Soit nNn \in \mathbb{N}^* et A=(ai,j)Mn(C)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Pour tout i{1,,n}i \in \{1, \dots, n\}, on définit les sommes de lignes et de colonnes (hors diagonale) par :

Li(A)=jiai,jetCj(A)=ijai,jL_i(A) = \sum_{j \neq i} |a_{i,j}|   \text{et}   C_j(A) = \sum_{i \neq j} |a_{i,j}|
On note Df(a,r)={zCzar}D_f(a, r) = \{z \in \mathbb{C} \mid |z-a| \leq r\} le disque fermé de centre aa et de rayon rr.

  1. Montrer que le spectre de AA, noté Sp(A)\text{Sp}(A), est inclus dans l'union des disques de lignes i=1nDf(ai,i,Li(A))\bigcup_{i=1}^n D_f(a_{i,i}, L_i(A)) ainsi que dans l'union des disques de colonnes j=1nDf(aj,j,Cj(A))\bigcup_{j=1}^n D_f(a_{j,j}, C_j(A)).

  2. Soit P=Xnk=0n1akXkP = X^n - \sum_{k=0}^{n-1} a_k X^k un polynôme de C[X]\mathbb{C}[X]. On considère la matrice compagnon associée :
    C(P)=(000a010a1000an2001an1)C(P) = \begin{pmatrix} 0 & 0 & \cdots & 0 & a_0
    1 & 0 & \ddots & \vdots & a_1
    0 & \ddots & \ddots & 0 & \vdots
    \vdots & & \ddots & 0 & a_{n-2}
    0 & \cdots & 0 & 1 & a_{n-1} \end{pmatrix}
    Déterminer le polynôme caractéristique de C(P)C(P), noté χC(P)\chi_{C(P)}.

  3. En déduire que toute racine zz de PP vérifie l'inégalité suivante, où M=max0in1(1+ai)M = \max_{0 \leq i \leq n-1} (1 + |a_i|) :
    zM|z| \leq M

  4. Soit (Pk)kN(P_k)_{k \in \mathbb{N}} une suite de polynômes unitaires de degré nn convergeant vers un polynôme PCn[X]P \in \mathbb{C}_n[X] (pour la norme du maximum des coefficients). Soit z0z_0 une racine de PP de multiplicité d1d \geq 1. Montrer que pour tout ε>0\varepsilon > 0 assez petit, il existe un rang KK tel que pour tout kKk \geq K, le disque ouvert Do(z0,ε)D_o(z_0, \varepsilon) contient au moins dd racines de PkP_k comptées avec leur multiplicité.

1.

Pour la question 1, considérer un vecteur propre XX associé à λ\lambda et regarder la composante de plus grand module. Pour les colonnes, appliquer le résultat à tA^t A.

2.

Pour la question 2, effectuer un développement suivant la dernière colonne ou utiliser une récurrence sur la dimension.

3.

Pour la question 3, appliquer les disques de Gerschgorin à la matrice C(P)C(P). Attention au cas particulier de la dernière ligne.

4.

Pour la question 4, utiliser la continuité du déterminant et le fait que les racines d'un polynôme varient continûment en fonction de ses coefficients. On pourra raisonner par l'absurde ou utiliser des arguments de topologie sur les ensembles compacts.

Idées clés

Inégalité triangulaire et domination par la composante maximale d'un vecteur propre.

Structure des matrices compagnons.

Lien entre spectre d'une matrice et racines de son polynôme caractéristique.

Continuité des racines d'un polynôme (propriété topologique).

Résolution.

  1. Soit λSp(A)\lambda \in \text{Sp}(A) et X=(x1,,xn)Cn{0}X = (x_1, \dots, x_n) \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\} un vecteur propre associé. Par définition, AX=λXAX = \lambda X. Pour chaque ligne ii, on a :
    λxi=j=1nai,jxj=ai,ixi+jiai,jxj\lambda x_i = \sum_{j=1}^n a_{i,j} x_j = a_{i,i} x_i + \sum_{j \neq i} a_{i,j} x_j
    Choisissons un indice i0i_0 tel que xi0=max1jnxj|x_{i_0}| = \max_{1 \leq j \leq n} |x_j|. Puisque X0X \neq 0, on a xi0>0|x_{i_0}| > 0. L'égalité précédente pour i=i0i = i_0 donne :
    (λai0,i0)xi0=ji0ai0,jxj(\lambda - a_{i_0,i_0}) x_{i_0} = \sum_{j \neq i_0} a_{i_0,j} x_j
    En passant au module et en utilisant l'inégalité triangulaire :
    λai0,i0xi0ji0ai0,jxj(ji0ai0,j)xi0|\lambda - a_{i_0,i_0}| \cdot |x_{i_0}| \leq \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0,j}| \cdot |x_j| \leq \left( \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0,j}| \right) |x_{i_0}|
    En divisant par xi0>0|x_{i_0}| > 0, on obtient λai0,i0Li0(A)|\lambda - a_{i_0,i_0}| \leq L_{i_0}(A). Ainsi :
    Sp(A)i=1nDf(ai,i,Li(A))\boxed{\text{Sp}(A) \subseteq \bigcup_{i=1}^n D_f(a_{i,i}, L_i(A))}
    Puisque Sp(A)=Sp(tA)\text{Sp}(A) = \text{Sp}(^t A) et que Li(tA)=Ci(A)L_i(^t A) = C_i(A), l'inclusion dans l'union des disques de colonnes est immédiate.

