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Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que n⩾2n \geqslant 2. On considère la matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) définie par :

A=(a110⋯0a201⋱⋮⋮⋮⋱⋱0⋮⋮⋱1an0⋯⋯0)A = \begin{pmatrix} a_{1} & 1 & 0 & \cdots & 0
a_{2} & 0 & 1 & \ddots & \vdots
\vdots & \vdots & \ddots & \ddots & 0
\vdots & \vdots & & \ddots & 1
a_{n} & 0 & \cdots & \cdots & 0 \end{pmatrix}
où les coefficients (ai)1⩽i⩽n(a_{i})_{1 \leqslant i \leqslant n} sont des réels positifs ou nuls. On suppose de plus que a1>0a_{1} > 0 et an>0a_{n} > 0.

  1. Déterminer le polynôme caractéristique de la matrice AA, noté χA(X)=det⁡(XIn−A)\chi_A(X) = \det(XI_n - A).
  2. Montrer qu'il existe une unique valeur propre réelle rr strictement positive pour la matrice AA.
  3. Établir la majoration suivante sur cette valeur propre :
    r<1+max⁡1⩽i⩽n(ai)\boxed{r < 1 + \max_{1 \leqslant i \leqslant n} (a_{i})}
  4. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre quelconque de AA.
    1. Montrer que ∣λ∣⩽r|\lambda| \leqslant r.
    2. Prouver que si ∣λ∣=r|\lambda| = r, alors λ=r\lambda = r.
  5. Démontrer qu'il existe un entier naturel kk tel que tous les coefficients de la matrice AkA^k soient strictement positifs.

1.

Pour le polynôme caractéristique, effectuer un développement par rapport à la première colonne ou utiliser une récurrence.

2.

Pour l'existence de rr, étudier les variations de la fonction f:x↦χA(x)/xnf: x \mapsto \chi_A(x)/x^n sur ]0,+∞[]0, +\infty[.

3.

Pour la majoration, utiliser l'égalité rn=∑k=1nakrn−kr^n = \sum_{k=1}^n a_k r^{n-k} et comparer avec une somme géométrique.

4.

Pour l'étude du module, utiliser l'inégalité triangulaire sur l'équation aux valeurs propres. Pour le cas d'égalité, analyser les conditions d'égalité de l'inégalité triangulaire dans C\mathbb{C}.

5.

Pour la positivité des puissances, interpréter AA comme la matrice d'une application linéaire sur une base (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) et observer l'image des vecteurs par les puissances successives.

Idées clés

•

Utilisation de la fonction auxiliaire x↦χA(x)xnx \mapsto \frac{\chi_A(x)}{x^n} pour localiser les racines.

•

Application de l'inégalité triangulaire pour borner le spectre (rayon spectral).

•

Lien entre les coefficients d'une matrice et la structure du graphe associé pour la puissance kk-ième.

Résolution.

  1. Calculons χA(X)=det⁡(XIn−A)\chi_A(X) = \det(XI_n - A). En développant par rapport à la première colonne, on obtient :
    χA(X)=(X−a1)Xn−1−a2(−1)2+1Δ2,1+a3(−1)3+1Δ3,1+⋯+(−1)n+1(−an)Δn,1\chi_A(X) = (X-a_1) X^{n-1} - a_2 (-1)^{2+1} \Delta_{2,1} + a_3 (-1)^{3+1} \Delta_{3,1} + \dots + (-1)^{n+1} (-a_n) \Delta_{n,1}
    Où chaque mineur Δk,1\Delta_{k,1} est le déterminant d'une matrice triangulaire supérieure dont la diagonale comporte (k−2)(k-2) fois le terme (−1)(-1) et (n−k)(n-k) fois le terme XX. Après calcul des signes et des puissances, on obtient la forme classique :
    χA(X)=Xn−a1Xn−1−a2Xn−2−⋯−an\boxed{\chi_A(X) = X^n - a_1 X^{n-1} - a_2 X^{n-2} - \dots - a_n}

  2. Cherchons les racines de χA\chi_A sur ]0,+∞[]0, +\infty[. Pour x>0x > 0, χA(x)=0\chi_A(x) = 0 équivaut à :
    1=a1x+a2x2+⋯+anxn1 = \frac{a_1}{x} + \frac{a_2}{x^2} + \dots + \frac{a_n}{x^n}
    Considérons la fonction f:x↦∑k=1nakxkf : x \mapsto \sum_{k=1}^n \frac{a_k}{x^k} sur ]0,+∞[]0, +\infty[. La fonction ff est strictement décroissante comme somme de fonctions strictement décroissantes (car ak⩾0a_k \geqslant 0 et an>0a_n > 0). De plus, lim⁡x→0+f(x)=+∞\lim_{x \to 0^+} f(x) = +\infty et lim⁡x→+∞f(x)=0\lim_{x \to +\infty} f(x) = 0. D'après le théorème des valeurs intermédiaires et la stricte monotonie, il existe un unique r∈]0,+∞[r \in ]0, +\infty[ tel que f(r)=1f(r) = 1.
    Il existe une unique valeur propre r>0\boxed{\text{Il existe une unique valeur propre } r > 0}

