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Soient AA et BB deux matrices appartenant à Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

On émet les deux hypothèses suivantes :

  1. La suite des puissances de AA, notée (Ak)k∈N\left(A^{k}\right)_{k \in \mathbb{N}}, est une suite bornée dans Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).
  2. Les matrices AA et BB vérifient la relation : (A−In)2B=0(A - I_{n})^{2} B = 0.

Démontrer que l'on a nécessairement la relation : (A−In)B=0(A - I_{n}) B = 0.

1.

Traduire l'égalité matricielle (A−In)2B=0(A - I_{n})^{2} B = 0 en une propriété sur les colonnes de la matrice BB.

2.

Pour un vecteur XX appartenant au noyau de (A−In)2(A-I_n)^2, exprimer le vecteur AkXA^k X en utilisant la formule du binôme de Newton sur l'identité A=In+(A−In)A = I_n + (A-I_n).

3.

Utiliser l'hypothèse de bornitude pour analyser le comportement asymptotique de la suite (AkX)k∈N(A^k X)_{k \in \mathbb{N}}.

Idées clés

•

Lien entre croissance polynomiale des puissances et stabilité des noyaux.

•

Utilisation de la formule du binôme pour les endomorphismes.

•

Argument par l'absurde ou par analyse de la norme pour la convergence.

Résolution.

Considérons un vecteur X∈CnX \in \mathbb{C}^n quelconque.

L'hypothèse (A−In)2B=0(A-I_n)^2 B = 0 signifie que pour chaque vecteur colonne XjX_j (pour j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\}) de la matrice BB, nous avons :

(A−In)2Xj=0(A - I_n)^2 X_j = 0

Soit XX une telle colonne. Posons Y=(A−In)XY = (A - I_n) X.

D'après l'égalité précédente, nous avons :

(A−In)Y=0doncAY=Y(A - I_n) Y = 0   \text{donc}   AY = Y

Nous souhaitons montrer que Y=0Y = 0. Pour cela, exprimons AkXA^k X pour tout entier naturel kk.

Remarquons que les matrices InI_n et (A−In)(A - I_n) commutent. Nous pouvons donc appliquer la formule du binôme de Newton :

Ak=(In+(A−In))k=∑j=0k(kj)(A−In)jA^k = (I_n + (A - I_n))^k = \sum_{j=0}^k \binom{k}{j} (A - I_n)^j

Appliquons cette identité au vecteur XX. Comme (A−In)jX=0(A - I_n)^j X = 0 pour tout j≥2j \geq 2, la somme se simplifie considérablement :

AkX=(k0)InX+(k1)(A−In)X+0A^k X = \binom{k}{0} I_n X + \binom{k}{1} (A - I_n) X + 0

On obtient ainsi l'expression fondamentale suivante :

AkX=X+kY\boxed{ A^k X = X + k Y }

Par hypothèse, la suite de matrices (Ak)k∈N(A^k)_{k \in \mathbb{N}} est bornée dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

Il existe donc une constante M>0M > 0 telle que pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, ∥Ak∥≤M\|A^k\| \leq M (où ∥⋅∥\|\cdot\| est une norme subordonnée sur Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C})).

On en déduit que pour tout entier kk :

∥AkX∥≤∥Ak∥⋅∥X∥≤M∥X∥\|A^k X\| \leq \|A^k\| \cdot \|X\| \leq M \|X\|

La suite de vecteurs (AkX)k∈N(A^k X)_{k \in \mathbb{N}} est donc également bornée dans Cn\mathbb{C}^n.

D'après l'expression AkX=X+kYA^k X = X + k Y, si le vecteur YY était non nul, nous aurions par l'inégalité triangulaire inversée :

∥AkX∥=∥kY+X∥≥∣k∥Y∥−∥X∥∣\|A^k X\| = \|k Y + X\| \geq | k \|Y\| - \|X\| |

Or, si Y≠0Y \neq 0, alors ∥Y∥>0\|Y\| > 0 et le membre de droite tend vers +∞+\infty quand kk tend vers l'infini.

Cela contredit le fait que la suite (AkX)k∈N(A^k X)_{k \in \mathbb{N}} est bornée.

Par conséquent, on a nécessairement :

Y=0\boxed{ Y = 0 }

Comme Y=(A−In)XY = (A - I_n) X pour chaque colonne XX de BB, on conclut que chaque colonne de la matrice (A−In)B(A - I_n) B est nulle.

On a donc bien démontré que :

(A−In)B=0\boxed{ (A - I_n) B = 0 }

Attention à ne pas affirmer trop vite que "si (Ak)(A^k) est bornée, alors AA est diagonalisable". C'est faux en général (penser à l'identité). La propriété correcte est que les valeurs propres de module 11 doivent être des racines simples du polynôme minimal. L'exercice démontre précisément un cas particulier de ce résultat (pour la valeur propre 1).