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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On note U={z∈C∣∣z∣=1}U = \{z \in \mathbb{C} \mid |z| = 1\} le groupe des nombres complexes de module 1 muni de la multiplication. On considère un homomorphisme de groupes continu φ:(U,×)⟶(GLn(R),×)\varphi : (U, \times) \longrightarrow (GL_n(\mathbb{R}), \times).

  1. Montrer que pour tout z∈Uz \in U, det⁡(φ(z))=1\det(\varphi(z)) = 1.
  2. Démontrer que pour tout z∈Uz \in U, les valeurs propres complexes de la matrice φ(z)\varphi(z) sont de module 1.
  3. Établir que pour tout z∈Uz \in U, la matrice φ(z)\varphi(z) est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).
  4. En déduire la forme générale de l'application φ\varphi. On pourra commencer par le cas n=1n=1, puis traiter le cas complexe avant de conclure sur le cas réel.

1.

Pour la question 1, étudier l'application f=det⁡∘φf = \det \circ \varphi de UU dans R∗\mathbb{R}^*. Utiliser la compacité de UU.

2.

Pour la question 2, utiliser une norme d'algèbre sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et le fait que φ(U)\varphi(U) est une partie bornée. Relier la norme au rayon spectral.

3.

Pour la question 3, raisonner par l'absurde. Si une matrice n'est pas diagonalisable tout en ayant des valeurs propres de module 1, la suite de ses puissances est-elle bornée ?

4.

Pour la question 4, remarquer que les matrices (φ(z))z∈U(\varphi(z))_{z \in U} commutent entre elles. Utiliser le résultat sur la codiagonalisation.

Idées clés

•

Lien entre compacité de l'image et module des valeurs propres.

•

Lien entre croissance des puissances d'une matrice et diagonalisabilité.

•

Codiagonalisation d'une famille d'endomorphismes commutant entre eux.

Résolution.

  1. Soit f:U→R∗f : U \to \mathbb{R}^* définie par f(z)=det⁡(φ(z))f(z) = \det(\varphi(z)). ff est un morphisme de groupes continu comme composée d'applications continues. UU est un ensemble compact, donc son image f(U)f(U) par une application continue est un compact de R∗\mathbb{R}^*. En particulier, f(U)f(U) est borné dans R\mathbb{R}. Pour tout z∈Uz \in U et tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, on a f(zk)=f(z)kf(z^k) = f(z)^k. Si ∣f(z)∣≠1|f(z)| \neq 1, alors la suite (∣f(z)∣k)k∈Z(|f(z)|^k)_{k \in \mathbb{Z}} ne peut pas être bornée (elle tend vers +∞+\infty en +∞+\infty ou en −∞-\infty). Ainsi, ∀z∈U,∣f(z)∣=1\forall z \in U, |f(z)| = 1. Comme f(z)∈R∗f(z) \in \mathbb{R}^*, on a f(z)∈{−1,1}f(z) \in \{-1, 1\}. Or UU est connexe par arcs (c'est le cercle unité), donc f(U)f(U) est un connexe de {−1,1}\{-1, 1\}. Comme f(1)=1f(1) = 1 (car ff est un morphisme), on en déduit :
    ∀z∈U,det⁡(φ(z))=1\boxed{\forall z \in U, \det(\varphi(z)) = 1}

  2. Munissons Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) d'une norme d'algèbre ∥⋅∥\|\cdot\|. Puisque φ\varphi est continue sur le compact UU, l'image φ(U)\varphi(U) est bornée. Il existe donc M>0M > 0 tel que :
    ∀z∈U,∀k∈Z,∥φ(z)k∥=∥φ(zk)∥≤M\forall z \in U, \forall k \in \mathbb{Z},   \|\varphi(z)^k\| = \|\varphi(z^k)\| \leq M
    Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de φ(z)\varphi(z). Alors λk\lambda^k est une valeur propre de φ(z)k\varphi(z)^k. Le rayon spectral ρ(A)\rho(A) d'une matrice AA est majoré par n'importe quelle norme d'algèbre de AA. D'où ∣λk∣≤∥φ(z)k∥≤M|\lambda^k| \leq \|\varphi(z)^k\| \leq M, ce qui donne ∣λ∣k≤M|\lambda|^k \leq M pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}. Cela impose nécessairement :
    ∀λ∈Sp(φ(z)),∣λ∣=1\boxed{\forall \lambda \in \text{Sp}(\varphi(z)), |\lambda| = 1}