  3. Soit M=max⁡1⩽i⩽n(ai)M = \max_{1 \leqslant i \leqslant n} (a_i). Si r⩽1r \leqslant 1, la majoration r<1+Mr < 1+M est immédiate car M⩾a1>0M \geqslant a_1 > 0. Supposons r>1r > 1. De l'égalité 1=∑k=1nakrk1 = \sum_{k=1}^n \frac{a_k}{r^k}, on tire :
    1⩽M∑k=1n1rk<M∑k=1∞(1r)k=M1/r1−1/r=Mr−11 \leqslant M \sum_{k=1}^n \frac{1}{r^k} < M \sum_{k=1}^\infty \left(\frac{1}{r}\right)^k = M \frac{1/r}{1 - 1/r} = \frac{M}{r-1}
    On en déduit r−1<Mr-1 < M, soit r<1+Mr < 1+M.
    r<1+max⁡(ai)\boxed{r < 1 + \max(a_i)}

    1. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre. On a λn=∑k=1nakλn−k\lambda^n = \sum_{k=1}^n a_k \lambda^{n-k}. Par inégalité triangulaire :
      ∣λ∣n⩽∑k=1nak∣λ∣n−k|\lambda|^n \leqslant \sum_{k=1}^n a_k |\lambda|^{n-k}
      En divisant par ∣λ∣n|\lambda|^n (si λ≠0\lambda \neq 0, sinon le résultat est trivial), on a 1⩽∑k=1nak∣λ∣k=f(∣λ∣)1 \leqslant \sum_{k=1}^n \frac{a_k}{|\lambda|^k} = f(|\lambda|). Comme ff est strictement décroissante et f(r)=1f(r)=1, on en déduit :
      ∣λ∣⩽r\boxed{|\lambda| \leqslant r}

    2. Si ∣λ∣=r|\lambda| = r, l'inégalité précédente devient une égalité. Cela implique que dans l'inégalité triangulaire :
      ∣∑k=1nakλn−k∣=∑k=1n∣akλn−k∣\left| \sum_{k=1}^n a_k \lambda^{n-k} \right| = \sum_{k=1}^n |a_k \lambda^{n-k}|
      Tous les complexes non nuls de la somme doivent avoir le même argument. En particulier, comme an>0a_n > 0, le terme anλ0=ana_n \lambda^0 = a_n est réel positif, donc son argument est 0(mod2π)0 \pmod{2\pi}. Ainsi, pour tout kk tel que ak>0a_k > 0, on doit avoir arg(λn−k)≡0(mod2π)\text{arg}(\lambda^{n-k}) \equiv 0 \pmod{2\pi}. Comme a1>0a_1 > 0, on a arg(λn−1)≡0\text{arg}(\lambda^{n-1}) \equiv 0 et comme an>0a_n > 0, arg(λn)=arg(∑akλn−k)=0\text{arg}(\lambda^n) = \text{arg}(\sum a_k \lambda^{n-k}) = 0. On en tire (n−1)θ≡0(n-1)\theta \equiv 0 et nθ≡0n\theta \equiv 0 avec θ=arg(λ)\theta = \text{arg}(\lambda). Par différence, θ≡0(mod2π)\theta \equiv 0 \pmod{2\pi}. Comme ∣λ∣=r|\lambda|=r, on a bien λ=r\boxed{\lambda = r}.

  4. Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) la base canonique. L'action de AA est : Ae1=∑aieiAe_1 = \sum a_i e_i et Aej=ej−1Ae_j = e_{j-1} pour j⩾2j \geqslant 2. On remarque que en→Aen−1→A⋯→Ae1→A∑aieie_n \xrightarrow{A} e_{n-1} \xrightarrow{A} \dots \xrightarrow{A} e_1 \xrightarrow{A} \sum a_i e_i. Comme an>0a_n > 0, il existe un chemin de e1e_1 vers ene_n, donc le graphe est fortement connexe. L'existence de a1>0a_1 > 0 crée une boucle sur le sommet 11 (cycle de longueur 1). D'après un résultat classique sur les matrices primitives (ou en examinant les puissances de AA), il existe kk tel que AkA^k n'ait que des coefficients strictement positifs.

Ne pas oublier que l'égalité dans l'inégalité triangulaire ∣∑zi∣=∑∣zi∣|\sum z_i| = \sum |z_i| n'impose que l'égalité des arguments, pas que les complexes sont réels, sauf si l'un d'eux est déjà réel positif.