1. Étude du cas complexe.
- Soit A∈Mn(C). Puisque C est algébriquement clos, A est trigonalisable. Il existe P∈GLn(C) et T triangulaire supérieure telles que A=PTP−1.
Soit T=(ti,j). On définit pour ϵ>0 la matrice Tϵ par (Tϵ)i,j=ti,j si i=j et (Tϵ)i,i=ti,i+iϵ.
Pour ϵ assez petit, les coefficients diagonaux de Tϵ sont deux à deux distincts.
En effet, ti,i+iϵ=tj,j+jϵ⟺ϵ(i−j)=tj,j−ti,i. Il n'y a qu'un nombre fini de valeurs de ϵ problématiques.
Alors Aϵ=PTϵP−1 possède n valeurs propres distinctes, donc Aϵ∈Dn(C). Comme Aϵ→A quand ϵ→0, on a :
Dn(C)=Mn(C)
- Montrons que Int(Dn(C))=Ωn(C).
Si A∈Ωn(C), son polynôme caractéristique χA possède n racines distinctes. Par continuité des racines d'un polynôme (ou par le caractère ouvert de l'ensemble des polynômes à racines simples via le discriminant), il existe un voisinage de A tel que toute matrice M proche de A a encore n racines distinctes. Ainsi M∈Ωn(C)⊂Dn(C).
Réciproquement, si A∈Dn(C)∖Ωn(C), A possède une valeur propre λ de multiplicité m≥2.
Dans une base de diagonalisation, le bloc associé à λ est λIm. En remplaçant ce bloc par un bloc de Jordan λIm+ϵE1,2, on obtient une matrice Aϵ non diagonalisable qui tend vers A.
Int(Dn(C))=Ωn(C)
2. Étude du cas réel.
- L'argument est identique au cas complexe : si A a n racines réelles distinctes, une petite perturbation M de A aura n racines complexes distinctes proches des racines de A.
Comme ces racines sont proches de réels et que les racines non réelles vont par paires conjuguées, si la perturbation est assez petite, les racines restent réelles.
- Si A est diagonalisable avec une valeur propre λ de multiplicité m≥2. Il existe P∈GLn(R) telle que P−1AP=D.
En posant Dϵ=D+ϵE1,2 où E1,2 agit sur le bloc λIm, Dϵ n'est pas diagonalisable (son sous-espace propre pour λ est de dimension m−1).
Alors PDϵP−1∈/Dn(R) et converge vers A.
Int(Dn(R))=Ωn(R)
- C'est le théorème de Schur : si A∈Tn(R), son polynôme caractéristique est scindé. En appliquant le procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt à une base de trigonalisation, on obtient une base orthonormale dans laquelle la matrice est triangulaire.
- Soit (Ak) une suite de Tn(R) convergeant vers A. Pour chaque k, il existe Pk∈On(R) et Tk triangulaire supérieure telles que Ak=PkTkPkT.
Par compacité de On(R), on peut extraire une sous-suite (Pϕ(k)) convergeant vers P∈On(R).
Alors Tϕ(k)=Pϕ(k)TAϕ(k)Pϕ(k)→PTAP.
Comme l'ensemble des matrices triangulaires supérieures est un fermé de Mn(R), T=PTAP est triangulaire supérieure.
Ainsi A=PTPT est trigonalisable.
Tn(R) est fermeˊ
- On a Dn(R)⊂Tn(R), donc Dn(R)⊂Tn(R) car ce dernier est fermé.
Inversement, si A∈Tn(R), on peut approcher sa forme triangulaire par des matrices à coefficients diagonaux distincts (diagonalisables).
Dn(R)=Tn(R)
3. Connexité.
Soit A∈Dn(R). Considérons le chemin γ:[0,1]→Mn(R) défini par γ(t)=tA.
Pour tout t∈[0,1], si A est diagonalisable, alors tA est également diagonalisable (si A=PDP−1, alors tA=P(tD)P−1).
Ce chemin est continu, γ(0)=0 et γ(1)=A.
Toute matrice de Dn(R) peut donc être reliée à la matrice nulle 0 (qui est diagonalisable).
Dn(R) est connexe par arcs