Pour avoir bossé quelques années dans le milieu de la grande distrib, la façon la plus simple d’atteindre les postes de Direction est d’avoir été Directeur de magasin. Et la façon la plus simple de devenir Directeur de magasin est d’avoir été chef de rayon …
C’est très formateur et permet d’acquérir une légitimité vis-à-vis des équipes. En général, même les profils type Directeurs financiers des grands Groupes de distrib passent par cette étape, en début de carrière ou lors de leur recrutement plus tard.
Le phénomène n’est pas nouveau. Le tout premier entretien de recrutement que j’ai fait en tant que jeune diplômé, il y a très longtemps et donc à une époque que certains sur ce forum assimilent à « l’âge d’or des ingénieurs », était pour un poste de chef de rayon viande. Il incluait 3 mois de formation interne à l’école de boucherie ![]()
Je n’ai pas donné suite et choisi une autre (SSII
) ce qui ne m’a pas empêché d’atteindre des postes de Direction dans la suite de ma carrière.
Bref, tout ça pour dire qu’il n’y a pas de honte à commencer par ce type de poste ni d’accepter d’être en concurrence avec des gens du terrain pour les promotions. Normalement, un jeune diplômé de grande école à les moyens intellectuels et les connaissances pour progresser plus rapidement. Bien sûr, il faut se remuer un peu :?
Je vais évoquer un cas rare qui n’a pas été évoqué mais qui peut-être intéressant. Elève A, élève B et élève C sont des passionnés d’informatique (fonctionne aussi avec d’autres sciences) depuis le collège. Ce ne sont pas de gros travailleurs mais ils arrivent quand même à intégrer une école dans la spécialité qui leur plaît. A, B et C, se retrouvent souvent pour des projets communs, ou pour passer du temps ensemble, loin de la vie de l’école. Ils fondent quand même une association (d’informatique) dont 80% des élèves ignorent l’existence. Comme Jean-Jacques, A, B et C ne vont pas tout le temps en cours, et travaillent le partiel la veille ou pendant le partiel (quand le partiel est avec cours). En fait, A, B et C n’apprennent pas grâce aux cours mais en échangeant leurs connaissances respectives et en se lançant des projets/défis.
La différence avec JJ, c’est qu’ils vont bosser à fond les 3 ou 4 projets qu’ils vont trouver intéressants. Et ces projets seront tellement réussi que des profs vont s’y intéresser, ce qui va permettre à C de partir étudier à Kyoto et de travailler sur un projet de recherche d’informatique théorique/théorie des langages trèèèès pointu. Il va donc rentabiliser son temps à apprendre le japonais dans 80% des cours où il était présent. B va facilement obtenir l’appui des professeurs (et même du nouveau directeur) pour effectuer un PFE au NII de Tokyo (B avait tout de même reçu une offre d’emploi suite à son TIPE en déposant son code sur un dépôt git connu). Quant à C, peut-être le plus talentueux (mais pas un des plus bosseurs), il a été mandaté par un ex professeur de l’école pour venir aux Etats-Unis travailler avec lui sur un projet très ambitieux de bio-info/imagerie médicale en lui demandant de poursuivre en thèse.
Bref, A, B et C n’ont pas de réseau très développé, n’ont pas passé leur temps en soirée (ils y allaient de temps en temps, plus que d’autres tout de même) ou en cours (idem), ils ont juste fait ce qui leur plaît.
Moralité : soyez passionnés, travaillez intelligemment, quand vous travaillez et vous vous en sortirez mieux que 95% des JJ de l’école.
Je souligne que je ne fais pas partie de A, B et C, et que mon avenir est bien plus flou mais passer du temps avec eux et très agréable et instructif.
C’est effectivement un cas très rare.
Déjà c’est limité à l’informatique : comment se faire remarquer quand ton domaine c’est l’ingénierie pétrolière ?
Tu vas pas découvrir un champ à toi tout seul, ou inventer une nouvelle technique d’extraction et démontrer son efficacité..
Mais aussi par définition parce que être le meilleur techniquement c’est quelque chose qui est limité à une personne.
Bref, je te contredis un peu parce que tu alimentes l’idée reçue courante en prépa comme quoi c’est la compétence qui fait la reconnaissance (sociale en prépa, puis professionnelle, on imagine)
Or c’est en grande partie faux.
