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Soit α\alpha un nombre complexe algébrique de degré dd sur Q\mathbb{Q}. On s'intéresse aux matrices à coefficients rationnels de taille n∈N∗n \in \mathbb{N}^*.

Déterminer la valeur minimale du rang de la matrice M−αInM - \alpha I_{n} lorsque MM parcourt l'ensemble Mn(Q)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{Q}).

1.

Rappeler qu'un nombre α\alpha est algébrique de degré dd si son polynôme minimal PαP_\alpha sur Q\mathbb{Q} est de degré dd.

2.

Pour la borne inférieure, considérer le lien entre le polynôme caractéristique d'une matrice M∈Mn(Q)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) et le polynôme PαP_\alpha si α\alpha est valeur propre de MM.

3.

Utiliser la décomposition de Qn\mathbb{Q}^n en sous-espaces stables par MM dont les endomorphismes induits ont pour matrices des matrices compagnons.

4.

Pour la borne supérieure, construire une matrice par blocs en utilisant la matrice compagnon de PαP_\alpha.

Idées clés

•

Polynôme minimal d'un nombre algébrique et irréductibilité sur Q\mathbb{Q}.

•

Structure des sous-espaces stables : décomposition en blocs cycliques (matrices compagnons).

•

Lien entre multiplicité géométrique et nombre de blocs dans la décomposition rationnelle.

Résolution.

Soit M∈Mn(Q)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q}). On note r=rg(M−αIn)r = \text{rg}(M - \alpha I_n) le rang de la matrice dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

D'après le théorème du rang, si l'on note g=dim⁡Cker⁡(M−αIn)g = \dim_{\mathbb{C}} \ker(M - \alpha I_n) la multiplicité géométrique de α\alpha en tant que valeur propre de MM, on a :

rg(M−αIn)=n−g\text{rg}(M - \alpha I_n) = n - g

1. Recherche d'une borne inférieure sur le rang.

Supposons que g>0g > 0, c'est-à-dire que α\alpha est une valeur propre de MM.

Le polynôme caractéristique χM\chi_M appartient à Q[X]\mathbb{Q}[X]. Comme α\alpha est une racine de χM\chi_M et que PαP_\alpha est le polynôme minimal de α\alpha sur Q\mathbb{Q} (donc irréductible sur Q\mathbb{Q}), on sait que PαP_\alpha divise χM\chi_M.

De manière plus précise, il existe une base de Qn\mathbb{Q}^n dans laquelle la matrice de l'endomorphisme associé à MM est diagonale par blocs :

mat(u)=diag(CQ1,CQ2,…,CQk)\text{mat}(u) = \text{diag}(C_{Q_1}, C_{Q_2}, \dots, C_{Q_k})
où chaque CQiC_{Q_i} est la matrice compagnon d'un polynôme Qi∈Q[X]Q_i \in \mathbb{Q}[X] tel que ∑i=1kdeg⁡(Qi)=n\sum_{i=1}^k \deg(Q_i) = n.

L'espace propre de MM associé à α\alpha dans Cn\mathbb{C}^n est la somme directe des espaces propres des blocs CQiC_{Q_i} associés à α\alpha. Or, pour une matrice compagnon CQC_Q, la dimension de n'importe quel sous-espace propre est au plus 1.

Ainsi, le bloc CQiC_{Q_i} possède α\alpha comme valeur propre si et seulement si Qi(α)=0Q_i(\alpha) = 0. Comme Qi∈Q[X]Q_i \in \mathbb{Q}[X], cela équivaut à dire que PαP_\alpha divise QiQ_i.

Si PαP_\alpha divise QiQ_i, alors deg⁡(Qi)≥deg⁡(Pα)=d\deg(Q_i) \ge \deg(P_\alpha) = d.

Soit mm le nombre d'indices ii tels que PαP_\alpha divise QiQ_i. On a alors g=mg = m (car chaque bloc contribue au plus pour 1 à la dimension de l'espace propre). On en déduit :

n=∑i=1kdeg⁡(Qi)≥∑Pα∣Qideg⁡(Qi)≥m⋅d=g⋅dn = \sum_{i=1}^k \deg(Q_i) \ge \sum_{P_\alpha | Q_i} \deg(Q_i) \ge m \cdot d = g \cdot d

On obtient donc l'inégalité fondamentale :

g≤⌊nd⌋\boxed{g \le \left\lfloor \frac{n}{d} \right\rfloor}

En réinjectant ce résultat dans l'expression du rang, on trouve :

rg(M−αIn)=n−g≥n−⌊nd⌋\text{rg}(M - \alpha I_n) = n - g \ge n - \left\lfloor \frac{n}{d} \right\rfloor

2. Construction d'une matrice atteignant cette borne.

Effectuons la division euclidienne de nn par dd : n=qd+rn = qd + r avec 0≤r<d0 \le r < d.

Considérons la matrice C∈Md(Q)C \in \mathcal{M}_d(\mathbb{Q}) qui est la matrice compagnon du polynôme PαP_\alpha. Par définition, χC=Pα\chi_C = P_\alpha, donc α\alpha est valeur propre de CC.

Comme α\alpha est une racine simple de PαP_\alpha (car PαP_\alpha est irréductible sur Q\mathbb{Q} et de caractéristique nulle), on a dim⁡ker⁡(C−αId)=1\dim \ker(C - \alpha I_d) = 1. Le rang de C−αIdC - \alpha I_d est donc d−1d - 1.

Définissons la matrice MM par blocs :

M=(C⋱CIr)∈Mn(Q)M = \begin{pmatrix} C & & &
& \ddots & &
& & C &
& & & I_r \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q})
où le bloc CC est répété qq fois.

Calculons le rang de M−αInM - \alpha I_n :

rg(M−αIn)=q⋅rg(C−αId)+rg(Ir−αIr)\text{rg}(M - \alpha I_n) = q \cdot \text{rg}(C - \alpha I_d) + \text{rg}(I_r - \alpha I_r)

Comme le degré de α\alpha est dd, si d>1d > 1, alors α∉Q\alpha \notin \mathbb{Q}, donc α≠1\alpha \neq 1. Si d=1d=1, alors α∈Q\alpha \in \mathbb{Q} et α=Pα\alpha = P_\alpha. Dans tous les cas, pour le bloc IrI_r, comme r<dr < d, α\alpha ne peut pas être racine d'un polynôme de degré rr à coefficients rationnels (sauf si r=0r=0). Donc Ir−αIrI_r - \alpha I_r est inversible, de rang rr.

On a alors :

rg(M−αIn)=q(d−1)+r=(qd+r)−q=n−q\text{rg}(M - \alpha I_n) = q(d-1) + r = (qd + r) - q = n - q

Comme q=⌊n/d⌋q = \lfloor n/d \rfloor, la borne est atteinte.

Conclusion :

min⁡M∈Mn(Q)rg(M−αIn)=n−⌊nd⌋\boxed{\min_{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q})} \text{rg}(M - \alpha I_n) = n - \left\lfloor \frac{n}{d} \right\rfloor}

L'erreur classique est d'oublier que le rang est calculé sur C\mathbb{C}. Il faut bien distinguer les coefficients de la matrice (dans Q\mathbb{Q}) et la valeur propre α\alpha (dans C\mathbb{C}). Un autre piège est de supposer n≥dn \ge d sans traiter le cas général ; si n<dn < d, le minimum est nn.