Bac 2014

Je suis perplexe et inquiet…

Rappel des faits : les épreuves scientifiques ont eu lieu la semaine dernière.
:arrow_right: L’épreuve de physique chimie est essentiellement une lecture de document : on demande aux élèves de recopier des phrases d’un texte et de faire des applications numériques.
:arrow_right: L’épreuve de mathématique a soulevé un tollé important : plus de 54 000 signataires se sont indignés contre la difficulté de l’examen, principalement à cause d’un exercice de géométrie dans l’espace.

Je tire de ces observations trois constats :
:arrow_right: Les élèves de terminale scientifique ont un manque important de compétences scientifiques techniques de base (mise en équation, résolution d’équations…). Il semble que l’enseignement soit essentiellement de la vulgarisation, ce qui n’est pas sans poser certains problèmes. (Conséquence, annexe pour le sujet : la physique apparait comme une science du blabla, où on lance des paillettes et on parle d’arcs en ciel. J’en veux pour preuve la réduction de 25% des candidatures en PCSI).
:arrow_right: Contrairement à ce que revendique le nouveau programme, ce manque de compétence n’est pas remplacé par une meilleure méthodologie scientifique. J’en veux pour preuve que le fameux exercice 4 du sujet de math, qui a posé tant de problèmes, ne demande aucune compétences spécifiques. Ce n’est pas la méconnaissance d’une formule ou la résolution d’une équation qui bloque les élèves, mais simplement la confrontation à un problème nouveau.
:arrow_right: Les 54 000 élèves (soit 1/3 des candidats !) qui ont signé cette pétition n’ont aucune conscience de la situation. J’en veux pour preuve leur message :

Après la physique et l’anglais, c’est à présent au tour de l’épreuve des maths d’être ultra-dure. Si ça continue les résultats vont être inférieurs à 50% de réussite…
1/3 des candidats au baccalauréat scientifique ont accepté de signer ce message ! Je n’en reviens toujours pas… Leur revendication n’est pas « nous voulons une formation scientifique correcte qui nous permettra de traiter des problèmes scientifiques » mais bien « c’est ultra-dur (sic) ».

J’en arrive à la conclusion suivante :
:arrow_right: Les candidats au bac 2014 auront sans doute au moins 85% de réussite. On donne donc le premier diplôme scientifique universitaire à des étudiants qui n’ont ni compétences, ni méthodologie scientifiques ni l’état d’esprit de se remettre en question quand imaginer un tétraèdre devient "ultra-dur’.

D’où les questions suivantes :
:arrow_right: Que sanctionne l’obtention du baccalauréat scientifique ?
:arrow_right: En tant qu’enseignant dans le supérieur, qu’est ce que je suis censé faire avec ces élèves ? Est ce qu’il faut repartir de 0 pour donner les bases à ceux qui ne les ont pas acquis par eux même ? Dans ce cas, comment remplir les mêmes exigences qu’auparavant avec un rythme acceptable ? Comment faire en sorte que les diplômes universitaires sanctionnent bel et bien une véritable compétence scientifique sans exploser les taux d’échecs ?

Note : la formulation est volontairement provocante. J’espère sincèrement voir émerger dans la discussion un façon de voir les choses qui pourra me rassurer un peu…

PCSI, c’est un tout autre débat… L’UPS et d’autres y réfléchissent déjà…

prepas.org/ups.php?article=430

formation scientifique correcte ?

Pourquoi tu reformules ce que la présidente de l’UPS a déjà dit dans son article ???

PS à savoir, pour rappel : prepas.org/ups.php?article=430

Je pense qu’ils devraient tout simplement faire une réelle sélection en fin de seconde de sorte à ce que les cours de S puissent être un peu plus rapide et plus poussés … Ce serait un moyen pour redonner une vraie valeur au bac S que l’on donne à n’importe qui aujourd’hui ..

à quoi bon donner de la valeur au bac, déjà que le niveau moyen, c’est Licence (L3 ou Bac + 3), pourquoi vouloir mettre un pont aux ânes au bac ?

(en plus, déjà que c’est bien dur comme ça le bac, tout le monde ne l’a pas. Et il y a aussi le cas du bac pro.)

