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Soit (λk)k≥1(\lambda_k)_{k \geq 1} une suite de réels strictement positifs. On définit, sous réserve de convergence, la fonction ff par :

∀x∈R,f(x)=∑k=1+∞λk1−keiλkx\forall x \in \mathbb{R},   f(x) = \sum_{k=1}^{+\infty} \lambda_k^{1-k} e^{i \lambda_k x}

  1. On suppose que λk≥2\lambda_k \geq 2 pour tout kk. Montrer que ff est de classe C∞C^{\infty} sur R\mathbb{R}.
  2. Soit (μp)p≥0(\mu_p)_{p \geq 0} une suite de réels strictement positifs. Montrer que l'on peut construire la suite (λk)(\lambda_k) par récurrence de telle sorte que :
    ∀p∈N,∀x∈R,∣f(p)(x)∣≥μp\forall p \in \mathbb{N},   \forall x \in \mathbb{R},   |f^{(p)}(x)| \geq \mu_p
  3. En déduire l'existence d'une fonction f∈C∞(R,C)f \in C^{\infty}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) telle qu'en tout point x∈Rx \in \mathbb{R}, le rayon de convergence de sa série de Taylor soit nul.

1.

Pour la question 2, on pourra isoler le nn-ième terme dans la somme des dérivées : f(p)(x)=(iλn)pλn1−neiλnx+∑k≠n…f^{(p)}(x) = (i\lambda_n)^p \lambda_n^{1-n} e^{i \lambda_n x} + \sum_{k \neq n} \dots. L'idée est de choisir λn\lambda_n suffisamment grand pour que ce terme domine tous les autres.

2.

Pour le rayon de convergence, utiliser le fait que si R>0R > 0, alors les dérivées doivent satisfaire une majoration de type Cauchy : ∣f(p)(x)∣≤Mp!rp|f^{(p)}(x)| \leq M \frac{p!}{r^p}.

Idées clés

•

Domination d'un terme dans une série (stratégie du "terme prépondérant").

•

Lien entre croissance des dérivées et rayon de convergence (critère de Cauchy).

Résolution.

  1. Pour tout p∈Np \in \mathbb{N}, le terme général de la série dérivée pp-ième est uk(p)(x)=(iλk)pλk1−keiλkxu_k^{(p)}(x) = (i \lambda_k)^p \lambda_k^{1-k} e^{i \lambda_k x}. On a ∥uk(p)∥∞=λkp−k+1\|u_k^{(p)}\|_\infty = \lambda_k^{p-k+1}. Comme λk≥2\lambda_k \geq 2, pour k≥p+2k \geq p+2, on a λkp−k+1≤2p−k+1\lambda_k^{p-k+1} \leq 2^{p-k+1}. La série ∑λkp−k+1\sum \lambda_k^{p-k+1} converge donc pour tout pp. Par le théorème de dérivation terme à terme, ff est de classe C∞C^{\infty} sur R\mathbb{R}.

  2. Fixons pp et isolons le terme k=p+1k=p+1 dans l'expression de f(p)(x)f^{(p)}(x) :
    f(p)(x)=ipλp+11−(p+1)+peiλp+1x+∑k≠p+1(iλk)pλk1−keiλkxf^{(p)}(x) = i^p \lambda_{p+1}^{1-(p+1)+p} e^{i \lambda_{p+1} x} + \sum_{k \neq p+1} (i \lambda_k)^p \lambda_k^{1-k} e^{i \lambda_k x}
    f(p)(x)=ipλp+1eiλp+1x+∑k<p+1ipλkp−k+1eiλkx+∑k>p+1ipλkp−k+1eiλkxf^{(p)}(x) = i^p \lambda_{p+1} e^{i \lambda_{p+1} x} + \sum_{k < p+1} i^p \lambda_k^{p-k+1} e^{i \lambda_k x} + \sum_{k > p+1} i^p \lambda_k^{p-k+1} e^{i \lambda_k x}
    Par l'inégalité triangulaire inverse ∣a+b∣≥∣a∣−∣b∣|a+b| \geq |a| - |b| :
    ∣f(p)(x)∣≥λp+1−∑k=1pλkp−k+1−∑k=p+2+∞λkp−k+1|f^{(p)}(x)| \geq \lambda_{p+1} - \sum_{k=1}^p \lambda_k^{p-k+1} - \sum_{k=p+2}^{+\infty} \lambda_k^{p-k+1}
    Si l'on impose λk≥2\lambda_k \geq 2, la dernière somme est majorée par ∑j=1∞λp+1+j−j≤∑j=1∞2−j=1\sum_{j=1}^{\infty} \lambda_{p+1+j}^{-j} \leq \sum_{j=1}^{\infty} 2^{-j} = 1. On peut alors choisir λp+1\lambda_{p+1} par récurrence tel que :
    λp+1≥μp+1+∑k=1pλkp−k+1\lambda_{p+1} \geq \mu_p + 1 + \sum_{k=1}^p \lambda_k^{p-k+1}
    Avec ce choix, on garantit ∣f(p)(x)∣≥μp\boxed{|f^{(p)}(x)| \geq \mu_p} pour tout x∈Rx \in \mathbb{R}.

  3. Soit x∈Rx \in \mathbb{R}. Si la série de Taylor de ff en xx avait un rayon de convergence R>0R > 0, il existerait r∈]0,R[r \in ]0, R[ tel que la suite (f(p)(x)p!rp)p≥0(\frac{f^{(p)}(x)}{p!} r^p)_{p \geq 0} soit bornée par une constante MM. Cela impliquerait ∣f(p)(x)∣≤Mp!rp|f^{(p)}(x)| \leq M \frac{p!}{r^p} pour tout p∈Np \in \mathbb{N}. Or, on peut choisir la suite (μp)(\mu_p) telle que μp\mu_p croisse beaucoup plus vite que p!/rpp!/r^p pour n'importe quel rr (par exemple μp=(p!)2\mu_p = (p!)^2 ou μp=ep2\mu_p = e^{p^2}). En choisissant une telle suite (μp)(\mu_p) pour construire ff, on assure que pour tout r>0r > 0, la condition de Cauchy n'est jamais vérifiée.
    ∀x∈R,RTaylor(x)=0\boxed{\forall x \in \mathbb{R},   R_{Taylor}(x) = 0}

Assurer la convergence de la série tout en imposant une croissance forte aux dérivées.

Une fonction C-infini peut avoir un rayon de Taylor nul en tout point de R.