Des polards dans mon école il y en avait, des très bons il y en avait beaucoup, mais des gens qui avaient réellement fait une impression du type « on pensait que c’était un gros asocial mais c’est un bg en fait »).. il n’y en a eu qu’un seul (à mon sens)
Et on l’a tous connu… lors d’une présentation orale avec toute la promo au cours de laquelle il démontrait une grande aisance.
Pour finir, dans la plupart des entreprises, les gens monstrueux techniquement se trouvent cantonnés à des postes d’expert (à terme) et ils sont le plus souvent moins bien payés que leurs homologues managers du même « grade ».
Sinon, j’ai ajouté ce truc en intro :
<LINK_TEXT text=« https://www.cairn.info/revue-societes-c … m#re30no30 »>https://www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2002-3-page-101.htm#re30no30</LINK_TEXT>
y’aurait pas comme une confusion entre compétence et polar ?
Sauf pour les génies, les compétences académiques* et la polardise sont bien corrélées.
*ce mot manquait
Justement c’était pas des polards pour moi, c’est ce que je voulais montrer. B était très sportif, jouait dans un orchestre et A sortait pas mal, mais pas forcément avec des gens de l’école. Et ils s’y prenaient au dernier moment pour tout ce qui était scolaire. Le polard va bosser sérieusement chaque matière, même celles appelaient pipo par les autres élèves.
Oui, comme je l’ai dit, c’est très rare. Je pense que c’est possible dans pas mal de domaines (maths, biologie…) tant que c’est pas trop spécialisé. Mais c’était leur domaine. A était mauvais en maths. Après leur but c’est pas de finir pdg avec des salaires annuels à 5 voire 6 chiffres. Là c’est sûr il faut pas faire ça.
Le cas beaucoup plus classique c’est l’élève assez doué et passionné (en tout cas pas blasé), assez glandeur, mais qui trouve un stage avec du potentiel et se donne à fond dans son stage, chose qu’il n’a plus fait depuis la prépa. Ca peut déboucher sur des CDI assez intéressants (niveau job, niveau salaire c’est toujours le même problème). Les exemples que j’ai en tête sont pas de mon école, mais c’est bien plus courant.
Le type blasé qui ne s’intéresse à rien et qui ne consacre son énergie à rien d’autre qu’à faire la fête, même en stage, à moins d’une rencontre miraculeuse je le vois pas chopper un job « de rêve » comme ça.
Encore une fois, la probabilité de se faire recruter suite à un stage dépend beaucoup plus de l’entreprise (a-t-elle un besoin, a-t-elle ouvert un budget spécifique pour recruter?) que des compétences du stagiaire.
Même si le travail réalisé en stage est excellent, génial, le stagiaire est devenu une star de l’open space, tout ce que tu veux, si l’entreprise n’a pas prévu de recruter… le mieux que pourra faire le tuteur sera de demander à la société sous traitante de l’open space d’aimablement recruter le dit stagiaire. C’est le cas d’un de mes collègues actuels à qui j’ai fait mes adieux récemment.
Evidemment quand on parle de faire la fête, ne plus aller aux cours, ne rien valider, redoubler, .. il ne s’agit pas d’un but en soi.
Je te laisse relire ce passage :
Pour autant, et à la différence d’autres camarades dont il sera question plus loin, avec lesquels ils partagent des vues similaires, [les héritiers] ne commettent que rarement l’erreur consistant à délaisser totalement leurs activités scolaires et optent le plus souvent pour ce que nous avons appelé « la stratégie du C ».
