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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère l'espace vectoriel E=Rn[X]E = \mathbb{R}_n[X] des polynômes à coefficients réels de degré inférieur ou égal à nn. On définit l'application uu sur EE par :

∀P∈E,u(P)=(1−X2)P′+nXP\forall P \in E,   u(P) = (1-X^2)P' + nXP

  1. Justifier que uu définit un endomorphisme de EE.
  2. Déterminer les valeurs propres de uu.
  3. L'endomorphisme uu est-il diagonalisable ? Préciser les sous-espaces propres associés.

1.

Pour la stabilité, calculer l'image de la base canonique ou examiner le degré du terme de plus haut degré.

2.

Pour rechercher les éléments propres, résoudre l'équation différentielle (1−x2)y′+(nx−λ)y=0(1-x^2)y' + (nx - \lambda)y = 0 sur des intervalles bien choisis.

3.

Un polynôme est une solution de cette équation différentielle qui ne doit pas présenter de singularités aux points ±1\pm 1. Cela impose des conditions sur les exposants.

Idées clés

•

Vérification de la stabilité de Rn[X]\mathbb{R}_n[X] par compensation des degrés.

•

Traduction du problème spectral en une équation différentielle linéaire du premier ordre.

•

Utilisation de la condition polynomiale (exposants entiers naturels) pour restreindre le spectre.

1. Étude de la stabilité.

L'application uu est clairement linéaire par linéarité de la dérivation et de la multiplication par un polynôme. Soit P∈Rn[X]P \in \mathbb{R}_n[X]. Si P=0P=0, alors u(P)=0∈Eu(P)=0 \in E. Si P≠0P \neq 0, notons d=deg⁡(P)≤nd = \deg(P) \le n. Le terme de plus haut degré de (1−X2)P′(1-X^2)P' est −X2(d⋅dom(P)Xd−1)=−d⋅dom(P)Xd+1-X^2(d \cdot \text{dom}(P)X^{d-1}) = -d \cdot \text{dom}(P)X^{d+1}. Celui de nXPnXP est n⋅dom(P)Xd+1n \cdot \text{dom}(P)X^{d+1}.

En sommant, le coefficient de Xd+1X^{d+1} dans u(P)u(P) est (n−d)⋅dom(P)(n-d) \cdot \text{dom}(P).

  • Si d<nd < n, alors deg⁡(u(P))≤d+1≤n\deg(u(P)) \le d+1 \le n.
  • Si d=nd = n, le coefficient de Xn+1X^{n+1} s'annule, donc deg⁡(u(P))≤n\deg(u(P)) \le n.

Dans tous les cas, u(P)∈Rn[X]u(P) \in \mathbb{R}_n[X]. Ainsi :

u∈L(Rn[X])\boxed{u \in \mathcal{L}(\mathbb{R}_n[X])}

2. Recherche des valeurs propres.

Soit λ∈R\lambda \in \mathbb{R} et P∈Rn[X]∖{0}P \in \mathbb{R}_n[X] \setminus \{0\} tels que u(P)=λPu(P) = \lambda P. Sur l'intervalle I=]−1,1[I = ]-1, 1[, l'équation s'écrit :

(1−x2)P′(x)+(nx−λ)P(x)=0  ⟺  P′(x)=λ−nx1−x2P(x)(1-x^2)P'(x) + (nx - \lambda)P(x) = 0 \iff P'(x) = \frac{\lambda - nx}{1-x^2} P(x)

Décomposons la fraction rationnelle en éléments simples :

λ−nx1−x2=λ−nx(1−x)(1+x)=A1−x+B1+x\frac{\lambda - nx}{1-x^2} = \frac{\lambda - nx}{(1-x)(1+x)} = \frac{A}{1-x} + \frac{B}{1+x}

Par identification ou évaluation, on trouve A=λ−n2A = \frac{\lambda - n}{2} et B=λ+n2B = \frac{\lambda + n}{2}. Les solutions de l'équation différentielle sur II sont de la forme :

P(x)=Cexp⁡(∫(A1−x+B1+x)dx)=Cexp⁡(−Aln⁡(1−x)+Bln⁡(1+x))P(x) = C \exp\left( \int \left( \frac{A}{1-x} + \frac{B}{1+x} \right) dx \right) = C \exp\left( -A \ln(1-x) + B \ln(1+x) \right)

D'où P(x)=C(1−x)−A(1+x)BP(x) = C (1-x)^{-A} (1+x)^B. Pour que PP soit un polynôme sur R\mathbb{R}, il est nécessaire que les exposants −A-A et BB soient des entiers naturels. Posons k=B=n+λ2k = B = \frac{n+\lambda}{2}. Alors −A=n−n+λ2=n−k-A = n - \frac{n+\lambda}{2} = n - k.

On doit donc avoir k∈Nk \in \mathbb{N} et n−k∈Nn-k \in \mathbb{N}, ce qui impose k∈{0,1,…,n}k \in \{0, 1, \dots, n\}. La valeur propre associée est alors λ=2k−n\lambda = 2k - n.

Les valeurs propres possibles sont donc :

Sp(u)={2k−n∣k∈{0,…,n}}={−n,−n+2,…,n−2,n}\boxed{ \text{Sp}(u) = \{ 2k - n \mid k \in \{0, \dots, n\} \} = \{ -n, -n+2, \dots, n-2, n \} }

3. Diagonalisabilité et vecteurs propres.

Nous avons trouvé n+1n+1 valeurs propres distinctes (car l'application k↦2k−nk \mapsto 2k-n est strictement croissante). Comme dim⁡(E)=n+1\dim(E) = n+1, l'endomorphisme uu possède n+1n+1 valeurs propres simples.

u est diagonalisable.\boxed{u \text{ est diagonalisable.}}

Pour chaque k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}, le sous-espace propre associé Eλk(u)E_{\lambda_k}(u) est la droite vectorielle :

E2k−n(u)=Vect((1−X)n−k(1+X)k)\boxed{ E_{2k-n}(u) = \text{Vect}\left( (1-X)^{n-k}(1+X)^k \right) }

Une erreur classique est d'oublier de vérifier la stabilité de Rn[X]\mathbb{R}_n[X]. Sans cette vérification, on ne peut pas affirmer que uu est un endomorphisme. La compensation des degrés pour d=nd=n est le point technique crucial ici.