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Centrale Mathématiques 2 PC 2011Sujet, corrigé et rapport du jury

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Notations

  • Dans tout le problème, n est un entier naturel fixé, supérieur ou égal à 2 .
  • On note M_(n, p)(ℝ) l'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes et à coefficients réels.
  • En particulier, M_(n, 1)(ℝ) désigne l'ensemble des matrices colonnes à n lignes et à coefficients réels. Selon l'usage, on pourra librement identifier les espaces vectoriels M_(n, 1)(ℝ) et ℝ^n.
  • On note M_(i, j) le coefficient sur la i-ème ligne et j-ème colonne d'une matrice M.
  • L'espace M_(n, 1)(ℝ) est muni de sa structure euclidienne usuelle. En particulier, si (V, W) ∈ M_(n, 1)(ℝ)^2, on pose
⟨V, W⟩ = ∑_(i = 1)^n V_(i, 1)W_(i, 1) et ‖V‖_2 = (∑_(i = 1)^n V_(i, 1)^2)^(1/2)
  • La notation ^t M désigne la transposée d'une matrice M, rg(M) son rang et, lorsque M est carrée, tr(M) sa trace. On rappelle que tr(AB) = tr(BA) pour tout A ∈ M_(k, l)(ℝ) et B ∈ M_(l, k)(ℝ).
  • On note également O_n(ℝ) le groupe des matrices orthogonales d'ordre n, O_n^+(ℝ) le sous-groupe de O_n(ℝ) formé des matrices de O_n(ℝ) de déterminant positif et O_n^−(ℝ) l'ensemble des matrices de O_n(ℝ) de déterminant négatif.
  • Par définition, une rotation est un automorphisme orthogonal de l'espace M_(n, 1)(ℝ) de déterminant 1 .

Objectif du problème

On se donne des vecteurs X_1, …, X_m, Y_1, …, Y_m de M_(n, 1)(ℝ), et on cherche à déterminer, si c'est possible, une rotation r de M_(n, 1)(ℝ) telle que
r(X_i) = Y_i pour 1 ⩽ i ⩽ m
Cela revient à déterminer une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) réalisant
WX_i = Y_i pour 1 ⩽ i ⩽ m
Sans hypothèse sur les vecteurs X_i et Y_i, une telle rotation n'a pas de raison d'exister, ni d'être unique. C'est pourquoi on s'intéressera plutôt, dans la suite, au problème plus faible suivant : trouver une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) minimisant la quantité ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2, autrement dit telle qu'en un sens les WX_i soient «aussi proches que possible » des Y_i.

I Questions préliminaires

I.A - Généralités sur les matrices orthogonales

I.A.1) Quel est le déterminant d'une matrice de O_n^+(ℝ) ? de O_n^−(ℝ) ? On justifiera les réponses.
I.A.2) O_n^−(ℝ) est-il un sous-groupe de O_n(ℝ) ?
I.A.3) Montrer que les valeurs absolues des coefficients d'une matrice orthogonale sont inférieures ou égales à 1 .

I.B - Un exemple numérique

Dans cette section, n = m = 2. On pose
X_1 = (2/0), X_2 = ((√2)/(√2)), Y_1 = ((1/2)/((√3)/2)), Y_2 = ((− 1/2)/((√3)/2))
On introduit les affixes respectives des vecteurs X_1, X_2, Y_1, Y_2 :
α_1 = 2, α_2 = √2 + i√2, β_1 = 1/2 + i(√3)/2, β_2 = − 1/2 + i(√3)/2
I.B.1) Exprimer ces affixes sous forme trigonométrique puis simplifier pour tout réel θ la quantité
f(θ) = |β_1 − e^(iθ)α_1|^2 + |β_2 − e^(iθ)α_2|^2
I.B.2) Déterminer les valeurs de θ qui minimisent f(θ). Illustrer le résultat par un dessin.

