WikiPrépaLivrets

Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A,B∈Mn(K)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) où K\mathbb{K} désigne R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. L'objectif est d'établir que les matrices ABAB et BABA possèdent le même polynôme caractéristique, c'est-à-dire que χAB=χBA\chi_{AB} = \chi_{BA}.

  1. Cas où AA est inversible Montrer que les matrices ABAB et BABA sont semblables. En déduire que χAB=χBA\chi_{AB} = \chi_{BA}.

  2. Cas général
    1. Justifier qu'il existe un réel α>0\alpha > 0 tel que, pour tout t∈]0,α[t \in ]0, \alpha[, la matrice A+tInA + tI_n soit inversible.
    2. Soit λ∈K\lambda \in \mathbb{K} fixé. On considère la fonction ff définie sur R\mathbb{R} par :
      f(t)=det⁡((A+tIn)B−λIn)f(t) = \det((A + tI_n)B - \lambda I_n)
      Montrer que ff est une fonction polynomiale en tt.
    3. Conclure que les polynômes χAB\chi_{AB} et χBA\chi_{BA} sont égaux.

1.

Pour la question 1, utiliser la relation AB=A(BA)A−1AB = A(BA)A^{-1}.

2.

Pour la question 2.(a), remarquer que A+tInA+tI_n est non inversible si et seulement si −t-t est une valeur propre de AA.

3.

Pour la question 2.(b), se rappeler que le déterminant est une expression polynomiale des coefficients de la matrice.

4.

Pour la conclusion, utiliser la continuité des fonctions polynomiales ou l'unicité du prolongement des relations polynomiales.

Idées clés

•

Utilisation de la similitude pour le cas inversible.

•

Argument de "densité" ou de perturbation : une matrice quelconque est limite de matrices inversibles.

•

Propriété polynomiale du déterminant pour justifier la continuité.

Résolution.

  1. Supposons que A∈GLn(K)A \in GL_n(\mathbb{K}). On peut alors écrire la relation suivante :
    AB=A(BA)A−1AB = A(BA)A^{-1}

    Cette égalité montre que les matrices ABAB et BABA sont semblables. Or, deux matrices semblables ont le même polynôme caractéristique. On en déduit :

    χAB=χBA\boxed{\chi_{AB} = \chi_{BA}}

  2. Passons au cas où AA n'est pas nécessairement inversible.
    1. La matrice A+tInA + tI_n est non inversible si et seulement si det⁡(A+tIn)=0\det(A + tI_n) = 0. Or, det⁡(A+tIn)=0\det(A + tI_n) = 0 équivaut à dire que −t-t est une valeur propre de AA. Comme la matrice AA possède au plus nn valeurs propres distinctes, l'ensemble :
      Sp(A)={μ∈K∣det⁡(A−μIn)=0}\text{Sp}(A) = \{ \mu \in \mathbb{K} \mid \det(A - \mu I_n) = 0 \}
      est fini. Par conséquent, il n'existe qu'un nombre fini de valeurs de tt telles que A+tInA + tI_n ne soit pas inversible. En choisissant α\alpha plus petit que la plus petite valeur absolue des valeurs propres non nulles de AA, on assure que pour tout t∈]0,α[t \in ]0, \alpha[, −t-t n'est pas valeur propre.
      ∀t∈]0,α[,A+tIn∈GLn(K)\boxed{\forall t \in ]0, \alpha[,   A + tI_n \in GL_n(\mathbb{K})}

    2. Soit λ∈K\lambda \in \mathbb{K}. Posons M(t)=(A+tIn)B−λInM(t) = (A + tI_n)B - \lambda I_n. Chaque coefficient de la matrice M(t)M(t) est une fonction polynomiale de degré au plus 1 en tt. Par définition, le déterminant est une somme de produits des coefficients de la matrice (formule de Leibniz). Ainsi, f(t)=det⁡(M(t))f(t) = \det(M(t)) est une somme de produits de polynômes en tt, ce qui prouve que :
      f est une fonction polynomiale en t\boxed{f \text{ est une fonction polynomiale en } t}

    3. Posons également g(t)=det⁡(B(A+tIn)−λIn)g(t) = \det(B(A + tI_n) - \lambda I_n). Par le même raisonnement, gg est une fonction polynomiale en tt. D'après la question 1, puisque A+tInA+tI_n est inversible pour tout t∈]0,α[t \in ]0, \alpha[, on a :
      ∀t∈]0,α[,det⁡((A+tIn)B−λIn)=det⁡(B(A+tIn)−λIn)\forall t \in ]0, \alpha[,   \det((A + tI_n)B - \lambda I_n) = \det(B(A + tI_n) - \lambda I_n)
      Soit encore :
      ∀t∈]0,α[,f(t)=g(t)\forall t \in ]0, \alpha[,   f(t) = g(t)
      Deux fonctions polynomiales qui coïncident sur un intervalle de longueur non nulle sont identiques sur R\mathbb{R}. En particulier, pour t=0t=0 :
      f(0)=g(0)f(0) = g(0)
      Ce qui se traduit par :
      det⁡(AB−λIn)=det⁡(BA−λIn)\det(AB - \lambda I_n) = \det(BA - \lambda I_n)
      Comme cette égalité est vraie pour tout λ∈K\lambda \in \mathbb{K}, les deux polynômes caractéristiques ont les mêmes valeurs en tout point. Sur un corps infini (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}), cela impose l'égalité des polynômes :
      χAB=χBA\boxed{\chi_{AB} = \chi_{BA}}

Attention à ne pas dire que ABAB et BABA sont toujours semblables. C'est faux en général si AA et BB ne sont pas inversibles (par exemple A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
0 & 0 \end{pmatrix}
et B=(0000)B = \begin{pmatrix} 0 & 0
0 & 0 \end{pmatrix}
). Seul le polynôme caractéristique est identique.