WikiPrépaLivrets

Soient AA et BB deux matrices appartenant à M2(Z)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{Z}).

On suppose que pour tout entier k∈{0,1,2,3,4}k \in \{0, 1, 2, 3, 4\}, la matrice A+kBA + kB est inversible dans M2(Z)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{Z}).

Démontrer que la matrice A+5BA + 5B est également inversible dans M2(Z)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{Z}).

1.

Rappeler la condition nécessaire et suffisante pour qu'une matrice à coefficients entiers soit inversible dans Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}).

2.

Étudier la fonction f:x↦det⁡(A+xB)f : x \mapsto \det(A + xB) en tant que polynôme. Quel est son degré maximal ?

3.

Utiliser le principe des tiroirs de Dirichlet sur les valeurs prises par ce polynôme aux points 0,1,2,30, 1, 2, 3 et 44.

Idées clés

•

Caractérisation de l'inversibilité sur Z\mathbb{Z} : M∈GLn(Z)  ⟺  det⁡(M)∈{1,−1}M \in GL_n(\mathbb{Z}) \iff \det(M) \in \{1, -1\}.

•

Propriété polynomiale du déterminant : x↦det⁡(A+xB)x \mapsto \det(A + xB) est un polynôme de degré au plus nn.

•

Principe des tiroirs : si l'on range nn objets dans mm tiroirs avec n>mn > m, au moins un tiroir contient deux objets.

Résolution.

Considérons l'application PP définie pour tout complexe xx par :

P(x)=det⁡(A+xB)P(x) = \det(A + xB)

D'après la formule du déterminant (développement par rapport aux lignes ou formule de Leibniz), PP est un polynôme en xx.

Comme les matrices AA et BB sont de taille 2×22 \times 2, le degré de ce polynôme est limité :

deg⁡(P)≤2\boxed{\deg(P) \le 2}

Une matrice M∈M2(Z)M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{Z}) est inversible dans M2(Z)\mathcal{M}_2(\mathbb{Z}) si et seulement si son déterminant est un élément inversible de l'anneau Z\mathbb{Z}.

Les seuls éléments inversibles de Z\mathbb{Z} sont 11 et −1-1. L'énoncé nous indique donc que :

∀k∈{0,1,2,3,4},P(k)∈{1,−1}\forall k \in \{0, 1, 2, 3, 4\},   P(k) \in \{1, -1\}

Nous disposons de 5 points d'évaluation {0,1,2,3,4}\{0, 1, 2, 3, 4\} et de seulement 2 valeurs possibles pour P(k)P(k), à savoir 11 ou −1-1.

D'après le principe des tiroirs (ou principe de Dirichlet), l'une de ces deux valeurs doit être prise au moins trois fois par le polynôme PP.

Supposons, sans perte de généralité, que la valeur 11 est prise au moins trois fois.

Il existe donc trois entiers distincts i,j,l∈{0,…,4}i, j, l \in \{0, \dots, 4\} tels que :

P(i)=P(j)=P(l)=1P(i) = P(j) = P(l) = 1

Le polynôme Q(x)=P(x)−1Q(x) = P(x) - 1 possède alors au moins trois racines distinctes. Or, nous avons établi que :

deg⁡(Q)=deg⁡(P)≤2\deg(Q) = \deg(P) \le 2

Un polynôme de degré au plus 2 possédant 3 racines distinctes est nécessairement le polynôme nul. On en déduit que :

∀x∈C,P(x)=1\forall x \in \mathbb{C},   P(x) = 1

De la même manière, si la valeur −1-1 était celle répétée trois fois, on aurait P(x)=−1P(x) = -1 pour tout xx.

Dans tous les cas, le polynôme PP est constant sur C\mathbb{C}. Il prend donc la même valeur en tout point, en particulier :

det⁡(A+5B)=P(5)=P(0)\det(A + 5B) = P(5) = P(0)

Comme P(0)∈{1,−1}P(0) \in \{1, -1\} par hypothèse (AA est inversible dans M2(Z)\mathcal{M}_2(\mathbb{Z})), on en conclut que :

det⁡(A+5B)∈{1,−1}\boxed{\det(A + 5B) \in \{1, -1\}}

Conclusion : La matrice A+5BA + 5B est inversible dans M2(Z)\mathcal{M}_2(\mathbb{Z}).

L'erreur classique est d'oublier que l'inversibilité dans Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) impose une contrainte beaucoup plus forte sur le déterminant que l'inversibilité dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Sur R\mathbb{R}, on a une infinité de valeurs possibles pour le déterminant, alors que sur Z\mathbb{Z}, il n'y en a que deux.