k)∥∞λ→+∞0
∀k<n,λ→+∞lim∥un(k)∥∞=0
Pour chaque n, on choisit λn⩾1 tel que pour tout k∈{0,…,n−1}, ∥un(k)∥∞⩽2n1.
Considérons la série de fonctions ∑un. Pour tout k∈N, la série des dérivées ∑un(k) converge normalement sur R car :
n=k+1∑+∞∥un(k)∥∞⩽n=k+1∑+∞2n1<+∞
Les premiers termes (pour n⩽k) sont des fonctions C∞.
Ainsi f=∑n=0+∞un est de classe C∞ sur R.
En x=0, comme φ vaut 1 au voisinage de 0, φ(λnx)=1 et ses dérivées sont nulles.
On a un(k)(0)=anδn,k. Par sommation, f(k)(0)=ak.
Prolongement
On utilise Borel pour construire ψ1∈C∞ telle que ψ1(n)(a)=g1(n)(a) et ψ2∈C∞ telle que ψ2(n)(b)=g2(n)(b).
On définit h par morceaux : g1 sur ]−∞,a], g2 sur [b,+∞[, et entre a et b, on utilise une interpolation C∞ (via des fonctions plateaux) raccordant les dérivées de ψ1 en a et ψ2 en b.
Confondre fonction C-infini et fonction analytique (développable en série entière).
Le théorème de Borel permet de prescrire n'importe quelle suite de dérivées en un point pour une fonction lisse.