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On note Dn(K)\mathcal{D}_n(\mathbb{K}) l'ensemble des matrices diagonalisables de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) et Tn(K)\mathcal{T}_n(\mathbb{K}) l'ensemble des matrices trigonalisables. On désigne par Ωn(K)\Omega_n(\mathbb{K}) l'ensemble des matrices de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) possédant nn valeurs propres distinctes.

  1. Cas complexe : K=C\mathbb{K = \mathbb{C}.}
    1. Montrer que Dn(C)\mathcal{D}_n(\mathbb{C}) est dense dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).
    2. Déterminer l'intérieur de Dn(C)\mathcal{D}_n(\mathbb{C}).

  2. Cas réel : K=R\mathbb{K = \mathbb{R}.}
    1. Montrer que toute matrice de Ωn(R)\Omega_n(\mathbb{R}) est un point intérieur de Dn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}).
    2. À l'aide d'une perturbation par la matrice E1,2E_{1,2}, montrer que l'intérieur de Dn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}) est exactement Ωn(R)\Omega_n(\mathbb{R}).
    3. Justifier qu'une matrice réelle est trigonalisable si et seulement si elle est orthogonalement trigonalisable.
    4. En déduire que Tn(R)\mathcal{T}_n(\mathbb{R}) est un fermé de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).
    5. Déterminer l'adhérence de Dn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}).

  3. Connexité. Déterminer les composantes connexes par arcs de Dn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}).

1.

Pour la densité dans C\mathbb{C}, utiliser le fait que toute matrice est trigonalisable et perturber les coefficients diagonaux pour les rendre distincts.

2.

Pour l'intérieur, utiliser la continuité du discriminant ou des racines du polynôme caractéristique. Pour la réciproque, si λ\lambda est une valeur propre multiple, construire une suite de matrices non diagonalisables convergeant vers AA en ajoutant un bloc de Jordan "perturbé".

3.

Pour le caractère fermé de Tn(R)\mathcal{T}_n(\mathbb{R}), utiliser la compacité du groupe orthogonal On(R)O_n(\mathbb{R}).

4.

Pour la connexité, considérer l'application t↦tAt \mapsto tA.

Idées clés

•

Densité par perturbation du spectre (rendre les valeurs propres simples).

•

Fermeture par argument de compacité (On(R)O_n(\mathbb{R}) est compact).

•

Caractérisation de l'intérieur par le caractère simple des racines du polynôme caractéristique.

1. Étude du cas complexe.

  1. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Puisque C\mathbb{C} est algébriquement clos, AA est trigonalisable. Il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et TT triangulaire supérieure telles que A=PTP−1A = PTP^{-1}. Soit T=(ti,j)T = (t_{i,j}). On définit pour ϵ>0\epsilon > 0 la matrice TϵT_\epsilon par (Tϵ)i,j=ti,j(T_\epsilon)_{i,j} = t_{i,j} si i≠ji \neq j et (Tϵ)i,i=ti,i+iϵ(T_\epsilon)_{i,i} = t_{i,i} + i\epsilon. Pour ϵ\epsilon assez petit, les coefficients diagonaux de TϵT_\epsilon sont deux à deux distincts. En effet, ti,i+iϵ=tj,j+jϵ  ⟺  ϵ(i−j)=tj,j−ti,it_{i,i} + i\epsilon = t_{j,j} + j\epsilon \iff \epsilon(i-j) = t_{j,j} - t_{i,i}. Il n'y a qu'un nombre fini de valeurs de ϵ\epsilon problématiques. Alors Aϵ=PTϵP−1A_\epsilon = P T_\epsilon P^{-1} possède nn valeurs propres distinctes, donc Aϵ∈Dn(C)A_\epsilon \in \mathcal{D}_n(\mathbb{C}). Comme Aϵ→AA_\epsilon \to A quand ϵ→0\epsilon \to 0, on a :
    Dn(C)‾=Mn(C)\boxed{\overline{\mathcal{D}_n(\mathbb{C})} = \mathcal{M}_n(\mathbb{C})}

  2. Montrons que Int(Dn(C))=Ωn(C)\text{Int}(\mathcal{D}_n(\mathbb{C})) = \Omega_n(\mathbb{C}). Si A∈Ωn(C)A \in \Omega_n(\mathbb{C}), son polynôme caractéristique χA\chi_A possède nn racines distinctes. Par continuité des racines d'un polynôme (ou par le caractère ouvert de l'ensemble des polynômes à racines simples via le discriminant), il existe un voisinage de AA tel que toute matrice MM proche de AA a encore nn racines distinctes. Ainsi M∈Ωn(C)⊂Dn(C)M \in \Omega_n(\mathbb{C}) \subset \mathcal{D}_n(\mathbb{C}). Réciproquement, si A∈Dn(C)∖Ωn(C)A \in \mathcal{D}_n(\mathbb{C}) \setminus \Omega_n(\mathbb{C}), AA possède une valeur propre λ\lambda de multiplicité m≥2m \ge 2. Dans une base de diagonalisation, le bloc associé à λ\lambda est λIm\lambda I_m. En remplaçant ce bloc par un bloc de Jordan λIm+ϵE1,2\lambda I_m + \epsilon E_{1,2}, on obtient une matrice AϵA_\epsilon non diagonalisable qui tend vers AA.
    Int(Dn(C))=Ωn(C)\boxed{\text{Int}(\mathcal{D}_n(\mathbb{C})) = \Omega_n(\mathbb{C})}

2. Étude du cas réel.