II Un problème d'optimisation

Dans cette partie, on fixe des éléments X_1, …, X_m, Y_1, …, Y_m de M_(n, 1)(ℝ), et on se propose d'obtenir une matrice W ∈ O_n(ℝ) minimisant ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2 et, dans certains cas, une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) minimisant ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2.
Dans toute cette partie, on note X (respectivement Y ) la matrice de M_(n, m)(ℝ) dont les colonnes sont X_1, …, X_m (respectivement Y_1, …, Y_m ).

II.A - Un produit scalaire matriciel

II.A.1) Montrer que l'application
M_(n, m)(ℝ)^2 → ℝ, (M, N) ↦ tr((^t M)N)
est un produit scalaire sur M_(n, m)(ℝ). On pose désormais
⟨M, N⟩_F = tr((^t M)N) et ‖M‖_F = ⟨M, M⟩_F^(1/2)
II.A.2) Montrer que, pour toute matrice W ∈ M_n(ℝ), on a
∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2 = ‖WX − Y‖_F^2
II.A.3) Simplifier ⟨WM, WN⟩_F et ‖WM‖_F pour W ∈ O_n(ℝ) et (M, N) ∈ M_(n, m)(ℝ)^2.
II.A.4) Simplifier aussi ⟨MW, NW⟩_F et ‖MW‖_F pour W ∈ O_m(ℝ) et (M, N) ∈ M_(n, m)(ℝ)^2.
II.B - Dans cette section, on suppose que m = n.
II.B.1) Calculer ‖W‖_F pour W ∈ O_n(ℝ).
II.B.2) Montrer que si une suite (M_k)_(k ∈ ℕ) d'éléments de O_n(ℝ) converge vers M ∈ M_n(ℝ), alors M ∈ O_n(ℝ) et en déduire que O_n(ℝ) est une partie fermée de M_n(ℝ).
II.B.3) Montrer que O_n(ℝ) est une partie compacte de M_n(ℝ).
II.C - Dans cette section, m et n ne sont plus supposés égaux.
II.C.1) Justifier l'existence d'une matrice W ∈ O_n(ℝ) minimisant ‖WX − Y‖_F^2, c'est-à-dire vérifiant
∀Z ∈ O_n(ℝ), ‖WX − Y‖_F^2 ⩽ ‖ZX − Y‖_F^2
II.C.2) Montrer que les matrices W ∈ O_n(ℝ) minimisant ‖WX − Y‖_F^2 sont les matrices W ∈ O_n(ℝ) maximisant ⟨WX, Y⟩_F.
II.C.3) Déterminer à l'aide de X et Y une matrice A ∈ M_n(ℝ) telle que, pour toute matrice W ∈ O_n(ℝ),
⟨WX, Y⟩_F = ⟨W, A⟩_F
II.D - Dans cette section, Δ désigne une matrice diagonale d'ordre n à coefficients positifs.
II.D.1) Déterminer une matrice W^′ ∈ O_n(ℝ) maximisant ⟨W^′, Δ⟩_F.
II.D.2) On suppose de plus que les coefficients diagonaux de la matrice Δ vérifient :
Δ_(1, 1) ⩾ … ⩾ Δ_(r, r) > 0 et Δ_(i, i) = 0 pour r + 1 ⩽ i ⩽ n
(avec éventuellement r = n dans le cas où tous les coefficients diagonaux de Δ sont non nuls). Déterminer toutes les matrices W^′ ∈ O_n(ℝ) maximisant ⟨W^′, Δ⟩_F.
II.E - Dans cette section, on admet que A peut s'écrire sous la forme QΔ(^t P) avec (Q, P) ∈ O_n(ℝ)^2 et Δ ∈ M_n(ℝ) diagonale avec des coefficients diagonaux vérifiant Δ_(1, 1) ⩾ … ⩾ Δ_(n, n) ⩾ 0. Ce résultat sera démontré dans la partie III.
II.E.1) Déterminer à l'aide de P et Q une matrice W ∈ O_n(ℝ) maximisant ⟨W, A⟩_F, et appartenant à O_n^+(ℝ) si et seulement si detP ⋅ detQ > 0.
II.E.2) Montrer que si detA > 0, il existe une unique matrice W ∈ O_n^+(ℝ) maximisant ⟨W, A⟩_F, au sens où
∀Z ∈ O_n^+(ℝ), ⟨W, A⟩_F ⩾ ⟨Z, A⟩_F
II.E.3) Dans cette question, on suppose que Δ_(n, n) = 0. Déterminer une matrice W^′ ∈ O_n^−(ℝ) maximisant ⟨W^′, Δ⟩_F.
II.E.4) Dans cette question, on suppose que detA = 0 et que detP ⋅ detQ < 0. Déduire de la question précédente une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) maximisant ⟨W, A⟩_F.

