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On munit R2\mathbb{R}^{2} de la norme infini notée ∥(x,y)∥=max⁡(∣x∣,∣y∣)\|(x, y)\|=\max (|x|,|y|). Soit EE l'espace des fonctions continues f:[0,1]→R2f:[0,1] \rightarrow \mathbb{R}^{2} vérifiant les conditions aux limites f(0)=(0,0)f(0)=(0,0) et f(1)=(1,0)f(1)=(1,0).

On définit quatre transformations affines du plan A1,A2,A3,A4A_{1}, A_{2}, A_{3}, A_{4} par :

A1(x,y)=(y2,x2),A2(x,y)=(x2,y+12),A3(x,y)=(x+12,y+12),A4(x,y)=(1−y2,1−x2)A_{1}(x, y)=\left(\frac{y}{2}, \frac{x}{2}\right),   A_{2}(x, y)=\left(\frac{x}{2}, \frac{y+1}{2}\right),   A_{3}(x, y)=\left(\frac{x+1}{2}, \frac{y+1}{2}\right),   A_{4}(x, y)=\left(1-\frac{y}{2}, \frac{1-x}{2}\right)

Pour toute fonction f∈Ef \in E, on définit l'application TfTf sur [0,1][0,1] par :

∀i∈{1,2,3,4},∀x∈[i−14,i4],Tf(x)=Ai(f(4x−i+1))\forall i \in \{1, 2, 3, 4\},   \forall x \in \left[\frac{i-1}{4}, \frac{i}{4}\right],   Tf(x) = A_i\left(f(4x - i + 1)\right)

  1. Justifier que pour tout f∈Ef \in E, l'application TfTf appartient bien à EE.
  2. Montrer que la suite de fonctions (Tnf)n∈N(T^n f)_{n \in \mathbb{N}} converge uniformément vers une fonction φ∈E\varphi \in E, et que cette limite est indépendante du choix de f∈Ef \in E.
  3. Démontrer que l'image de l'intervalle [0,1][0,1] par φ\varphi est exactement le carré unité [0,1]2[0,1]^2.
  4. Établir l'existence d'une constante C>0C > 0 telle que :
    ∀(t,t′)∈[0,1]2,∥φ(t)−φ(t′)∥≤C∣t−t′∣\forall (t, t') \in [0,1]^2,   \|\varphi(t) - \varphi(t')\| \leq C \sqrt{|t-t'|}
  5. On considère une application ψ:[0,1]→R2\psi : [0,1] \rightarrow \mathbb{R}^2 supposée KK-höldérienne d'exposant α>1/2\alpha > 1/2. Montrer que l'image ψ([0,1])\psi([0,1]) est d'intérieur vide dans R2\mathbb{R}^2.
  6. Application au problème du voyageur de commerce : Soit (P1,…,PN)(P_1, \dots, P_N) un ensemble de NN points du carré [0,1]2[0,1]^2. Montrer qu'il existe un chemin continu et affine par morceaux passant par tous ces points, dont la longueur totale est majorée par CNC\sqrt{N} pour une certaine constante CC.

Idées clés

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Théorème du point fixe de Banach dans l'espace des fonctions continues munies de la norme ∞\infty.

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Densité des points dyadiques pour prouver la surjectivité (courbe remplissante).

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Stabilité de propriétés géométriques (Hölder) par passage à la limite uniforme.

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Inégalité de Cauchy-Schwarz pour la majoration de la longueur du chemin.

Résolution.

  1. Stabilité de EE par TT. Soit f∈Ef \in E. La continuité de TfTf sur chaque intervalle [i−14,i4][\frac{i-1}{4}, \frac{i}{4}] est immédiate car AiA_i et ff sont continues. Vérifions les raccordements : Aux points x=1/4x = 1/4 :
    Tf(1/4−)=A1(f(1))=A1(1,0)=(0,1/2)Tf(1/4^-) = A_1(f(1)) = A_1(1,0) = (0, 1/2)
    Tf(1/4+)=A2(f(0))=A2(0,0)=(0,1/2)Tf(1/4^+) = A_2(f(0)) = A_2(0,0) = (0, 1/2)
    Le raccordement est continu. Les calculs sont analogues pour x=1/2x=1/2 et x=3/4x=3/4. Enfin, Tf(0)=A1(f(0))=A1(0,0)=(0,0)Tf(0) = A_1(f(0)) = A_1(0,0) = (0,0) et Tf(1)=A4(f(1))=A4(1,0)=(1,0)Tf(1) = A_4(f(1)) = A_4(1,0) = (1,0). Ainsi, Tf∈ETf \in E.

