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Soit A=(aij)∈Mn(C)A = (a_{ij}) \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) une matrice carrée d'ordre n⩾2n \geqslant 2. On suppose les trois propriétés suivantes :

  1. Pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, ∣aii∣⩾∑j≠i∣aij∣|a_{ii}| \geqslant \sum_{j \neq i} |a_{ij}|.
  2. Il existe au moins un indice i0∈{1,…,n}i_0 \in \{1, \dots, n\} tel que ∣ai0i0∣>∑j≠i0∣ai0j∣|a_{i_0 i_0}| > \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0 j}|.
  3. Pour tout couple d'indices distincts (i,j)(i, j), il existe une suite d'indices i1,…,ipi_1, \dots, i_p tels que :
    ai,i1ai1,i2⋯aip,j≠0a_{i, i_1} a_{i_1, i_2} \cdots a_{i_p, j} \neq 0

On définit la matrice diagonale D=Diag(a11,…,ann)D = \text{Diag}(a_{11}, \dots, a_{nn}).

  1. Justifier que la matrice DD est inversible.
  2. On pose B=In−D−1AB = I_n - D^{-1}A. Démontrer que le rayon spectral de BB, noté ρ(B)\rho(B), est strictement inférieur à 11.

1.

Pour la question 1, raisonner par l'absurde en utilisant la condition (iii) qui assure qu'aucune ligne ne peut être entièrement nulle (en dehors du terme diagonal).

2.

Pour la question 2, considérer une valeur propre λ\lambda de BB telle que ∣λ∣=ρ(B)|\lambda| = \rho(B).

3.

Utiliser l'ensemble des indices I={i∈{1,…,n}∣∣xi∣=∥x∥∞}I = \{ i \in \{1, \dots, n\} \mid |x_i| = \|x\|_\infty \} où xx est un vecteur propre associé à λ\lambda.

4.

Exploiter la condition (iii) pour montrer que si l'un des indices appartient à II, alors ils y appartiennent tous par "propagation".

Idées clés

•

Étude de la dominance diagonale (Lévy-Desplanques).

•

Notion de matrice irréductible (via la condition de chemin).

•

Localisation des valeurs propres (Disques de Gershgorin).

Résolution.

  1. Supposons qu'il existe un indice ii tel que aii=0a_{ii} = 0. D'après la condition (i), on aurait alors :
    0=∣aii∣⩾∑j≠i∣aij∣0 = |a_{ii}| \geqslant \sum_{j \neq i} |a_{ij}|
    Comme il s'agit d'une somme de termes positifs, cela impose que pour tout j≠ij \neq i, aij=0a_{ij} = 0. La ii-ème ligne de la matrice AA est donc entièrement nulle. Or, d'après la condition (iii), pour n'importe quel j≠ij \neq i, il doit exister un chemin d'indices reliant ii à jj tel que le produit des coefficients correspondants soit non nul. En particulier, il devrait exister i1i_1 tel que ai,i1≠0a_{i, i_1} \neq 0. Ceci est en contradiction avec la nullité de la ligne ii. Ainsi, tous les coefficients diagonaux sont non nuls, ce qui prouve que :
    D=Diag(a11,…,ann)∈GLn(C)\boxed{D = \text{Diag}(a_{11}, \dots, a_{nn}) \in GL_n(\mathbb{C})}

