Raphaëlle a écrit:
Mon point, c’est de relativiser l’importance du master. Je pense que c’est moins une question de master que de normalien (=financement) ou pas…
Ca concerne beaucoup de normaliens?
J’ai entendu parlé d’un cas comme ça (cette année), mais apparemment c’était plus un pb administratif qu’autre chose…
en physique quantique, il y a eu (parmi ceux que je connais) deux cas pathologiques parmi les normaliens: un ulmite et un cachanais. Pour le cachanais il y a eu un problème avec le directeur de thèse (situation vraiment exceptionnelle il a pas eu de bol) malgré l’attribution d’un financement par cachan mais après pas mal de sueurs froides ca s’est arrangé grâce à l’administration de Cachan. Pour l’ulmite, il s’agissait (selon lui mais aucune confirmation officielle) d’un problème administratif venant d’ulm. Cependant, d’une il a finalement été rejeté par l’ED et de deux beaucoup pensent (personnellement je n’ai pas d’avis la dessus) que compte tenu de ses résultats il ne pouvait malheureusement pas espérer avoir une AMN. Sachant qu’il y avait environ 15 normaliens (toutes ENS comprises) ca ne représente qu’une minorité.
Mais cela est aussi dû à la baisse des contrats doctoraux alloués par l’état. Cette année, la différence a été assez violente et même des masters qui d’habitude placent >90% d’étudiants en thèse (physique quantique d’ICFP ou NPAC) ont eu pas mal de problèmes. D’ailleurs cette année, tous les parcours d’ICFP ont eu des problèmes pour caser des étudiants avec des résultats en M2 trop justes
.
Ciou a écrit:
Tout d’abord merci à tous pour vos réponses aussi longues et inspirées
Merci beaucoup à van-fanel et à Raphaëlle pour leurs précisions !
Je me demande quand même si le parcours de physique théorique n’est pas un peu handicapant pour l’avenir (difficulté trouver une thèse , labos, …) et sur quels sujets ont peu bien être amené à travailler au quotidien après un tel master.
Je suis en gros complétement d’accord avec Raphaëlle mais je vais essayer d’apporter quelques infos supplémentaires. 
faire une thèse de physique théorique (enfin surtout des postdocs) est bien plus handicapants que faire le M2 de physique théorique. C’est plus difficile de repiquer vers le privé (surtout si on a aucune expérience de l’industrie). Pour les débouchés d’après masters:
la plupart (tu t’en doutes bien) se lancent dans une thèse. En général, en physique des particules (théorique ou en phénoménologie: étude du modèle standard, faire le lien entre la théorie et les expériences du CERN, etc.), cosmologie (modèle du big bang), relativité générale, physique statistique ou physique au delà du modèle standard (théorie des cordes, boucles, etc.).
Maintenant plusieurs bémols:
-il y a très peu de postes de permanent (que ca soit en france ou à l’étranger) en physique théorique. En moyenne pour les très bons qui obtiendront un poste il faut compter 5 à 6 années de postdocs (=enchainer des CDD mal payés de 1 ou 2 ans chacun) avant d’etre recruté comme permanent. Ca veut dire (en comptant les trois ans de thèses) quatre changements de postes avec tout ce qui va avec (changer d’endroit tous les deux ans, ne jamais pouvoir faire de plans pour l’avenir, l’inquiétude qui va avec la précarité de son poste, ne pas forcément pouvoir développer de vie de famille (pas évident quand on change d’endroit tous les deux ans) et ne pas faire d’achat immobilier (acheter une maison avec un prêt sur 20 ans pour y vivre 6 mois/1 an ca ne vaut pas vraiment le coup)
. Ca peut aussi poser problèmes pour la cotisation pour la retraite par exemple ). Tout ca est à prendre en compte, sachant que pour ceux qui n’ont pas la chance d’etre recruté comme permanent la situation est encore plus critique (à moins d’aller aux etats-unis où on peut trouver des contrats de plusieurs années (6-7 ans));
-il faut etre bien classé pour avoir une thèse. Le responsable de physique théorique (Bilou pour les intimes
) a prévenu la promo dès le début d’année qu’il fallait viser le 14 de moyenne (ce qui correspond au TOP 10 en gros) pour espérer raisonnablement une bourse (sachant que pour l’ensemble de la promo il n’y en aurait à priori que 4 (+ ou -1)
). Ca s’est confirmé cette année: tous les mals (trop moyennement) classés n’ont pas eu de bourses et étaient (fin juin en tout cas) à la recherche d’une solution de secours (autre master, thèse à l’étranger, thèse financée, etc.).
Par ailleurs, j’adore la mécanique quantique et la physique des particules/de la matière mais je suis aussi très intrigué et passionné par la possibilité de décrire le mondes et les phénomènes qui nous entourent simplement à partir de quelques équations/théories.
Je n’ai cependant pour l’instant que peu (pour ainsi dire pas ) de de connaissances académiques en relativité, théories des cordes, des symétries etc
la relativité restreinte est faite en L3-M1, le principal problème est la compréhension de la physique qu’il y a derrière. Le formalisme et les maths est plutot facile à saisir.