  2. Convergence uniforme. L'espace EE est un sous-espace fermé de C0([0,1],R2)\mathcal{C}^0([0,1], \mathbb{R}^2) pour la norme ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty. C'est donc un espace complet. Calculons la distance entre TfTf et TgTg :
    ∥Tf−Tg∥∞=sup⁡i,x∥Ai(f(4x−i+1))−Ai(g(4x−i+1))∥\|Tf - Tg\|_\infty = \sup_{i, x} \|A_i(f(4x-i+1)) - A_i(g(4x-i+1))\|
    Comme chaque AiA_i a une partie linéaire de norme 1/21/2 pour la norme ∥⋅∥\|\cdot\|, on a :
    ∥Tf−Tg∥∞≤12∥f−g∥∞\|Tf - Tg\|_\infty \leq \frac{1}{2} \|f - g\|_\infty
    TT est donc une contraction de rapport 1/21/2.
    Par le theˊoreˋme du point fixe, Tnf→φ∈E uniformeˊment.\boxed{\text{Par le théorème du point fixe, } T^n f \rightarrow \varphi \in E \text{ uniformément.}}

  3. Surjectivité de φ\varphi. Soit C=[0,1]2C = [0,1]^2. Remarquons que A1(C),A2(C),A3(C),A4(C)A_1(C), A_2(C), A_3(C), A_4(C) sont quatre carrés de côté 1/21/2 qui pavent exactement CC. En choisissant ff telle que f([0,1])⊂Cf([0,1]) \subset C, on montre par récurrence que Tnf([0,1])T^n f([0,1]) contient tous les points de la forme (k2n,l2n)(\frac{k}{2^n}, \frac{l}{2^n}). L'ensemble de ces points est dense dans [0,1]2[0,1]^2. Puisque φ([0,1])\varphi([0,1]) est un compact (image continue d'un compact) contenant un ensemble dense dans [0,1]2[0,1]^2, on conclut :
    φ([0,1])=[0,1]2\boxed{\varphi([0,1]) = [0,1]^2}

  4. Régularité de φ\varphi. Soit HH l'ensemble des fonctions f∈Ef \in E vérifiant ∥f(t)−f(t′)∥≤C∣t−t′∣\|f(t) - f(t')\| \leq C \sqrt{|t-t'|} avec une constante CC bien choisie. On montre que TT stabilise HH. Si t,t′t, t' sont dans le même intervalle Ii=[i−14,i4]I_i = [\frac{i-1}{4}, \frac{i}{4}] :
    ∥Tf(t)−Tf(t′)∥=∥Ai(f(4t−i+1))−Ai(f(4t′−i+1))∥≤12C4∣t−t′∣=C∣t−t′∣\|Tf(t) - Tf(t')\| = \|A_i(f(4t-i+1)) - A_i(f(4t'-i+1))\| \leq \frac{1}{2} C \sqrt{4|t-t'|} = C \sqrt{|t-t'|}
    Pour des points dans des intervalles adjacents ou disjoints, le raisonnement s'appuie sur la continuité aux bornes et l'inégalité u+v≤2u+v\sqrt{u}+\sqrt{v} \leq \sqrt{2}\sqrt{u+v}. En prenant f0(t)=(t,0)∈Hf_0(t)=(t,0) \in H, la limite uniforme φ\varphi reste dans HH car HH est fermé.

  5. Intérieur vide pour α>1/2\alpha > 1/2. Découpons [0,1][0,1] en NN segments de longueur 1/N1/N. L'image de chaque segment est contenue dans un carré de côté 2K(1/N)α2 K (1/N)^\alpha. L'aire totale recouverte est majorée par N×[2KN−α]2=4K2N1−2αN \times [2K N^{-\alpha}]^2 = 4K^2 N^{1-2\alpha}. Si α>1/2\alpha > 1/2, cette aire tend vers 00 quand N→+∞N \rightarrow +\infty.
    L’aire de l’image est nulle, donc son inteˊrieur est vide.\boxed{\text{L'aire de l'image est nulle, donc son intérieur est vide.}}

  6. Voyageur de commerce. Soient P1,…,PN∈[0,1]2P_1, \dots, P_N \in [0,1]^2. Par surjectivité, il existe tit_i tels que φ(ti)=Pi\varphi(t_i) = P_i. On ordonne les antécédents : 0≤tσ(1)≤⋯≤tσ(N)≤10 \leq t_{\sigma(1)} \leq \dots \leq t_{\sigma(N)} \leq 1. La longueur LL du chemin polygonal reliant les Pσ(i)P_{\sigma(i)} est :
    L=∑i=1N−1∥φ(tσ(i+1))−φ(tσ(i))∥≤C∑i=1N−1tσ(i+1)−tσ(i)L = \sum_{i=1}^{N-1} \|\varphi(t_{\sigma(i+1)}) - \varphi(t_{\sigma(i)})\| \leq C \sum_{i=1}^{N-1} \sqrt{t_{\sigma(i+1)} - t_{\sigma(i)}}
    Par l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs (1,…,1)(1, \dots, 1) et (Δti)(\sqrt{\Delta t_i}) :
    L≤CN−1∑Δti=CN−1tσ(N)−tσ(1)L \leq C \sqrt{N-1} \sqrt{\sum \Delta t_i} = C \sqrt{N-1} \sqrt{t_{\sigma(N)} - t_{\sigma(1)}}
    Comme tσ(N)−tσ(1)≤1t_{\sigma(N)} - t_{\sigma(1)} \leq 1, on obtient :
    L≤CN\boxed{L \leq C \sqrt{N}}

Vérification de la continuité aux points de raccordement dyadiques

Une courbe surjective sur le carré ne peut être plus que 1/2-höldérienne