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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et r∈{1,…,n}r \in \{1, \dots, n\}. On considère l'espace vectoriel Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) muni d'une norme quelconque.

  1. Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Démontrer que rg(M)≥r\text{rg}(M) \geq r si et seulement si il est possible d'extraire de MM une matrice carrée de taille rr qui soit inversible.
  2. On note Or={M∈Mn(R)∣rg(M)≥r}\mathcal{O}_r = \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \text{rg}(M) \geq r\}. Étudier la nature topologique de cet ensemble (est-il ouvert, fermé, etc. ?).
  3. Soit Rr={M∈Mn(R)∣rg(M)=r}\mathcal{R}_r = \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \text{rg}(M) = r\}. Déterminer l'adhérence de l'ensemble Rr\mathcal{R}_r dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

1.

Pour la question 1, utiliser le lien entre la liberté d'une famille de colonnes et le rang. Penser ensuite au rang des lignes.

2.

Pour la question 2, exprimer la condition "posséder une matrice extraite de taille rr inversible" à l'aide des mineurs (déterminants des matrices extraites).

3.

Pour la question 3, montrer d'abord que l'ensemble des matrices de rang ≤r\leq r est fermé. Pour la densité, utiliser la décomposition en PJkQP J_k Q.

Idées clés

•

Lien entre rang et familles libres (lignes/colonnes).

•

Continuité des fonctions polynomiales (déterminants).

•

Caractérisation séquentielle de l'adhérence.

•

Équivalence des matrices de même rang (PJrQP J_r Q).

Résolution.

  1. Sens direct : Supposons que rg(M)=k≥r\text{rg}(M) = k \geq r. Par définition du rang, il existe kk colonnes de MM qui forment une famille libre. En sélectionnant rr de ces colonnes parmi les kk, on forme une matrice C∈Mn,r(R)C \in \mathcal{M}_{n,r}(\mathbb{R}) de rang rr. Puisque le rang des lignes d'une matrice est égal au rang de ses colonnes, la matrice CC possède rr lignes linéairement indépendantes. En sélectionnant ces rr lignes dans CC, on obtient une matrice carrée S∈Mr(R)S \in \mathcal{M}_r(\mathbb{R}). Cette matrice SS est de rang rr, donc :
    S est une matrice extraite de M et det⁡(S)≠0\boxed{S \text{ est une matrice extraite de } M \text{ et } \det(S) \neq 0}

    Sens réciproque : Supposons qu'il existe une matrice extraite S∈Mr(R)S \in \mathcal{M}_r(\mathbb{R}) inversible. Les rr colonnes de SS sont linéairement indépendantes dans Rr\mathbb{R}^r. Les rr colonnes de MM dont sont issues les colonnes de SS sont donc également linéairement indépendantes dans Rn\mathbb{R}^n (si une combinaison linéaire de ces colonnes était nulle, elle le serait a fortiori sur les lignes extraites). On en déduit immédiatement que :

    rg(M)≥r\boxed{\text{rg}(M) \geq r}

  2. Pour tout choix d'indices de lignes I={i1,…,ir}I = \{i_1, \dots, i_r\} et de colonnes J={j1,…,jr}J = \{j_1, \dots, j_r\}, on définit l'application "mineur" :
    ϕI,J:M∈Mn(R)⟼det⁡(MI,J)\phi_{I,J} : M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \longmapsto \det(M_{I,J})
    où MI,JM_{I,J} est la matrice extraite correspondante. L'application ϕI,J\phi_{I,J} est une fonction polynomiale des coefficients de la matrice, elle est donc continue sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). D'après la question précédente, on a :
    Or=⋃I,J{M∈Mn(R)∣ϕI,J(M)≠0}=⋃I,JϕI,J−1(R∗)\mathcal{O}_r = \bigcup_{I,J} \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \phi_{I,J}(M) \neq 0\} = \bigcup_{I,J} \phi_{I,J}^{-1}(\mathbb{R}^*)
    Comme R∗\mathbb{R}^* est un ouvert de R\mathbb{R} et que ϕI,J\phi_{I,J} est continue, chaque ensemble ϕI,J−1(R∗)\phi_{I,J}^{-1}(\mathbb{R}^*) est un ouvert de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). L'ensemble Or\mathcal{O}_r, étant une réunion finie d'ouverts, est lui-même un ouvert.
    Or est un ouvert de Mn(R)\boxed{\mathcal{O}_r \text{ est un ouvert de } \mathcal{M}_n(\mathbb{R})}

  3. Soit Fr={M∈Mn(R)∣rg(M)≤r}\mathcal{F}_r = \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \text{rg}(M) \leq r\}. Cet ensemble est le complémentaire de Or+1\mathcal{O}_{r+1} (si r<nr < n). D'après la question 2, Or+1\mathcal{O}_{r+1} est ouvert, donc Fr\mathcal{F}_r est fermé (pour r=nr=n, Fn=Mn(R)\mathcal{F}_n = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est aussi fermé). Comme Rr⊂Fr\mathcal{R}_r \subset \mathcal{F}_r, par passage à l'adhérence :
    Rr‾⊂Fr\overline{\mathcal{R}_r} \subset \mathcal{F}_r
    Montrons l'inclusion réciproque. Soit A∈FrA \in \mathcal{F}_r, notons k=rg(A)≤rk = \text{rg}(A) \leq r. Il existe des matrices inversibles P,Q∈GLn(R)P, Q \in GL_n(\mathbb{R}) telles que A=PJkQA = P J_k Q, où JkJ_k est la matrice dont les kk premiers coefficients diagonaux valent 1 et les autres 0. Pour tout p∈N∗p \in \mathbb{N}^*, définissons la matrice J(p)∈Mn(R)J^{(p)} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) par :
    J(p)=Jk+∑i=k+1r1pEi,iJ^{(p)} = J_k + \sum_{i=k+1}^r \frac{1}{p} E_{i,i}
    La matrice J(p)J^{(p)} est de rang exactement rr. Posons Ap=PJ(p)QA_p = P J^{(p)} Q. Comme PP et QQ sont inversibles, rg(Ap)=rg(J(p))=r\text{rg}(A_p) = \text{rg}(J^{(p)}) = r. Donc Ap∈RrA_p \in \mathcal{R}_r. De plus, par continuité du produit matriciel :
    lim⁡p→+∞Ap=P(lim⁡p→+∞J(p))Q=PJkQ=A\lim_{p \to +\infty} A_p = P \left( \lim_{p \to +\infty} J^{(p)} \right) Q = P J_k Q = A
    Ainsi, AA est limite d'une suite d'éléments de Rr\mathcal{R}_r, donc A∈Rr‾A \in \overline{\mathcal{R}_r}. On conclut que :
    Rr‾={M∈Mn(R)∣rg(M)≤r}\boxed{\overline{\mathcal{R}_r} = \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \text{rg}(M) \leq r\}}

Attention à ne pas dire que l'ensemble des matrices de rang rr est fermé. Par exemple, si r=nr=n, Rn=GLn(R)\mathcal{R}_n = GL_n(\mathbb{R}), dont l'adhérence est Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}), car toute matrice est limite de matrices inversibles.