WikiPrépaLivrets

Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice dont les valeurs propres complexes λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n vérifient la condition de séparation suivante :

∣λ1∣>∣λ2∣>⋯>∣λn∣>0|\lambda_1| > |\lambda_2| > \dots > |\lambda_n| > 0

  1. Justifier que la matrice AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On note (V1,…,Vn)(V_1, \dots, V_n) une base de vecteurs propres associés.
  2. Soit X0∈Rn∖{0}X_0 \in \mathbb{R}^n \setminus \{0\}. On définit la suite (Xm)m∈N(X_m)_{m \in \mathbb{N}} par la relation de récurrence Xm+1=AXmX_{m+1} = AX_m. On décompose X0=∑i=1nciViX_0 = \sum_{i=1}^n c_i V_i dans la base des vecteurs propres.
    1. Sous l'hypothèse c1≠0c_1 \neq 0, déterminer la limite de la suite de vecteurs Ym=Xmλ1mY_m = \frac{X_m}{\lambda_1^m}.
    2. En déduire que la direction de XmX_m converge vers celle de V1V_1. Plus précisément, montrer que Xm∥Xm∥2\frac{X_m}{\|X_m\|_2} converge vers un vecteur lié à V1V_1 (on pourra supposer λ1>0\lambda_1 > 0 pour simplifier).

  3. On appelle quotient de Rayleigh la quantité R(X)=tXAX∥X∥22R(X) = \frac{{}^tX A X}{\|X\|_2^2}. Étudier la convergence de la suite (R(Xm))m∈N(R(X_m))_{m \in \mathbb{N}} lorsque AA est une matrice symétrique réelle.

  4. On suppose avoir déterminé λ1\lambda_1 et V1V_1. Proposer une méthode pour construire une matrice BB dont le spectre est {0,λ2,λ3,…,λn}\{0, \lambda_2, \lambda_3, \dots, \lambda_n\}. Comment peut-on alors obtenir λ2\lambda_2 ?

1.

Pour la question 1, utiliser le lien entre racines distinctes du polynôme caractéristique et diagonalisabilité.

2.

Pour la question 2, exprimer XmX_m en fonction de AmA^m et des vecteurs propres, puis factoriser par la valeur propre dominante.

3.

Pour le quotient de Rayleigh, utiliser le fait que pour une matrice symétrique, les vecteurs propres peuvent être choisis orthonormaux.

4.

Pour la question 4, regarder la matrice B=A−λ1V1tV1∥V1∥2B = A - \lambda_1 \frac{V_1 {}^t V_1}{\|V_1\|^2} dans le cas symétrique ou utiliser une matrice de projection.

Idées clés

•

Diagonalisation et calcul de AkA^k via les projecteurs spectraux.

•

Comportement asymptotique dominé par la plus grande valeur propre en module.

•

Propriétés des matrices symétriques (théorème spectral).

Résolution.

  1. Les valeurs propres de AA ont des modules strictement distincts par hypothèse. Par conséquent, elles sont deux à deux distinctes :
    ∀(i,j)∈⟦1,n⟧2,i≠j  ⟹  λi≠λj\forall (i,j) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2,   i \neq j \implies \lambda_i \neq \lambda_j
    Le polynôme caractéristique χA\chi_A possède nn racines distinctes dans C\mathbb{C}. Une matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) ayant nn valeurs propres distinctes est diagonalisable.
    A est diagonalisable dans Mn(C)\boxed{A \text{ est diagonalisable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{C})}

    1. Puisque AVi=λiViA V_i = \lambda_i V_i, on a par récurrence Xm=AmX0=∑i=1nciλimViX_m = A^m X_0 = \sum_{i=1}^n c_i \lambda_i^m V_i. Calculons YmY_m :
      Ym=Xmλ1m=c1V1+∑i=2nci(λiλ1)mViY_m = \frac{X_m}{\lambda_1^m} = c_1 V_1 + \sum_{i=2}^n c_i \left( \frac{\lambda_i}{\lambda_1} \right)^m V_i
      Comme pour tout i≥2i \geq 2, ∣λi∣<∣λ1∣|\lambda_i| < |\lambda_1|, on a ∣λiλ1∣<1\left| \frac{\lambda_i}{\lambda_1} \right| < 1, donc (λiλ1)m→m→+∞0\left( \frac{\lambda_i}{\lambda_1} \right)^m \xrightarrow[m \to +\infty]{} 0.
      Ym→m→+∞c1V1\boxed{Y_m \xrightarrow[m \to +\infty]{} c_1 V_1}