La relativité générale est un ton au dessus et peut etre assez moche (géométrie différentielle) mais ca se fait avec un peu de travail pour devenir à l’aise avec les concepts.
Symétries (=théorie des groupes): c’est niveau M1-M2 et là ca devient déjà plus compliqué. Les maths qu’il y a derrière sont moins triviales (algèbre de Cartan, de Lie et compagnie ca peut commencer à devenir vraiment moche).
Théorie des cordes: niveau fin de M2 de physique théorique. là c’est bien bien bourrin. Après il y a tout un foin autour de la théorie des cordes alors que ce n’est qu’une théorie à la marge de la physique et qui pour l’instant n’est meme pas une théorie physique (au sens de falsifiable).
et je n’arrive pas bien à me représenter la difficulté dans l’apprentissage de ces théories et dans leur compréhension. Pourriez vous me donner une idée de cette difficulté ?
pour la relativité (restreinte et générale) un apprentissage en autodictate est selon moi possible (il y a plusieurs bons cours en ligne qui donnent des bases très solides. Le tout est de ne pas être rebuté par le formalisme. La théorie des groupes, c’est quand même un sacré morceau et ca nécessite selon moi bien plus de travail et d’investissement. Les cordes par contre c’est une tout autre paire de manches. D’une part parce qu’à une époque c’était cool de faire des cordes. Résultats il y a une tripotée de références écrites par des centaines d’auteurs différents qui bien souvent ne maitrisent pas totalement les maths qu’il y a derrière. Du coup, difficile de trouver des cours clairs, précis et corrects. Tu trouves vraiment de tout et n’importe quoi en cordes. D’autre part, c’est un domaine extrement spéculatif (aucune prédiction physique vérifiable) et par conséquent, les chercheurs partent dans toutes les directions et aucun moyen de savoir par où commencer son apprentissage. Le cours de corde d’ICFP (communs à tous les parcours) est assez horrible et beaucoup l’abandonnent ou le prennent en option facultative.
Est ce que l’on peut être dégoutté par l’aspect purement formel de ces cours ou reste -t-il une composante physique forte (je ne veux pas faire de la physique quasi purement mathématique où on bourrine les calculs mais plutôt quelque chose où on travail les modèles et les théories en utilisant leur interprétations physiques pour décrire/comprendre/analyser les phénomènes)
oui il est possible de sortir d’un cours en étant écœuré par tout le formalisme. Certains cours d’ICFP ressemblent vraiment à des cours de maths et il faut s’accrocher pour voir la physique derrière. Mais ca dépend vraiment de chacun. Par exemple moi ce que je faisais (depuis le M1) c’est qu’à chaque cours assez mathématique, je lisais en parallèle un livre de vulgarisation sur le sujet. Ca permet de comprendre les concepts qu’il y a derrière tout le formalisme, d’encrer ce qu’on fait en cours dans le réel et de voir où l’on va arriver.
Quel parcours vous semble le plus correspondre à mon profil ?
je dirais physique quantique sans hésiter. A mon humble avis, tu auras trop de lacunes pour le parcours de physique théorique (on fait peu de relat et de théorie des groupes à l’ESPCI) et en plus celui-ci est quand meme assez coloré hautes énergies. Avec physique quantique, tu as au moins 3 options à choisir toi meme, ca te permet de te faire un parcours avec la coloration que tu veux. Par exemple, en suivant l’UE de théorie quantique des champs de physique quantique et en faisant juste un peu (les bases) de théorie des groupes tu pourras sainement suivre les cours de physique des particules/hautes énergies du second semestre (modèle standard, interaction électrofaible, chromodynamique quantique) tout en ayant eu les bases nécessaires pour les autres domaines (supraconductivité, atomes froids, optique quantique, matière de dirac, etc.). Pour le peu que tu travailles un peu la RG de ton coté (cette fois ci juste les basounettes meme pas les bases) tu peux aussi suivre le cours de cosmologie sans problèmes. Pour l’UE de cordes, dans tous les cas peu importe le parcours je la conseillerais en optionnel peu importe le parcours que tu prends.
Après je conseillerais plutot: matière condensée puis théorique puis physique des liquides.
Enfin avez vous eu des échos du masters « Dispositifs Quantiques » de l’X ?
Il s’agit en fait du master de diderot et non de l’X. C’est le master MPQ dont je parlais dans mon précédent post
(ils ont juste changé de nom récemment (l’an dernier je crois)
)
PS: si tu souhaites des cours de relativité, théorie des groupes ou physique quantique pour compléter la formation de l’ESPCI pour arriver avec toutes les bases nécessaires pour débuter ICFP théorique ou quantique n’hésite pas à demander.
PPS: des discussions concernant physique théorique d’ICFP: forums.futura-sciences.com/orien … sique.html
forums.futura-sciences.com/orien … rique.html
(un ESPCI intéréssé par la physique théorique): forums.futura-sciences.com/orien … rique.html
PPPS: cette année un étudiant de l’ESPCI (d’origine brésilienne il me semble) à fait le parcours de physique théorique. Tu peux essayer de le contacter pour savoir ce qu’il en a pensé.