Et à côté de ça, padpad nous a mis un dessin humoristique sur les singes et les éléphants…
viewtopic.php?f=16&t=29416&p=635311&hilit=Einstein*#p635311

Et les élèves qui ont le bac S sans avoir rien fait qui se trouvent larguer dès la L1, t’en fais quoi ? Et aussi maintenant quand quelqu’un ne sait pas quoi faire, on l’envoie en S même sans regarder les capacités de cet élève.

sweN a écrit:

Et les élèves qui ont le bac S sans avoir rien fait qui se trouvent larguer dès la L1, t’en fais quoi ?
Mot-clé : plan licence ou « réussite licence », de Valérie Pécresse .
sweN a écrit:
quand quelqu’un ne sait pas quoi faire on l’envoie en S
Je connais quelqu’un qui me dit souvent : avant, on l’aurait envoyé aux enfants de troupe, voire au Bat(aillon) d’Af(rique) … (dans les années 1930)

J’en ai discuté avec un terminale passant le bac cette année et ayant plutôt réussi les sujets.
Le problème ce ne serait pas tant que ce soit dur mais le fait que cela ait été plus dur, à la fois que ce à quoi ils s’étaient préparés d’après les annales de l’année dernière et que ce qui a été donné dans d’autres centres. Il faut reconnaître que, par rapports aux autres annales, cette année en métropole c’était plus dur. Bref, je comprend que ça doit être un peu rageant.

Cela dit, je suis d’accord que cette pétition est ridicule. Mais je pense que c’est plus la faute de twitter et tout que des changements de programme et de l’enseignement des sciences. Cf. les tweet d’insulte de Victor Hugo

Concernant le niveau en lui même :

  • En maths, cela m’a l’air moins calculatoire/technique qu’avant (alors que ça ne l’était déjà pas beaucoup). Et surtout, on sent le « 1 question/1 compétence », qui empêche de demander un raisonnement de plus de 2 étapes. Dommage.
    J’ai été étonnée par l’exo sur la loi normale, je croyais qu’il fallait intégrer une gaussienne dont l’expression n’était pas donnée… et bien non pas du tout, il fallait utiliser une expression « loi normale » de la calculatrice qui donnait exactement le résultat à la question.
    Peut être que c’est pas plus mal, on insiste moins sur l’aspect calculatoire… Bon après ça dépend comment c’est enseigné.

  • En physique : je n’ai pas trouvé ça si facile que ça. Alors oui ce sont « des trucs qui pètent », on a qd même le Boson de Higgs et le voyage sur Mars dans le même énoncé :unamused: (Mon année c’était un boulet de canon) . Et il n’y a pas de calculs mais vu leur niveau en calcul, c’est normal qu’on n’en mette pas en physique (une équa diff, ils connaissent pas, donc ça va pas aller loin). Mais il y a quand même de la physique, et si ça peut leur donner envie de continuer…
    C’est clairement orienté culture physique, pour qu’ils aient un regard critique sur les sciences. De mon point de vue, ce serait l’enseignement parfait pour de futurs non-scientifiques. Evidemment c’est très dommage que ça s’adresse aussi aux futurs scientifiques…
    La chimie orga, j’ai trouvé ça pas mal, ils en savent bien plus que nous à l’époque. Ca leur donne une idée un peu plus précise de la chimie post-bac.
    A noter : en TP, ils doivent trouver eux même des protocoles, certes simples, mais quand même.

Bref, peut être que ce nouveau programme les aidera à mieux comprendre ce qu’ils font (=la physique) sans se noyer dans des calculs, ce qu’ils feront après le bac (non sans difficultés, comme je le vois avec mes étudiants de L1). Je préfère un étudiant qui comprends ce qui se passe mais galère sur les calculs qu’un qui fait plein de calculs sans avoir la moindre idée de ce qu’il parle.

Alors oui les étudiants sont mauvais, mais ça c’est une constante :wink: . J’ai enseigné cette année un module d’électronique à la fois à des L1 (nouveau bac) et des L2 (ancien bac), et bien ils étaient aussi nuls les uns que les autres.

Pour dédramatiser : avez-vous eu l’occasion de feuilleter un livre de terminale C d’il y a 30 ans? Et bien c’est incroyable ce qu’ils faisaient à l’époque, le gap entre cette époque et la mienne est beaucoup plus grand qu’entre mon époque et maintenant. Et pourtant je ne pense pas qu’on fasse de plus mauvais ingénieurs/scientifiques que nos parents…

Le problème du sujet de cette année n’est pas dû à une méconnaissance du tétraèdre ?
Parce-que je pense qu’en Terminale je ne savais pas non plus ce que c’était :slight_smile:

Comme je l’ai récemment entendu (Étienne Ghys et François Sauvageot sur France Culture y’a pas longtemps), le « S » dans « bac S » ne veut pas dire « scientifique » mais « sélection ». Pour rappel, on a 4 heures de maths en première Scientifique, euh, Sélection.