Ce travail d’accumulation initial, [les dévots] ne vont que rarement le tenter par le biais d’un surengagement dans les activités scolaires. Au contraire, c’est au sein de cette sous-population que l’on trouve les éléments les plus désinvestis sur ce plan et que se recrute principalement le petit contingent d’élèves qui doivent en fin d’année répondre de leur insouciance devant la commission de discipline. Ces ennuis, que les « héritiers » savent généralement éviter, sont souvent la conséquence d’un investissement trop exclusif dans la vie du campus[…]
De nouveau sur les héritiers :
Originaires pour la plupart des milieux de la bourgeoisie d’affaire parisienne, ils vont pouvoir se permettre de n’accorder qu’une attention superficielle à des enseignements censés les introduire à un monde qui leur est déjà très largement familier. Surtout, cette familiarité leur offre la possibilité d’investir en force les associations les plus importantes du campus, que l’on ne peut conquérir et faire vivre aujourd’hui sans maîtriser l’art de la recherche de sponsors. On sait en particulier qu’un succès à l’élection du Bureau des élèves dépend étroitement du budget que l’on a pu investir dans les épreuves obligées de la « campagne » (fêtes, animations en tout genre, cadeaux). Dans ce genre de compétitions, nos futures « stars », qui baignent depuis toujours dans l’univers du « grand business », ont toutes les chances de savoir d’emblée à quelles portes frapper et de quelle manière s’y prendre pour obtenir l’aide nécessaire.
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L’intérêt des positions de force que ces « compétences » vont leur permettre d’occuper au sein de l’École est alors de leur fournir des occasions toujours plus nombreuses d’augmenter encore ce capital social hérité et de le faire fructifier.Ce travail d’accumulation se révélera particulièrement profitable bien sûr lorsqu’il s’agira par la suite de décrocher les meilleurs stages en entreprise, puis d’entrer pour de bon et en bonne position sur le marché du travail.C’est ainsi qu’en ayant l’air de s’amuser et de se moquer de tout, ces « héritiers » se préparent en fait très efficacement et très sérieusement à leurs futures fonctions dans le monde. Et alors qu’ils paraissent être parmi ceux qui pourraient le plus aisément se passer des services de l’École, ce sont eux qui en tirent le meilleur parti. On les retrouve d’ailleurs bien souvent, en troisième année, dans les Majeures les plus prestigieuses de l’École, en Finance ou en Entrepreneurs, notamment.
C’est drôle, ça correspond plus ou moins à ce que j’ai pu faire non en école mais plutôt au travail en alternance. Quelques projets (de niche) sur lesquels j’ai pu beaucoup bosser et acquérir des connaissances rares, ce qui m’a permis d’acquérir la sympathie de mes supérieurs hiérarchiques (je suis le seul ex-alternant dont mon ancien N+2 se souvient…). Ça m’a permis de saisir des opportunités dans l’entreprise qui m’ont fait connaître de la top direction.
Je voulais ensuite travailler dans un domaine particulier, on était 45 à postuler à mon poste actuel (pour faire simple, un poste à la fois technique et généraliste, duquel on ressort avec de bonnes connaissances transverses et qui permettent de faire de multiples choses par la suite). Et mon actuel N+2 a reçu un avis consultatif d’une personne de la top direction de mon ancienne entreprise, cette personne étant internationalement reconnue dans mon domaine.
Tu oublies de préciser que tu clashes ledit n+2, c’est pour ça qu’il t’apprécie autant ![]()
Je suis super super fan de cette description de poste. Je vais la réutiliser partout je pense.
Ça n’a rien à voir x) je n’ai jamais clashé mon ancien N+2. Mon ancien N+2 est arrivé quelques jours avant que je parte et il a vu chacun d’entre nous en privé pour qu’on se présente tour à tour, et il se trouve qu’on a fait la même école, donc forcément il avait des questions à me poser sur le moment. Et je réalisais un mémoire qui était très particulier (problématique tordue sur un sujet jamais réellement traité en mémoire actuariat).
Et avec un collègue, devenu manager, on a très bien fonctionné, il voulait, sachant qu’il devenait manager, me recruter en manager adjoint du service
En revanche, on a beaucoup de traits de personnalité communs avec mon actuel N+2 donc ça aide pas mal, mais ce n’est pas uniquement pour cela que j’ai eu ma place, comme je l’ai expliqué auparavant. J’étais en concurrence avec des actuaires avec plusieurs années d’expérience…
C’est difficile de trouver la bonne formulation sans pour autant être trop technique ![]()
Ça prendrait beaucoup trop de temps et de place de fournir une explication plus précise.
J’ai rarement vu une description aussi creuse et applicable partout dans le tertiaire, je suis admiratif.
