Soit n∈N∗. On considère la matrice M∈Mn(R) définie par :
mi,j={10si ∣i−j∣=1sinon
On souhaite déterminer les valeurs propres et les vecteurs propres de M par une méthode n'utilisant pas le déterminant.
Soit X=x1⋮xn∈Mn,1(R) un vecteur non nul. On pose par convention x0=0 et xn+1=0.
Montrer que X est un vecteur propre de M associé à la valeur propre λ si et seulement si la suite (xk)0≤k≤n+1 vérifie une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 que l'on précisera.
On suppose dans cette question que λ2=4. Soit u et v les deux racines distinctes de l'équation caractéristique associée à la récurrence précédente.
Exprimer le terme général xk en fonction de uk et vk en tenant compte de la condition x0=0.
À l'aide de la condition xn+1=0, montrer que λ est valeur propre si et seulement si il existe k∈{1,…,n} tel que λ=2cos(n+1kπ).
Étudier le cas λ2=4. La matrice M possède-t-elle des valeurs propres égales à 2 ou −2 ?
Conclure en donnant le spectre de M et les espaces propres associés.
1.
Écrire explicitement la relation MX=λX ligne par ligne pour identifier la récurrence.
2.
La relation xk+1−λxk+xk−1=0 a pour équation caractéristique r2−λr+1=0.
3.
Pour la condition xn+1=0, utiliser le fait que uv=1 et poser u=eiθ.
4.
Pour λ=±2, la forme de la suite récurrente change (racine double).
Idées clés
•
Traduction d'un problème d'algèbre linéaire en un problème de suites récurrentes.
•
Utilisation des conditions aux limites (x0 et xn+1) pour restreindre les valeurs de λ.
•
Résolution de l'équation u2(n+1)=1 dans le cercle unité.
Résolution.
Soit X∈Mn,1(R)∖{0}. L'équation MX=λX se traduit par le système :
En introduisant x0=0 et xn+1=0, ce système est exactement équivalent à la relation de récurrence unique :
∀k∈{1,…,n},xk+1−λxk+xk−1=0
Il s'agit d'une suite récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants, dont l'équation caractéristique est :
r2−λr+1=0
On suppose λ2=4. Le discriminant Δ=λ2−4 est non nul.
Soient u et v les deux racines distinctes. La théorie des suites récurrentes assure l'existence de (α,β)∈C2 tels que pour tout k, xk=αuk+βvk.
La condition x0=0 impose α+β=0, d'où β=−α.
Ainsi, pour tout k∈{0,…,n+1} :
xk=α(uk−vk)
Comme X=0, on doit avoir α=0.
La condition xn+1=0 devient un+1−vn+1=0, soit un+1=vn+1.
Puisque uv=1 (produit des racines), on a v=1/u. L'équation devient un+1=u−(n+1), soit u2(n+1)=1.
Ainsi, u est une racine 2(n+1)-ième de l'unité : u=ei2(n+1)2kπ=ein+1kπ avec k∈{0,…,2n+1}.
Puisque λ=u+v=u+u1, on obtient :
λ=ein+1kπ+e−in+1kπ=2cos(n+1kπ)
Les valeurs k=0 et k=n+1 correspondent à λ=2 et λ=−2, ce qui est exclu ici (λ2=4).
Pour que les n valeurs de λ soient distinctes, on prend k∈{1,…,n}.
Si λ=2, l'équation caractéristique (r−1)2=0 admet 1 pour racine double.
Alors xk=Ak+B. Avec x0=0, on a B=0. Avec xn+1=0, on a A(n+1)=0, d'où A=0.
Le vecteur X est nul, donc λ=2 n'est pas valeur propre. Le raisonnement est identique pour λ=−2 (racine double −1).
La matrice M est symétrique réelle, donc diagonalisable. On a trouvé n valeurs propres distinctes :
Sp(M)={2cos(n+1kπ)∣k∈{1,…,n}}
Pour chaque λk, le sous-espace propre est une droite engendrée par Xk=(xj)1≤j≤n où :
xj=sin(n+1jkπ)
(obtenu par xj=α(uj−u−j)=2iαsin(jθ)).
Ne pas oublier d'exclure les cas où α=0 ou u=v, car ils conduisent au vecteur nul, qui par définition n'est pas un vecteur propre.