Il se passe quoi si on se mets tous à signer avec des noms du genre Jenemeritepas Monbac?

La même chose que si tu te fais livrer une pizza dans ta salle d’épreuve du bac, et autres plaisanteries d’élèves qui ne sont jamais mises en pratique.

watchuwatchme a écrit:

Le problème du sujet de cette année n’est pas dû à une méconnaissance du tétraèdre ?
Parce-que je pense qu’en Terminale je ne savais pas non plus ce que c’était :slight_smile:
Euh personnellement j’ai vu le tétraèdre pour la première fois au collège. Et cette année en terminale on a fait pleins d’exercices avec des tétraèdres. Et dans l’énoncé il nous était précisé qu’il y avait 3 triangles dans la figure … Après t’as tetra tu sais que c’est 4 quoi… Enfin bon il faut être capable de raisonner pour un bac S quand même :confused:

Je pense que c’est surtout un problème de motivation ( et quand on veut, on peut !) des élèves, qui n’ira hélas pas en s’améliorant :

  • on envoie en S des élèves qui n’aiment pas, voire détestent, les sciences. Comme ils ne réussissent bien sûr pas (à quelques exceptions près), on baisse le niveau d’exigences et on remplace par exemple la physique par de la « physique de salon ». Évidemment, ça ne sert à rien puisque l’élève qui n’aime pas les sciences ne sera pas plus attiré par le boson de Higgs que par un oscillateur harmonique…
  • dégât collatéral de ce processus, les élèves motivés et intéressés par les sciences restent sur leur faim et n’ont plus l’opportunité d’acquérir les connaissances scientifiques de bases autrement que par eux-même.

À quand une vraie sélection au lycée, assortie d’une revalorisation des autres filières que la S ? Histoire de ne plus accepter d’élèves à 2,5 de moyenne en physique qui de toutes façons veulent faire un BTS en audiovisuel (histoire vécue) ?

Scribe a écrit:

  • dégât collatéral de ce processus, les élèves motivés et intéressés par les sciences restent sur leur faim et n’ont plus l’opportunité d’acquérir les connaissances scientifiques de bases autrement que par eux-même.
    Ouais pis autre dégât collatéral : ceux qui auraient été très heureux de faire des sciences, ou du moins des études scientifiques, mais qui ne le savent pas vraiment au lycée. Je finis ma prépa et j’adore les maths, mais si je n’avais pas eu mon entourage pour m’y pousser et tout ça je n’y serais pas parvenu grâce au système scolaire. Et il y a pleins de gens qui n’auront les rencontres random ou l’entourage pour les pousser et normalement, enfin c’est ce que je pense, le système scolaire doit être là pour ça. Et là ce système scolaire n’attire pas (cf De Caunes qui cite les tweets contre VH d’une manière cool et en les faisant passer pour bénins).

Raphaëlle a écrit:

C’est clairement orienté culture physique, pour qu’ils aient un regard critique sur les sciences. De mon point de vue, ce serait l’enseignement parfait pour de futurs non-scientifiques. Evidemment c’est très dommage que ça s’adresse aussi aux futurs scientifiques…
Très d’accord : ça me semble aberrant de ne donner aucune notion d’histoire des sciences et des idées scientifiques dans les autres filières. Je suis partisan d’un cours de philo plus dense où ces enseignements auraient leur place. Mais qu’on laisse dans les cours scientifiques une vraie démarche scientifique ! Je trouve dramatique la confusion entre vulgarisation et enseignement. En vulgarisant, je peux raconter n’importe quoi et agiter suffisamment les mains pour que ça passe. La rigueur d’un raisonnement scientifique ne permet pas ça.
Bref, peut être que ce nouveau programme les aidera à mieux comprendre ce qu’ils font (=la physique) sans se noyer dans des calculs, ce qu’ils feront après le bac (non sans difficultés, comme je le vois avec mes étudiants de L1). Je préfère un étudiant qui comprends ce qui se passe mais galère sur les calculs qu’un qui fait plein de calculs sans avoir la moindre idée de ce qu’il parle.
Moi aussi, mais je ne crois pas qu’on atteigne cet objectif. Sinon, dessiner un tétraèdre ne serait pas une épreuve « ultradure (sic) » qui justifie l’indignation de 54 000 lycéens (désolé, je ne m’en remets pas ^^')
Pour dédramatiser : avez-vous eu l’occasion de feuilleter un livre de terminale C d’il y a 30 ans? Et bien c’est incroyable ce qu’ils faisaient à l’époque, le gap entre cette époque et la mienne est beaucoup plus grand qu’entre mon époque et maintenant. Et pourtant je ne pense pas qu’on fasse de plus mauvais ingénieurs/scientifiques que nos parents…
Tu as peut être raison, c’est une perspective rassurante (?). J’ai néanmoins l’impression que, si le contenu a été réduit, on ne prenait pas non plus les vessies pour des lanternes.