III Une décomposition matricielle

L'objectif de cette partie est d'établir le résultat admis dans la partie précédente.
Soit M ∈ M_(n, p)(ℝ) de rang r ⩾ 1.
III.A - Soit B = (^t M)M.
III.A.1) Montrer que B est une matrice symétrique réelle. Que peut-on en déduire ?
III.A.2) Montrer que B est positive, c'est-à-dire que pour tout V ∈ M_(p, 1)(ℝ), (^t V)BV ⩾ 0. En déduire que les valeurs propres de B sont positives.
III.A.3) Montrer que kerB = kerM. En déduire que rg(B) = r. ( M étant une matrice de M_(n, p)(ℝ), on pose kerM = {X ∈ M_(p, 1)(ℝ), MX = 0}.)
III.B - Dans la suite de cette partie, on note:
  • f l'application linéaire de ℝ^p dans ℝ^n canoniquement associée à M,
  • g l'endomorphisme de ℝ^p canoniquement associé à B,
  • λ_1, …, λ_p les valeurs propres (distinctes ou non) de g rangées par ordre décroissant:
λ_1 ⩾ λ_2 ⩾ … ⩾ λ_r > 0 = λ_(r + 1) = … = λ_p
  • et enfin (v_1, …, v_p) une base orthonormée de ℝ^p formée de vecteurs propres de g associés respectivement aux valeurs propres λ_1, …, λ_p.
    III.B.1) On pose μ_i = √(λ_i) pour 1 ⩽ i ⩽ p et u_i = 1/(μ_i)f(v_i) pour 1 ⩽ i ⩽ r. Montrer que ( u_1, …, u_r ) est une base orthonormée de Im(f).
    III.B.2) Soit Δ = (Δ_(i, j)) ∈ M_(n, p)(ℝ) la matrice dont les seuls coefficients non nuls sont Δ_(1, 1), …, Δ_(r, r) qui valent μ_1, …, μ_r. Montrer qu'il existe Q ∈ O_n(ℝ) et P ∈ O_p(ℝ) telles que
M = QΔP^(− 1) = QΔ(^t P)

IV Sur la trace des matrices orthogonales

Dans cette partie, on étudie la trace maximale d'une matrice de O_n^−(ℝ), ce qui va permettre d'aboutir dans les cas laissés en suspens dans la partie II à une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) minimisant ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2.

IV.A -

IV.A.1) Déterminer la trace maximale d'une matrice de O_n(ℝ).
IV.A.2) Soit E un espace vectoriel euclidien, et w un automorphisme orthogonal de E. Justifier que les seules valeurs propres possibles pour w sont 1 et -1 .
IV.A.3) Montrer que -1 est valeur propre de toute matrice W ∈ O_n^−(ℝ).
IV.A.4) Montrer que si F est un sous-espace vectoriel d'un espace vectoriel euclidien E, stable par un automorphisme orthogonal w de E, alors l'orthogonal de F est aussi stable par w.
IV.A.5) Montrer que pour tout W ∈ O_n^−(ℝ), il existe P_1 ∈ O_n(ℝ) et W_1 ∈ O_(n − 1)^+(ℝ) tels que
W = P_1(− 1, 0_(1, n − 1); 0_(n − 1, 1), W_1)(^t P_1)
où 0_(k, l) désigne la matrice nulle dans M_(k, l)(ℝ).
IV.A.6) Conclure sur la trace maximale d'une matrice de O_n^−(ℝ).
IV.B − On rappelle que minimiser ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2 revient à maximiser ⟨W, A⟩_F avec A ∈ M_n(ℝ) une certaine matrice qui peut s'écrire sous la forme QΔ(^t P) avec (P, Q) ∈ O_n(ℝ)^2 et Δ ∈ M_n(ℝ) diagonale, à coefficients diagonaux vérifiant
Δ_(1, 1) ⩾ … ⩾ Δ_(n, n) ⩾ 0
IV.B.1) Déterminer une matrice W^′ ∈ O_n^−(ℝ) maximisant ⟨W^′, Δ⟩_F en commençant par écrire ⟨W^′, Δ⟩_F à l'aide de tr(W^′) et des coefficients W_(i, i)^′, pour 1 ⩽ i ⩽ n − 1.
IV.B.2) En déduire, lorsque detP ⋅ detQ < 0, une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) maximisant ⟨W, A⟩_F.

