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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(Z)A \in \mathrm{M}_{n}(\mathbb{Z}) une matrice que l'on suppose diagonalisable dans Mn(C)\mathrm{M}_n(\mathbb{C}). On suppose de plus que toutes les valeurs propres de AA sont des entiers relatifs.

Pour tout nombre premier pp, on note Aˉ∈Mn(Z/pZ)\bar{A} \in \mathrm{M}_{n}(\mathbb{Z} / p \mathbb{Z}) la matrice obtenue en réduisant chaque coefficient de AA modulo pp.

Démontrer que pour tout nombre premier pp, à l'exception d'un nombre fini d'entre eux, la matrice Aˉ\bar{A} est diagonalisable dans Mn(Z/pZ)\mathrm{M}_{n}(\mathbb{Z} / p \mathbb{Z}).

1.

Exprimer le fait que AA est diagonalisable à l'aide de son polynôme minimal πA\pi_A.

2.

Montrer que la réduction modulo pp du polynôme πA\pi_A, notée πA‾\overline{\pi_A}, est un polynôme annulateur de Aˉ\bar{A} dans (Z/pZ)[X](\mathbb{Z}/p\mathbb{Z})[X].

3.

Utiliser une relation de Bézout entre πA\pi_A et sa dérivée πA′\pi_A' dans Q[X]\mathbb{Q}[X], puis se ramener à une relation dans Z[X]\mathbb{Z}[X] pour identifier les nombres premiers "problématiques".

Idées clés

•

Caractérisation de la diagonalisabilité par le polynôme minimal (scindé à racines simples).

•

Passage de Z\mathbb{Z} à Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} par morphisme de réduction.

•

Lien entre racines multiples et PGCD d'un polynôme avec sa dérivée.

Résolution.

  1. Étude du polynôme minimal de AA. Par hypothèse, la matrice AA est diagonalisable et ses valeurs propres sont des entiers. Notons λ1,…,λk\lambda_1, \dots, \lambda_k les valeurs propres distinctes de AA. Puisque ces valeurs sont dans Z\mathbb{Z}, le polynôme minimal de AA s'écrit :
    πA=∏i=1k(X−λi)\pi_A = \prod_{i=1}^k (X - \lambda_i)
    Ce polynôme πA\pi_A appartient à Z[X]\mathbb{Z}[X]. Il est scindé à racines simples dans Z[X]\mathbb{Z}[X] (et donc dans Q[X]\mathbb{Q}[X]).
  2. Construction d'un polynôme annulateur de Aˉ\bar{A.} Soit φp:Z→Z/pZ\varphi_p : \mathbb{Z} \to \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} le morphisme de réduction modulo pp. On l'étend naturellement aux matrices et aux polynômes. On a A∈Mn(Z)A \in \mathrm{M}_n(\mathbb{Z}) et πA(A)=0n\pi_A(A) = 0_n. En appliquant la réduction modulo pp à cette égalité matricielle, on obtient :
    πA‾(Aˉ)=0ˉn\overline{\pi_A}(\bar{A}) = \bar{0}_n
    Ainsi, le polynôme πA‾∈(Z/pZ)[X]\overline{\pi_A} \in (\mathbb{Z}/p\mathbb{Z})[X] est un polynôme annulateur de Aˉ\bar{A}. Comme πA=∏i=1k(X−λi)\pi_A = \prod_{i=1}^k (X - \lambda_i), sa réduction modulo pp est :
    πA‾=∏i=1k(X−λˉi)\overline{\pi_A} = \prod_{i=1}^k (X - \bar{\lambda}_i)
    Ce polynôme est clairement scindé dans (Z/pZ)[X](\mathbb{Z}/p\mathbb{Z})[X].
  3. Condition de diagonalisabilité de Aˉ\bar{A.} La matrice Aˉ\bar{A} est diagonalisable sur Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} si elle possède un polynôme annulateur scindé à racines simples sur ce corps. Le polynôme πA‾\overline{\pi_A} est scindé. Il possède des racines simples si et seulement si les λˉi\bar{\lambda}_i sont deux à deux distincts dans Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}.
  4. Analyse des racines multiples modulo pp. Puisque πA\pi_A est à racines simples dans C\mathbb{C}, il est premier avec son polynôme dérivé πA′\pi_A' dans Q[X]\mathbb{Q}[X]. D'après le théorème de Bézout, il existe deux polynômes U,V∈Q[X]U, V \in \mathbb{Q}[X] tels que :
    UπA+VπA′=1U \pi_A + V \pi_A' = 1
    En multipliant cette égalité par le produit des dénominateurs des coefficients de UU et VV, on obtient l'existence de U1,V1∈Z[X]U_1, V_1 \in \mathbb{Z}[X] et d'un entier D∈Z∗D \in \mathbb{Z}^* tels que :
    U1πA+V1πA′=D\boxed{ U_1 \pi_A + V_1 \pi_A' = D }
    Passons maintenant à la réduction modulo pp dans cette égalité :
    U1‾⋅πA‾+V1‾⋅πA′‾=Dˉ\overline{U_1} \cdot \overline{\pi_A} + \overline{V_1} \cdot \overline{\pi_A'} = \bar{D}
    Si le nombre premier pp ne divise pas DD, alors Dˉ≠0ˉ\bar{D} \neq \bar{0} dans Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}. Dans ce cas, le PGCD de πA‾\overline{\pi_A} et πA′‾\overline{\pi_A'} est égal à 11 dans (Z/pZ)[X](\mathbb{Z}/p\mathbb{Z})[X]. Cela implique que πA‾\overline{\pi_A} n'a pas de racine multiple dans toute extension de Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}.
  5. Conclusion. L'entier DD étant non nul, il n'admet qu'un nombre fini de diviseurs premiers. Pour tout nombre premier pp tel que p∤Dp \nmid D, le polynôme πA‾\overline{\pi_A} est un polynôme annulateur de Aˉ\bar{A}, scindé et à racines simples sur Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}.
    Pour presque tout p,Aˉ est diagonalisable.\boxed{\text{Pour presque tout } p, \bar{A} \text{ est diagonalisable.}}

Il ne suffit pas de dire que les λi\lambda_i sont distincts. Il faut s'assurer qu'ils ne deviennent pas "égaux" modulo pp. L'erreur classique est d'oublier de quantifier le nombre de pp pour lesquels λi≡λj(modp)\lambda_i \equiv \lambda_j \pmod p.