Ça s’applique même à mon poste actuel en ssii, c’est dire ![]()
En fait ça serait parfait pour mettre dans chacune des descriptions de poste en ssi. Des années que les vendeurs (= ingénieurs d’affaires
) cherchent un intitulé aussi stylé.
Je viens de découvrir ce post de grande qualité qui n’a d’égal que son auteur.
Merci Jay.
Pour rappel, croustillant… ![]()
Et intéressant pour les futurs hauts potentiels ingénieurs-managers.
Cours du Collège de France, par le sociologue Pierre-Michel Menger :
Qu’est-ce que le talent ? Éléments de physique sociale des différences et des inégalités
Sémantique, étymologie et éléments d’histoire de la notion de talent
Comment le couple « talent-mérite » est-il un couple fondateur de l’histoire de la notion et de la pensée des inégalités. Comment faire apparaître la disposition de chacun à agir, lorsqu’il n’est pas contrôlé directement ? Quelle est la valeur de l’autonomie ?
<LINK_TEXT text=« https://www.franceculture.fr/emissions/ … semantique »>https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/quest-ce-que-le-talent-elements-de-physique-sociale-des-differences-et-des-inegalites-413-semantique</LINK_TEXT>
J’aimerais rajouter, suite à réflexion dans un MP, une cinquième catégorie à cette article.
On avait les héritiers. Ceux là doivent encore travailler en école : développer leur personnalité et leur savoir-être, notamment au moyen des associations. Ils vont souvent travailler d’arrache pied pendant la campagne BDE. Ils intégreront ensuite un poste bien rémunéré dans un domaine comme la finance ou le conseil en strat, ou encore une boite très sélective comme google.
J’ajouterais la catégorie 5 : les vrais héritiers.
Ceux là sont beaucoup plus rares, ils sont fils et filles de pdg, de grandes familles nobles et/ou riches.
Ils maitrisent déjà totalement le game. Mieux : ils en sont en dehors. Imaginez un mec tellement riche qu’il pourrait racheter le campus : il vous suffit d’une imagination minimaliste pour voir qu’il pourrait se faire élire président du BDE à l’unanimité sans aucun souci. Pourquoi dès lors irait-il chercher à prouver quoi que ce soit ?
De plus, il possède déjà ses millions : pourquoi irait-il travailler dans un domaine qui ne l’intéresse pas forcément ? Il préfère laisser les nouveaux diplômés de la catégorie 4 gérer sa fortune pour lui
et faire un métier qu’il aime vraiment ou même s’adonner totalement à ses passions (ça peut être n’importe quoi)
Il pourra aussi racheter n’importe quelle boite de taille intermédiaire, s’en parachuter PDG.
Il existe bien évidemment une zone grise entre 4 et 5.
Ceux qui sont en plein dans cette catégorie 5 sont à la fois plus faciles et plus difficiles à repérer que ceux de la catégorie 4.
Ca s’applique également à mon nouveau poste chez airbus group.
Je mettrai cette phrase sur mon CV si jamais j’ai besoin de remplir des lignes ![]()
Pas sur qu’une personne de la catégorie 5 se fatigue à faire président BDE, sauf si elle en a vraiment envie. Elle a probablement d’autres idées en tête
.
Qui plus est, je pense qu’une telle personne aura plutôt tendance à se préparer à suivre les pas de ses parents, et donc devenir PDG de l’entreprise familiale ou de l’une de ses filiales, et non pas à s’adonner totalement à ses passions (quoique les deux peuvent coïncider).
En plus de l’argent, c’est aussi les relations que la personne possède qui vont être utiles. Il y a deux ans, il y avait un « vrai héritier » à la tête d’une association de l’école. Il a fortement contribué à son développement en ramenant des personnes qui pèsent pas mal
.
Mais comme tu dis, ces personnes sont « en dehors du game ». La personne dont je parlais est devenue PDG à la sortie de l’école, et je pense que cela se serait produit indépendamment du parcours en école.
Après, ces personnes restent peu nombreuses, donc ça ne vaut peut-être pas la peine d’en faire une « catégorie ».
Je crois que je vois de qui tu veux parler ![]()
C’est possible de devenir PDG sans expérience pro ? Ou alors cette personne avait déjà une lourde expérience avec la famille en amont…