V Calcul numérique

Dans cette partie, on étudie un algorithme permettant de calculer de manière approchée une matrice W ∈ O_n^+(ℝ) minimisant ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2 pour certaines matrices Y.

V.A - Étude d'une suite de réels

On considère E l'ensemble des suites (x_k)_(k ∈ ℕ) de réels vérifiant :
x_0 > 0 et x_(k + 1) = x_k ⋅ (x_k^2 + 3)/(3x_k^2 + 1) pour k ∈ ℕ
V.A.1) Écrire une instruction en Maple ou Mathematica permettant de calculer les trente premiers termes de la suite (x_k)_(k ∈ ℕ) ∈ E telle que x_0 = 0, 1.
V.A.2) Représenter graphiquement le comportement d'une suite (x_k)_(k ∈ ℕ) ∈ E pour un x_0 > 0 quelconque. On effectuera les calculs nécessaires à une représentation soignée.
V.A.3) Démontrer la convergence d'une telle suite et préciser sa limite.

V.B - Étude d'une suite de matrices

On considère F l'ensemble des suites (Z_k)_(k ∈ ℕ) de matrices de M_n(ℝ) vérifiant les deux conditions suivantes :
i. Z_0 est inversible ;
ii. Z_(k + 1) = Z_k(^t Z_k Z_k + 3I_n)(3^t Z_k Z_k + I_n)^(− 1) pour k ∈ ℕ(I_n désigne la matrice identité d'ordre n).
V.B.1) Montrer que pour toute matrice Z ∈ M_n(ℝ), la matrice 3^t ZZ + I_n est bien inversible.
V.B.2) Soit (Z_k)_(k ∈ ℕ) ∈ F. D'après la deuxième partie, Z_0 peut s'écrire sous la forme QD(^t P) avec (Q, P) ∈ O_n(ℝ)^2 et D ∈ M_n(ℝ) diagonale à coefficients diagonaux strictement positifs. On définit, pour tout k ∈ ℕ, l'assertion P_k ainsi: « Z_k peut s'écrire sous la forme QD_k(^t P) avec D_k diagonale à coefficients diagonaux strictement positifs ». Montrer que pour tout k ∈ ℕ, P_k est vraie.
V.B.3) Déterminer la limite de la suite (Z_k)_(k ∈ ℕ).

V.C - Une application

On fixe X_1, …, X_m des éléments de M_(n, 1)(ℝ), et on note X la matrice de M_(n, m)(ℝ) dont les colonnes sont X_1, …, X_m. On fixe également W_0 ∈ O_n^+(ℝ), et on pose Y_0 = W_0 X. On suppose de plus la matrice X de rang n.
V.C.1) Montrer qu'il existe un ouvert U de M_(n, m)(ℝ) contenant Y_0 tel que pour tout Y ∈ U, l'on ait det(Y(^t X)) > 0.
V.C.2) Dans le cas où Y ∈ U, quelle valeur donner à Z_0 pour que la suite (Z_k)_(k ∈ ℕ) ∈ F converge vers W ∈ O_n^+(ℝ) minimisant ∑_(i = 1)^m‖WX_i − Y_i‖_2^2 ?

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