De toute manière, avec l’étude du gars parue la semaine dans la presse qui annonce que la plupart des boulots seront rendus « redondants » par l’ordinateur, et que les gens mis en compétition avec le dit ordinateur seront donc mis au chômage, je ne pense pas qu’il y ait là lieu à s’inquiéter.

PS J’ai un trou de mémoire dans mon cerveau, et pas le temps de chercher à mettre mon cerveau en compétition avec un moteur de recherche informatisé pour retrouver le nom de cet auteur… :frowning:

fouina972 a écrit:

Je pense qu’ils devraient tout simplement faire une réelle sélection en fin de seconde de sorte à ce que les cours de S puissent être un peu plus rapide et plus poussés … Ce serait un moyen pour redonner une vraie valeur au bac S que l’on donne à n’importe qui aujourd’hui ..
Je suis bien d’accord ! Mais ça c’est aussi à cause des idées reçues et préconçues. « Le bac S ouvre toutes les portes » c’est archi faux et pourtant la plupart des parents en sont convaincus… Alors ils poussent leurs gosses qui auraient préféré par exemple faire un cap ou plus de capacités à s’adapter à un bac pro à faire S pour au final passer deux années sous la moyenne, avoir le bac ras les pâquerettes et puis aller dans une toute autre branche après parce que « les études ça saoule ».

Ce qu’il faudrait présenter dans le bac S c’est déjà la dominante scientifique (une amie, forcée par ses parents aurait voulue aller à Chartes après le bac S mais avec le peu d’histoire…), puis le fait que la poursuite d’étude soit principalement longue (donc élèves ambitieux qui n’ont pas peur des longues études) et enfin un minimum de logique et de capacités en matières scientifiques parce que les questions bêtes en cours sur ce que vient d’expliquer le prof ça va une fois mais tout au long de l’année ça ralenti énormément toute la classe… Il faut aussi je pense insister sur le travail personnel… Combien de fois les profs nous ont-ils fait la morale pendant de longues minutes (encore perte de temps) parce que la moitié de la classe avait pas bossé ? Ou encore, combien de tests surprises on s’est chopé pour les autres (ceux qui n’ont rien à faire en S mais en plus le font savoir pendant les cours !!)

Alors je suis entièrement d’accord. Il faut « durcir » cette entrée en S pour pouvoir avancer à un bon rythme et approfondir le programme afin d’être près pour n’importe quel sujet de bac. Surtout que ce qui est demandé en sciences en seconde et en terminal ce n’est pas du tout pareil, il y a quand même un gros fossé à enjamber.

Et ce n’est qu’une fois que les classes de TS auront un niveau de TS que le bac, qui aura aussi ce niveau, vaudra enfin quelque chose. Là, la réussite sera de 90% sans avoir besoin de remonter les barèmes chaque année.

Raphaëlle a écrit:

Bref, peut être que ce nouveau programme les aidera à mieux comprendre ce qu’ils font (=la physique) sans se noyer dans des calculs, ce qu’ils feront après le bac (non sans difficultés, comme je le vois avec mes étudiants de L1). Je préfère un étudiant qui comprends ce qui se passe mais galère sur les calculs qu’un qui fait plein de calculs sans avoir la moindre idée de ce qu’il parle.
Leur [eux] objectif n’est pas de former des philosophes mais des scientifiques. Mais apparemment ils faillent : Boson de Higgs en terminal, putain on peut lire ça sur Wikipedia, c’est même faisable dès le collège… Et sinon c’est pour quand l’enseignement de la science fiction ?
Tout baratin appelé communément (et aveuglement) « sens physique » est inutile tant qu’il n’aide pas à des applications concrètes. Si j’ai le choix entre deux élèves : l’un sait donner une réponse à un problème réel en résolvant ses équations physico-mathématiques où il ne comprend rien, et l’autre comprend très bien le phénomène derrière le problème mais le pauvre n’arrive pas à … il est stérile quant à la résolution, je choisi le premier car c’est lui qui va faire avancer les choses.

Généraliser le système de TS1 de Louis-le-Grand ?
fr.wikipedia.org/wiki/Lyc%C3%A9e_Louis-le-Grand

En gros, faire des classes de TS étoilées.