    2. On a Xm∥Xm∥2=λ1mYm∥λ1mYm∥2=λ1m∣λ1∣mYm∥Ym∥2\frac{X_m}{\|X_m\|_2} = \frac{\lambda_1^m Y_m}{\|\lambda_1^m Y_m\|_2} = \frac{\lambda_1^m}{|\lambda_1|^m} \frac{Y_m}{\|Y_m\|_2}. Si λ1>0\lambda_1 > 0, alors λ1m∣λ1∣m=1\frac{\lambda_1^m}{|\lambda_1|^m} = 1. Par continuité de la norme et du quotient (car c1≠0c_1 \neq 0 donc la limite de YmY_m est non nulle) :
      Xm∥Xm∥2→m→+∞c1V1∥c1V1∥2\boxed{\frac{X_m}{\|X_m\|_2} \xrightarrow[m \to +\infty]{} \frac{c_1 V_1}{\|c_1 V_1\|_2}}
      Ce vecteur est bien un vecteur propre de AA associé à λ1\lambda_1.

  2. Si AA est symétrique réelle, on peut choisir la base (V1,…,Vn)(V_1, \dots, V_n) orthonormale pour le produit scalaire canonique. On a alors ∥Xm∥22=∑i=1nci2λi2m\|X_m\|_2^2 = \sum_{i=1}^n c_i^2 \lambda_i^{2m} et tXmAXm=∑i=1nci2λi2m+1{}^tX_m A X_m = \sum_{i=1}^n c_i^2 \lambda_i^{2m+1}.
    R(Xm)=c12λ12m+1+∑i=2nci2λi2m+1c12λ12m+∑i=2nci2λi2m=λ11+∑i=2nci2c12(λiλ1)2m+11+∑i=2nci2c12(λiλ1)2mR(X_m) = \frac{c_1^2 \lambda_1^{2m+1} + \sum_{i=2}^n c_i^2 \lambda_i^{2m+1}}{c_1^2 \lambda_1^{2m} + \sum_{i=2}^n c_i^2 \lambda_i^{2m}} = \lambda_1 \frac{1 + \sum_{i=2}^n \frac{c_i^2}{c_1^2} \left( \frac{\lambda_i}{\lambda_1} \right)^{2m+1}}{1 + \sum_{i=2}^n \frac{c_i^2}{c_1^2} \left( \frac{\lambda_i}{\lambda_1} \right)^{2m}}
    Comme précédemment, les termes en (λi/λ1)(\lambda_i/\lambda_1) tendent vers 0.
    R(Xm)→m→+∞λ1\boxed{R(X_m) \xrightarrow[m \to +\infty]{} \lambda_1}

  3. Pour obtenir λ2\lambda_2, on utilise la technique de "déflation". Si AA est symétrique et V1V_1 est un vecteur propre unitaire associé à λ1\lambda_1, on pose :
    B=A−λ1V1tV1B = A - \lambda_1 V_1 {}^t V_1
    Vérifions le spectre de BB : BV1=AV1−λ1V1(tV1V1)=λ1V1−λ1V1=0B V_1 = A V_1 - \lambda_1 V_1 ({}^t V_1 V_1) = \lambda_1 V_1 - \lambda_1 V_1 = 0. Pour i≥2i \geq 2, BVi=AVi−λ1V1(tV1Vi)=λiViB V_i = A V_i - \lambda_1 V_1 ({}^t V_1 V_i) = \lambda_i V_i car les vecteurs propres sont orthogonaux.
    Sp(B)={0,λ2,…,λn}\boxed{\text{Sp}(B) = \{0, \lambda_2, \dots, \lambda_n\}}
    On applique alors la méthode de la puissance à BB pour trouver sa valeur propre dominante (en valeur absolue), qui est λ2\lambda_2.

L'hypothèse c1≠0c_1 \neq 0 est cruciale. Si le vecteur initial X0X_0 est orthogonal au sous-espace propre dominant, l'algorithme convergera (théoriquement) vers la valeur propre suivante. En pratique, les erreurs d'arrondi réintroduisent toujours une composante sur V1V_1.