  2. Calculons χC(P)(X)=det(XInC(P))\chi_{C(P)}(X) = \det(XI_n - C(P)). En notant Mn=XInC(P)M_n = XI_n - C(P) :
    Mn=(X00a01Xa1001Xan1)M_n = \begin{pmatrix} X & 0 & \cdots & 0 & -a_0
    -1 & X & \ddots & \vdots & -a_1
    0 & \ddots & \ddots & 0 & \vdots
    \vdots & & \ddots & -1 & X-a_{n-1} \end{pmatrix}
    Par un développement selon la dernière colonne, on montre par récurrence (ou par opérations élémentaires LiLi+XLi1L_i \leftarrow L_i + X L_{i-1}) que :
    χC(P)(X)=Xnan1Xn1a1Xa0=P(X)\boxed{\chi_{C(P)}(X) = X^n - a_{n-1}X^{n-1} - \dots - a_1 X - a_0 = P(X)}

  3. Les racines de PP sont les valeurs propres de C(P)C(P). Appliquons le résultat de la question 1 (disques de lignes) à C(P)C(P) :
    • Pour i{1,,n1}i \in \{1, \dots, n-1\}, ai,i=0a_{i,i} = 0 et Li(C(P))=ai1+0=ai1L_i(C(P)) = |a_{i-1}| + 0 = |a_{i-1}| si on regarde les lignes. Cependant, la structure donnée dans l'énoncé pour C(P)C(P) place les 11 sur la sous-diagonale.
    • Reprenons la matrice C(P)C(P) de l'énoncé. Les disques de lignes sont : Df(0,a0)D_f(0, |a_0|) pour la ligne 1, Df(0,1+a1)D_f(0, 1+|a_1|) pour la ligne 2, ..., Df(0,1+an2)D_f(0, 1+|a_{n-2}|) pour la ligne n1n-1, et enfin Df(an1,1)D_f(a_{n-1}, 1) pour la ligne nn.
    Toute racine zz est dans l'un de ces disques. Si zDf(0,ai1+1)z \in D_f(0, |a_{i-1}|+1), alors z1+ai1|z| \leq 1 + |a_{i-1}|. Si zDf(an1,1)z \in D_f(a_{n-1}, 1), alors zan1+1|z| \leq |a_{n-1}| + 1. Dans tous les cas, en posant M=max(1,max0in1(1+ai))M = \max(1, \max_{0 \leq i \leq n-1} (1+|a_i|)), on a :
    zM\boxed{|z| \leq M}

  4. Cette question repose sur la continuité des racines. Soit z0z_0 une racine de PP de multiplicité dd. On peut isoler z0z_0 dans un disque fermé K=Df(z0,ε)K = D_f(z_0, \varepsilon) tel que z0z_0 soit la seule racine de PP dans KK. Sur le cercle bordant KK, soit C={z:zz0=ε}C = \{z : |z-z_0| = \varepsilon\}, le polynôme PP ne s'annule pas. Par compacité de CC, infzCP(z)=m>0\inf_{z \in C} |P(z)| = m > 0. Puisque PkPP_k \to P uniformément sur le compact KK, pour kk assez grand, Pk(z)P(z)<mP(z)|P_k(z) - P(z)| < m \leq |P(z)| pour tout zCz \in C. D'après le théorème de Rouché (ou une version adaptée via l'étude de la variation de l'argument), PP et PkP_k ont le même nombre de racines dans Do(z0,ε)D_o(z_0, \varepsilon). Puisque PP en a dd, PkP_k en possède également dd. Approche alternative (MP) : On utilise le fait que l'application qui à un polynôme associe l'ensemble de ses racines est continue pour la distance de Hausdorff. Si le résultat était faux, on pourrait extraire une sous-suite de polynômes Pϕ(k)P_{\phi(k)} dont le nombre de racines dans Do(z0,ϵ)D_o(z_0, \epsilon) est strictement inférieur à dd, ce qui contredirait la convergence des coefficients par les relations de Viète.

Dans la question 1, ne pas oublier que le résultat s'applique aux lignes ET aux colonnes. Parfois, l'un des deux donne une localisation beaucoup plus fine que l'autre.