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Soient nn et pp deux entiers naturels non nuls. On considère l'ensemble des matrices de Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) dont la puissance pp-ième est l'identité, noté :

S={M∈Mn(C)∣Mp=In}\mathcal{S} = \left\{M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) \mid M^{p}=I_{n}\right\}
Déterminer le nombre de composantes connexes par arcs de S\mathcal{S} pour la topologie usuelle.

1.

Commencer par justifier que toute matrice M∈SM \in \mathcal{S} est diagonalisable et préciser ses valeurs propres possibles.

2.

Identifier les classes de similitude au sein de S\mathcal{S} en utilisant les multiplicités des valeurs propres.

3.

Utiliser la connexité par arcs de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) pour montrer que chaque classe de similitude est connexe par arcs.

4.

Montrer que deux matrices ayant des polynômes caractéristiques différents appartiennent à des composantes connexes distinctes en exploitant la continuité des coefficients du polynôme caractéristique.

5.

Conclure par un dénombrement combinatoire.

Idées clés

•

Diagonalisabilité par polynôme annulateur à racines simples.

•

Caractérisation des classes de similitude par le spectre.

•

Connexité par arcs du groupe linéaire GLn(C)GL_n(\mathbb{C}).

•

Continuité des applications coefficients du polynôme caractéristique.

1. Analyse de la structure des matrices de S\mathcal{S.}

Soit M∈SM \in \mathcal{S}. Par définition, le polynôme P(X)=Xp−1P(X) = X^p - 1 est un polynôme annulateur de MM.

Ce polynôme est scindé à racines simples sur C\mathbb{C}. Ses racines sont les racines pp-ièmes de l'unité :

ωk=e2iπkp,k∈{0,1,…,p−1}\omega_k = e^{\frac{2i\pi k}{p}},   k \in \{0, 1, \dots, p-1\}

Puisque MM admet un polynôme annulateur scindé à racines simples, on en déduit que :

Toute matrice M∈S est diagonalisable dans Mn(C).\boxed{ \text{Toute matrice } M \in \mathcal{S} \text{ est diagonalisable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). }

Le spectre de MM est inclus dans l'ensemble {ω0,ω1,…,ωp−1}\{\omega_0, \omega_1, \dots, \omega_{p-1}\}.

2. Identification des classes de similitude.

Soit M∈SM \in \mathcal{S}. Notons nkn_k la multiplicité de la valeur propre ωk\omega_k pour MM (avec nk=0n_k = 0 si ωk\omega_k n'est pas valeur propre).

Comme MM est diagonalisable, la somme des multiplicités est égale à la dimension de l'espace :

∑k=0p−1nk=n\sum_{k=0}^{p-1} n_k = n

Deux matrices de S\mathcal{S} sont semblables si et seulement si elles ont le même polynôme caractéristique, ce qui revient ici à dire qu'elles ont les mêmes multiplicités (n0,n1,…,np−1)(n_0, n_1, \dots, n_{p-1}).

Soit C(nk)\mathcal{C}_{(n_k)} la classe de similitude associée à un pp-uplet (n0,…,np−1)(n_0, \dots, n_{p-1}) tel que ∑nk=n\sum n_k = n. On a :

S=⋃∑nk=nC(nk)\mathcal{S} = \bigcup_{\sum n_k = n} \mathcal{C}_{(n_k)}

3. Connexité par arcs des classes de similitude.

Soit C\mathcal{C} une classe de similitude dans S\mathcal{S}. Il existe une matrice diagonale D∈SD \in \mathcal{S} telle que :

C={PDP−1∣P∈GLn(C)}\mathcal{C} = \{ P D P^{-1} \mid P \in GL_n(\mathbb{C}) \}

On sait que GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) est connexe par arcs.

Soient A,B∈CA, B \in \mathcal{C}. Il existe P,Q∈GLn(C)P, Q \in GL_n(\mathbb{C}) tels que A=PDP−1A = PDP^{-1} et B=QDQ−1B = QDQ^{-1}.

Soit γ:[0,1]→GLn(C)\gamma : [0,1] \to GL_n(\mathbb{C}) un chemin continu reliant PP à QQ. Alors le chemin Γ\Gamma défini par :

Γ(t)=γ(t)Dγ(t)−1\Gamma(t) = \gamma(t) D \gamma(t)^{-1}
est un chemin continu dans C\mathcal{C} reliant AA à BB.

Chaque classe de similitude C(nk) est connexe par arcs.\boxed{ \text{Chaque classe de similitude } \mathcal{C}_{(n_k)} \text{ est connexe par arcs.} }

4. Séparation des classes de similitude.

Considérons l'application χ:Mn(C)→Cn[X]\chi : \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathbb{C}_n[X] qui à une matrice associe son polynôme caractéristique. Cette application est continue car ses coefficients sont des polynômes en les coefficients de la matrice.

Sur S\mathcal{S}, l'image par χ\chi est un ensemble fini de polynômes (ceux dont les racines sont dans {ωk}\{\omega_k\}).

Si deux matrices AA et BB appartiennent à la même composante connexe par arcs de S\mathcal{S}, alors par continuité de χ\chi, l'image d'un chemin reliant AA à BB doit être un chemin continu dans l'ensemble des images.

Comme l'ensemble des images est fini (donc discret), ce chemin doit être constant.

Ainsi, deux matrices de S\mathcal{S} sont dans la même composante connexe si et seulement si elles ont le même polynôme caractéristique.

Les composantes connexes par arcs de S\mathcal{S} sont exactement les classes de similitude C(nk)\mathcal{C}_{(n_k)}.

5. Dénombrement final.

Le nombre de composantes connexes est le nombre de solutions entières naturelles à l'équation :

n0+n1+⋯+np−1=nn_0 + n_1 + \dots + n_{p-1} = n

D'après le résultat classique de combinatoire (méthode des "étoiles et barres"), ce nombre est :

N=(n+p−1p−1)\boxed{ N = \binom{n+p-1}{p-1} }

Ne pas oublier que l'on travaille sur C\mathbb{C}. Sur R\mathbb{R}, le résultat serait très différent car GLn(R)GL_n(\mathbb{R}) n'est pas connexe (il a deux composantes connexes selon le signe du déterminant) et les matrices ne sont pas forcément diagonalisables.