  1. L'argument est identique au cas complexe : si AA a nn racines réelles distinctes, une petite perturbation MM de AA aura nn racines complexes distinctes proches des racines de AA. Comme ces racines sont proches de réels et que les racines non réelles vont par paires conjuguées, si la perturbation est assez petite, les racines restent réelles.
  2. Si AA est diagonalisable avec une valeur propre λ\lambda de multiplicité m≥2m \ge 2. Il existe P∈GLn(R)P \in GL_n(\mathbb{R}) telle que P−1AP=DP^{-1}AP = D. En posant Dϵ=D+ϵE1,2D_\epsilon = D + \epsilon E_{1,2} où E1,2E_{1,2} agit sur le bloc λIm\lambda I_m, DϵD_\epsilon n'est pas diagonalisable (son sous-espace propre pour λ\lambda est de dimension m−1m-1). Alors PDϵP−1∉Dn(R)P D_\epsilon P^{-1} \notin \mathcal{D}_n(\mathbb{R}) et converge vers AA.
    Int(Dn(R))=Ωn(R)\boxed{\text{Int}(\mathcal{D}_n(\mathbb{R})) = \Omega_n(\mathbb{R})}

  3. C'est le théorème de Schur : si A∈Tn(R)A \in \mathcal{T}_n(\mathbb{R}), son polynôme caractéristique est scindé. En appliquant le procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt à une base de trigonalisation, on obtient une base orthonormale dans laquelle la matrice est triangulaire.
  4. Soit (Ak)(A_k) une suite de Tn(R)\mathcal{T}_n(\mathbb{R}) convergeant vers AA. Pour chaque kk, il existe Pk∈On(R)P_k \in O_n(\mathbb{R}) et TkT_k triangulaire supérieure telles que Ak=PkTkPkTA_k = P_k T_k P_k^T. Par compacité de On(R)O_n(\mathbb{R}), on peut extraire une sous-suite (Pϕ(k))(P_{\phi(k)}) convergeant vers P∈On(R)P \in O_n(\mathbb{R}). Alors Tϕ(k)=Pϕ(k)TAϕ(k)Pϕ(k)→PTAPT_{\phi(k)} = P_{\phi(k)}^T A_{\phi(k)} P_{\phi(k)} \to P^T A P. Comme l'ensemble des matrices triangulaires supérieures est un fermé de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}), T=PTAPT = P^T A P est triangulaire supérieure. Ainsi A=PTPTA = PTP^T est trigonalisable.
    Tn(R) est fermeˊ\boxed{\mathcal{T}_n(\mathbb{R}) \text{ est fermé}}

  5. On a Dn(R)⊂Tn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}) \subset \mathcal{T}_n(\mathbb{R}), donc Dn(R)‾⊂Tn(R)\overline{\mathcal{D}_n(\mathbb{R})} \subset \mathcal{T}_n(\mathbb{R}) car ce dernier est fermé. Inversement, si A∈Tn(R)A \in \mathcal{T}_n(\mathbb{R}), on peut approcher sa forme triangulaire par des matrices à coefficients diagonaux distincts (diagonalisables).
    Dn(R)‾=Tn(R)\boxed{\overline{\mathcal{D}_n(\mathbb{R})} = \mathcal{T}_n(\mathbb{R})}

3. Connexité.

Soit A∈Dn(R)A \in \mathcal{D}_n(\mathbb{R}). Considérons le chemin γ:[0,1]→Mn(R)\gamma : [0,1] \to \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) défini par γ(t)=tA\gamma(t) = tA. Pour tout t∈[0,1]t \in [0,1], si AA est diagonalisable, alors tAtA est également diagonalisable (si A=PDP−1A = PDP^{-1}, alors tA=P(tD)P−1tA = P(tD)P^{-1}). Ce chemin est continu, γ(0)=0\gamma(0) = 0 et γ(1)=A\gamma(1) = A. Toute matrice de Dn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}) peut donc être reliée à la matrice nulle 00 (qui est diagonalisable).

Dn(R) est connexe par arcs\boxed{\mathcal{D}_n(\mathbb{R}) \text{ est connexe par arcs}}

Attention à ne pas confondre Dn(R)\mathcal{D}_n(\mathbb{R}) (diagonalisables) et Ωn(R)\Omega_n(\mathbb{R}) (diagonalisables à valeurs propres distinctes). Ωn(R)\Omega_n(\mathbb{R}) n'est pas forcément connexe (par exemple, le signe du déterminant peut séparer des composantes dans certains sous-ensembles de matrices).