  2. La matrice B=In−D−1AB = I_n - D^{-1}A possède des coefficients bijb_{ij} définis par :
    bii=1−aiiaii=0et∀i≠j, bij=−aijaiib_{ii} = 1 - \frac{a_{ii}}{a_{ii}} = 0   \text{et}   \forall i \neq j, \ b_{ij} = -\frac{a_{ij}}{a_{ii}}
    Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de BB. Il existe un vecteur x∈Cn∖{0}x \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\} tel que Bx=λxBx = \lambda x. Pour chaque composante ii, on a :
    λxi=∑j=1nbijxj=∑j≠ibijxj\lambda x_i = \sum_{j=1}^n b_{ij} x_j = \sum_{j \neq i} b_{ij} x_j
    Considérons la norme infini ∥x∥∞=max⁡1⩽k⩽n∣xk∣>0\|x\|_\infty = \max_{1 \leqslant k \leqslant n} |x_k| > 0. Pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, l'inégalité triangulaire donne :
    ∣λ∣∣xi∣⩽∑j≠i∣bij∣∣xj∣⩽(∑j≠i∣bij∣)∥x∥∞|\lambda| |x_i| \leqslant \sum_{j \neq i} |b_{ij}| |x_j| \leqslant \left( \sum_{j \neq i} |b_{ij}| \right) \|x\|_\infty
    En choisissant ii tel que ∣xi∣=∥x∥∞|x_i| = \|x\|_\infty, on obtient :
    ∣λ∣⩽∑j≠i∣bij∣=1∣aii∣∑j≠i∣aij∣⩽1|\lambda| \leqslant \sum_{j \neq i} |b_{ij}| = \frac{1}{|a_{ii}|} \sum_{j \neq i} |a_{ij}| \leqslant 1
    Ceci montre déjà que ρ(B)⩽1\rho(B) \leqslant 1. Supposons par l'absurde que ρ(B)=1\rho(B) = 1. Soit λ\lambda une valeur propre telle que ∣λ∣=1|\lambda| = 1 et xx un vecteur propre associé. Posons I={i∈{1,…,n}∣∣xi∣=∥x∥∞}I = \{ i \in \{1, \dots, n\} \mid |x_i| = \|x\|_\infty \}. Cet ensemble est non vide. Soit i∈Ii \in I. On a :
    1=∣λ∣∣xi∣⩽∑j≠i∣bij∣∣xj∣⩽∑j≠i∣bij∣∥x∥∞=∑j≠i∣bij∣⩽11 = |\lambda| |x_i| \leqslant \sum_{j \neq i} |b_{ij}| |x_j| \leqslant \sum_{j \neq i} |b_{ij}| \|x\|_\infty = \sum_{j \neq i} |b_{ij}| \leqslant 1
    Toutes les inégalités sont donc des égalités. On en déduit deux points cruciaux :
    • ∑j≠i∣bij∣=1\sum_{j \neq i} |b_{ij}| = 1.
    • Pour tout jj tel que bij≠0b_{ij} \neq 0, on doit avoir ∣xj∣=∥x∥∞|x_j| = \|x\|_\infty, soit j∈Ij \in I.
    Le second point signifie que si i∈Ii \in I et aij≠0a_{ij} \neq 0, alors j∈Ij \in I. D'après la condition (iii), pour tout i∈Ii \in I et tout k∉Ik \notin I (si un tel kk existe), il existe un chemin i→i1→⋯→ip→ki \to i_1 \to \dots \to i_p \to k avec des coefficients de AA non nuls. Par récurrence, i∈I  ⟹  i1∈I  ⟹  ⋯  ⟹  k∈Ii \in I \implies i_1 \in I \implies \dots \implies k \in I. Ceci prouve que si II est non vide, alors I={1,…,n}I = \{1, \dots, n\}. Mais alors, pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, on doit avoir la première égalité :
    ∑j≠i∣bij∣=1  ⟺  ∣aii∣=∑j≠i∣aij∣\sum_{j \neq i} |b_{ij}| = 1 \iff |a_{ii}| = \sum_{j \neq i} |a_{ij}|
    Ceci contredit la condition (ii) qui affirme l'existence d'un indice i0i_0 pour lequel l'inégalité est stricte. Par conséquent, l'hypothèse ∣λ∣=1|\lambda| = 1 est impossible, et :
    ρ(B)<1\boxed{\rho(B) < 1}

Une erreur fréquente est d'oublier d'utiliser la condition de "chemin" (irréductibilité). Sans elle, la matrice pourrait être décomposable (par blocs) et posséder une valeur propre de module 1 sur un bloc dont la diagonale n'est pas strictement dominante.