  3. Supposons par l'absurde qu'il existe z∈Uz \in U tel que A=φ(z)A = \varphi(z) ne soit pas diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Comme le polynôme caractéristique est scindé sur C\mathbb{C}, il existe une valeur propre λ\lambda telle que la taille de l'un des blocs de la décomposition de Dunford est strictement supérieure à 1. Plus simplement, il existe un vecteur vv tel que (A−λIn)2v=0(A - \lambda I_n)^2 v = 0 mais w=(A−λIn)v≠0w = (A - \lambda I_n)v \neq 0. On a alors Av=λv+wAv = \lambda v + w et Aw=λwAw = \lambda w. Par récurrence :
    Akv=λkv+kλk−1wA^k v = \lambda^k v + k \lambda^{k-1} w
    En prenant la norme (dans Cn\mathbb{C}^n), on a par inégalité triangulaire :
    ∥Akv∥≥∣k∣∣λ∣k−1∥w∥−∣λ∣k∥v∥\|A^k v\| \geq |k| |\lambda|^{k-1} \|w\| - |\lambda|^k \|v\|
    Puisque ∣λ∣=1|\lambda| = 1, on obtient ∥Akv∥≥∣k∣⋅∥w∥−∥v∥\|A^k v\| \geq |k| \cdot \|w\| - \|v\|. Comme w≠0w \neq 0, cette quantité tend vers +∞+\infty quand k→+∞k \to +\infty. Ceci contredit le fait que la suite (φ(z)k)k∈N(\varphi(z)^k)_{k \in \mathbb{N}} est bornée. Ainsi :
    ∀z∈U,φ(z) est diagonalisable sur C\boxed{\forall z \in U, \varphi(z) \text{ est diagonalisable sur } \mathbb{C}}

  4. Étape 1 : Cas complexe. Le groupe UU est commutatif, donc pour tous z,w∈Uz, w \in U, on a zw=wzzw = wz, d'où :
    φ(z)φ(w)=φ(zw)=φ(wz)=φ(w)φ(z)\varphi(z)\varphi(w) = \varphi(zw) = \varphi(wz) = \varphi(w)\varphi(z)
    Les matrices (φ(z))z∈U(\varphi(z))_{z \in U} forment une famille de matrices de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) qui commutent deux à deux et sont toutes diagonalisables. Il existe donc P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) telle que pour tout z∈Uz \in U :
    P−1φ(z)P=Diag(λ1(z),…,λn(z))P^{-1}\varphi(z)P = \text{Diag}(\lambda_1(z), \dots, \lambda_n(z))
    Chaque λj:U→U\lambda_j : U \to U est un morphisme continu. On sait que les morphismes continus de UU dans UU sont de la forme z↦zkjz \mapsto z^{k_j} avec kj∈Zk_j \in \mathbb{Z}. Étape 2 : Cas réel. Si φ\varphi est à valeurs dans GLn(R)GL_n(\mathbb{R}), le polynôme caractéristique de φ(z)\varphi(z) est réel. Les valeurs propres non réelles (de module 1) viennent par paires conjuguées (eiθ,e−iθ)(e^{i\theta}, e^{-i\theta}). Après changement de base dans Rn\mathbb{R}^n, φ(z)\varphi(z) s'écrit par blocs diagonaux constitués de : - Blocs 1×11 \times 1 de la forme (1)(1) (car det⁡=1\det = 1 et les valeurs propres sont de module 1). - Blocs 2×22 \times 2 de la forme R(kjθ)R(k_j \theta) où z=eiθz = e^{i\theta}, avec R(α)=(cos⁡α−sin⁡αsin⁡αcos⁡α)R(\alpha) = \begin{pmatrix} \cos \alpha & -\sin \alpha
    \sin \alpha & \cos \alpha \end{pmatrix}
    . En conclusion, φ(eiθ)\varphi(e^{i\theta}) est semblable dans GLn(R)GL_n(\mathbb{R}) à une matrice :
    Diag(Ip,−Iq,R(k1θ),…,R(kmθ))\boxed{\text{Diag}(I_p, -I_q, R(k_1 \theta), \dots, R(k_m \theta))}
    Compte tenu de la continuité et de φ(1)=In\varphi(1)=I_n, les blocs −Iq-I_q ne peuvent pas apparaître (ils ne sont pas dans la composante neutre ou forceraient un saut de 11 à −1-1). De même pour les blocs (−1)(-1) isolés.

Attention à ne pas oublier que la diagonalisabilité n'est assurée que sur C\mathbb{C}. Sur R\mathbb{R}, une matrice de rotation d'angle θ≠0(modπ)\theta \neq 0 \pmod \pi n'est pas diagonalisable.