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Soient EE et FF deux espaces vectoriels normés sur R\mathbb{R}.

On considère une application f:EFf : E \to F satisfaisant l'équation fonctionnelle de Cauchy :

(x,y)E2,f(x+y)=f(x)+f(y)\forall (x, y) \in E^2,   f(x+y) = f(x) + f(y)

On suppose de plus que ff est bornée sur la boule unité fermée de EE, notée Bˉ(0,1)\bar{B}(0, 1).

Démontrer que ff est une application linéaire.

1.

Commencer par établir que pour tout rationnel rQr \in \mathbb{Q} et tout vecteur xEx \in E, on a f(rx)=rf(x)f(rx) = r f(x).

2.

Pour étendre cette propriété aux réels, utiliser l'hypothèse de bornitude locale.

3.

Pour λR\lambda \in \mathbb{R}, considérer une suite de rationnels (λn)(\lambda_n) convergeant vers λ\lambda et étudier la limite de f((λλn)x)f((\lambda - \lambda_n)x) en introduisant un multiplicateur entier pnp_n tel que pn(λλn)xp_n(\lambda - \lambda_n)x reste dans la boule unité.

Idées clés

Exploitation de l'additivité pour obtenir la rational-linéarité.

Utilisation de la bornitude sur un voisinage de zéro pour obtenir la continuité en zéro (et donc la linéarité).

Résolution.

  1. Étape 1 : Linéarité sur Q\mathbb{Q.} Soit xEx \in E. Par additivité, on a f(0)=f(0+0)=f(0)+f(0)f(0) = f(0+0) = f(0) + f(0), d'où f(0)=0f(0) = 0. Par une récurrence immédiate, on montre que pour tout nNn \in \mathbb{N}, f(nx)=nf(x)f(nx) = n f(x). De plus, 0=f(x+(x))=f(x)+f(x)0 = f(x + (-x)) = f(x) + f(-x), donc f(x)=f(x)f(-x) = -f(x). On en déduit que :
    nZ,f(nx)=nf(x)\forall n \in \mathbb{Z},   f(nx) = n f(x)
    Soit r=pqQr = \frac{p}{q} \in \mathbb{Q} avec (p,q)Z×N(p, q) \in \mathbb{Z} \times \mathbb{N}^*. On a f(px)=f(qpqx)=qf(pqx)f(p x) = f(q \cdot \frac{p}{q} x) = q f(\frac{p}{q} x). En utilisant la propriété pour les entiers, on obtient pf(x)=qf(rx)p f(x) = q f(rx), soit :
    rQ,xE,f(rx)=rf(x)\boxed{ \forall r \in \mathbb{Q}, \forall x \in E,   f(rx) = r f(x) }

  2. Étape 2 : Passage de Q\mathbb{Q à R\mathbb{R}.} Soit λR\lambda \in \mathbb{R} et xEx \in E. On souhaite montrer que f(λx)=λf(x)f(\lambda x) = \lambda f(x). Si x=0x=0, l'égalité est triviale. Supposons x0x \neq 0. Soit (λn)nN(\lambda_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de rationnels convergeant vers λ\lambda. Par additivité et rational-linéarité, on a :
    f(λx)=f((λλn)x+λnx)=f((λλn)x)+λnf(x)f(\lambda x) = f((\lambda - \lambda_n)x + \lambda_n x) = f((\lambda - \lambda_n)x) + \lambda_n f(x)
    Il suffit de prouver que limnf((λλn)x)=0\lim_{n \to \infty} f((\lambda - \lambda_n)x) = 0. Notons hn=(λλn)xh_n = (\lambda - \lambda_n)x. Puisque λnλ\lambda_n \to \lambda, on a hn0\|h_n\| \to 0. On peut supposer hn0h_n \neq 0 pour nn assez grand (sinon le terme est nul). Soit MM un majorant de f\|f\| sur Bˉ(0,1)\bar{B}(0, 1). Pour chaque nn, posons :
    pn=1hnp_n = \left\lfloor \frac{1}{\|h_n\|} \right\rfloor
    Puisque hn0\|h_n\| \to 0, on a pn+p_n \to +\infty. Par définition de la partie entière :
    pn1hn<pn+1p_n \leq \frac{1}{\|h_n\|} < p_n + 1
    On en déduit que pnhn1\|p_n h_n\| \leq 1, donc pnhnBˉ(0,1)p_n h_n \in \bar{B}(0, 1). En utilisant la rational-linéarité (car pnZp_n \in \mathbb{Z}) :
    f(hn)=f(1pnpnhn)=1pnf(pnhn)\|f(h_n)\| = \left\| f\left( \frac{1}{p_n} \cdot p_n h_n \right) \right\| = \frac{1}{p_n} \|f(p_n h_n)\|
    D'après l'hypothèse de bornitude :
    f(hn)Mpn\|f(h_n)\| \leq \frac{M}{p_n}
    Comme pn+p_n \to +\infty, le théorème des gendarmes assure que limnf(hn)=0\lim_{n \to \infty} f(h_n) = 0. En passant à la limite dans l'égalité f(λx)=f(hn)+λnf(x)f(\lambda x) = f(h_n) + \lambda_n f(x), on obtient :
    f(λx)=λf(x)\boxed{ f(\lambda x) = \lambda f(x) }

L'application ff est additive et homogène, elle est donc linéaire.

Croire que l'additivité implique la linéarité sur R sans hypothèse de régularité.

Une application additive bornée au voisinage de 0 est linéaire.