Soit nn un entier naturel non nul et KK un corps commutatif. On considère une famille de n2n^2 matrices A=(Ak)1kn2\mathcal{A} = (A_k)_{1 \leqslant k \leqslant n^2} appartenant à Mn(K)\mathrm{M}_n(K).

On définit la matrice GMn2(K)G \in \mathrm{M}_{n^2}(K) par ses coefficients :

i,j{1,,n2},Gi,j=tr(AiAj)\forall i, j \in \{1, \dots, n^2\},   G_{i,j} = \operatorname{tr}(A_i A_j)

Démontrer que la famille (Ak)1kn2(A_k)_{1 \leqslant k \leqslant n^2} est une base de Mn(K)\mathrm{M}_n(K) si et seulement si la matrice GG est inversible.

1.

Introduire la forme bilinéaire ϕ(A,B)=tr(AB)\phi(A, B) = \operatorname{tr}(AB) sur Mn(K)\mathrm{M}_n(K) et montrer qu'elle est non dégénérée.

2.

Utiliser le lien entre l'indépendance linéaire de vecteurs et l'inversibilité de leur matrice de Gram associée à une forme non dégénérée.

3.

On pourra également considérer l'application Φ:M(Xtr(MX))\Phi : M \mapsto (X \mapsto \operatorname{tr}(MX)) qui identifie une matrice à une forme linéaire.

Idées clés

Utilisation de la non-dégénérescence de la forme bilinéaire symétrique (A,B)tr(AB)(A, B) \mapsto \operatorname{tr}(AB).

Lien entre liberté d'une famille et déterminant de Gram dans le cadre des formes bilinéaires.

Étape 1 : Étude de la forme bilinéaire trace.

Considérons l'application ϕ:Mn(K)×Mn(K)K\phi : \mathrm{M}_n(K) \times \mathrm{M}_n(K) \to K définie par :

ϕ(A,B)=tr(AB)\phi(A, B) = \operatorname{tr}(AB)

Cette application est clairement bilinéaire par linéarité de la trace et du produit matriciel. Elle est également symétrique car tr(AB)=tr(BA)\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(BA).

Montrons que ϕ\phi est non dégénérée. Soit AMn(K)A \in \mathrm{M}_n(K) telle que :

BMn(K),tr(AB)=0\forall B \in \mathrm{M}_n(K),   \operatorname{tr}(AB) = 0

En choisissant B=Ej,iB = E_{j,i} (matrice élémentaire avec un 11 en position (j,i)(j,i)), on calcule le coefficient (i,j)(i,j) du produit ABAB :

(AB)i,i=k=1nAi,k(Ej,i)k,i=Ai,j(AB)_{i,i} = \sum_{k=1}^n A_{i,k} (E_{j,i})_{k,i} = A_{i,j}

Ainsi, tr(AEj,i)=Ai,j\operatorname{tr}(A E_{j,i}) = A_{i,j}. L'hypothèse implique donc que tous les coefficients Ai,jA_{i,j} sont nuls.

La forme ϕ:(A,B)tr(AB) est une forme bilineˊaire symeˊtrique non deˊgeˊneˊreˊe.\boxed{\text{La forme } \phi : (A,B) \mapsto \operatorname{tr}(AB) \text{ est une forme bilinéaire symétrique non dégénérée.}}

Étape 2 : Sens direct (    \implies).

Supposons que A=(Ak)1kn2\mathcal{A} = (A_k)_{1 \leqslant k \leqslant n^2} est une base de Mn(K)\mathrm{M}_n(K).

Soit X=(x1,,xn2)TKn2X = (x_1, \dots, x_{n^2})^T \in K^{n^2} un vecteur du noyau de GG. Alors GX=0G X = 0, ce qui se traduit par :

i{1,,n2},j=1n2tr(AiAj)xj=0\forall i \in \{1, \dots, n^2\},   \sum_{j=1}^{n^2} \operatorname{tr}(A_i A_j) x_j = 0

Par linéarité de la trace, cela revient à :

i{1,,n2},tr(Ai(j=1n2xjAj))=0\forall i \in \{1, \dots, n^2\},   \operatorname{tr}\left( A_i \left( \sum_{j=1}^{n^2} x_j A_j \right) \right) = 0

Posons M=j=1n2xjAjM = \sum_{j=1}^{n^2} x_j A_j. Comme la famille (Ai)(A_i) est une base, toute matrice BB s'écrit B=λiAiB = \sum \lambda_i A_i.

Dès lors, tr(BM)=λitr(AiM)=0\operatorname{tr}(B M) = \sum \lambda_i \operatorname{tr}(A_i M) = 0.

Par non-dégénérescence de ϕ\phi, on en déduit que M=0M = 0. Or (Aj)(A_j) est une base, donc la famille est libre, ce qui impose xj=0x_j = 0 pour tout jj.

ker(G)={0}, donc G est inversible.\boxed{\ker(G) = \{0\}, \text{ donc } G \text{ est inversible.}}

Étape 3 : Sens réciproque (    \impliedby).

Supposons GG inversible. Montrons que la famille (Aj)(A_j) est libre. Soient x1,,xn2x_1, \dots, x_{n^2} des scalaires tels que :

j=1n2xjAj=0\sum_{j=1}^{n^2} x_j A_j = 0

En multipliant à gauche par AiA_i et en prenant la trace, on obtient pour tout i{1,,n2}i \in \{1, \dots, n^2\} :

tr(Aij=1n2xjAj)=0    j=1n2tr(AiAj)xj=0\operatorname{tr}\left( A_i \sum_{j=1}^{n^2} x_j A_j \right) = 0 \iff \sum_{j=1}^{n^2} \operatorname{tr}(A_i A_j) x_j = 0

Ceci correspond au système linéaire GX=0G X = 0X=(xj)X = (x_j). Puisque GG est inversible, on a nécessairement X=0X = 0.

La famille (Aj)(A_j) est donc libre. Comme elle comporte n2n^2 éléments et que dim(Mn(K))=n2\dim(\mathrm{M}_n(K)) = n^2 :

(Ak)1kn2 est une base de Mn(K).\boxed{(A_k)_{1 \leqslant k \leqslant n^2} \text{ est une base de } \mathrm{M}_n(K). }

Attention à ne pas confondre tr(AB)\operatorname{tr}(AB) avec le produit scalaire canonique sur Mn(R)\mathrm{M}_n(\mathbb{R}) qui est tr(ATB)\operatorname{tr}(A^T B). Sur un corps quelconque KK, tr(A2)\operatorname{tr}(A^2) peut être nul sans que AA soit nulle (ex: matrices nilpotentes). Ici, c'est la non-dégénérescence qui est la clé, pas la définition d'un produit scalaire.