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[A]$}

Soit nn un entier naturel supérieur ou égal à 22. On considère la matrice A∈Mn(Q)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{Q}) définie par :

A=(00…0210…0001…00⋮⋮⋱⋮⋮00…10)A = \begin{pmatrix} 0 & 0 & \ldots & 0 & 2
1 & 0 & \dots & 0 & 0
0 & 1 & \dots & 0 & 0
\vdots & \vdots & \ddots & \vdots & \vdots
0 & 0 & \ldots & 1 & 0 \end{pmatrix}

  1. Déterminer le polynôme minimal de AA, noté μA\mu_{A}.
  2. Déterminer le spectre de AA dans C\mathbb{C}, ainsi que les sous-espaces propres associés.
  3. Établir que le polynôme μA\mu_{A} est irréductible dans Q[X]\mathbb{Q}[X].
  4. Démontrer que la sous-algèbre Q[A]\mathbb{Q}[A] de Mn(Q)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{Q}) est un corps pour les lois usuelles.
  5. Déterminer l'ensemble des sous-espaces de Qn\mathbb{Q}^{n} stables par l'endomorphisme canoniquement associé à AA.

1.

Pour μA\mu_A, on pourra observer l'image des vecteurs de la base canonique (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) et montrer que e1e_1 est un vecteur cyclique.

2.

Pour l'irréductibilité sur Q\mathbb{Q}, le critère d'Eisenstein est un outil parfaitement adapté ici.

3.

Pour la structure de corps, utiliser l'isomorphisme entre Q[X]/(μA)\mathbb{Q}[X] / (\mu_A) et Q[A]\mathbb{Q}[A].

4.

Pour les sous-espaces stables, se souvenir que si FF est stable par uu, le polynôme minimal de l'endomorphisme induit divise le polynôme minimal de uu.

Idées clés

•

Vecteur cyclique et lien avec le polynôme minimal.

•

Critère d'Eisenstein pour l'irréductibilité sur Q\mathbb{Q}.

•

Lien entre l'irréductibilité du polynôme minimal et l'absence de sous-espaces stables non triviaux.

Résolution.

  1. Soit B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) la base canonique de Qn\mathbb{Q}^n. L'examen de la matrice AA montre que :
    Ae1=e2,Ae2=e3,…,Aen−1=en,etAen=2e1Ae_1 = e_2,   Ae_2 = e_3,   \dots,   Ae_{n-1} = e_n,   \text{et}   Ae_n = 2e_1

    On en déduit par récurrence immédiate que pour tout k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \dots, n-1\}, Ake1=ek+1A^k e_1 = e_{k+1}. La famille (e1,Ae1,…,An−1e1)(e_1, Ae_1, \dots, A^{n-1}e_1) n'est autre que la base canonique, elle est donc libre. Cela implique que le polynôme minimal μA\mu_A est de degré au moins nn.

    De plus, Ane1=A(An−1e1)=Aen=2e1A^n e_1 = A(A^{n-1} e_1) = A e_n = 2e_1, donc (An−2I)e1=0(A^n - 2I)e_1 = 0. Puisque e1e_1 est un vecteur cyclique (ses images successives engendrent l'espace), la relation (An−2I)e1=0(A^n - 2I)e_1 = 0 entraîne An−2I=0A^n - 2I = 0.

    Le polynôme P(X)=Xn−2P(X) = X^n - 2 est un polynôme annulateur de AA, unitaire et de degré nn. Par argument de degré :

    μA(X)=Xn−2\boxed{\mu_A(X) = X^n - 2}

  2. Dans C\mathbb{C}, les valeurs propres de AA sont les racines du polynôme minimal μA\mu_A. On cherche donc les complexes zz tels que zn=2z^n = 2. En posant z=reiθz = r e^{i\theta}, on obtient rn=2r^n = 2 et nθ≡0(mod2π)n\theta \equiv 0 \pmod{2\pi}.

    Le spectre complexe est donc :

    SpC(A)={2ne2ikπn∣k∈{0,…,n−1}}\boxed{\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) = \left\{ \sqrt[n]{2} e^{\frac{2ik\pi}{n}} \mid k \in \{0, \dots, n-1\} \right\}}

    Pour une valeur propre λ∈SpC(A)\lambda \in \text{Sp}_{\mathbb{C}}(A), un vecteur v=∑j=1nxjejv = \sum_{j=1}^n x_j e_j est propre si Av=λvAv = \lambda v, ce qui donne le système :

    λx1=2xn,λx2=x1,λx3=x2,…,λxn=xn−1\lambda x_1 = 2x_n,   \lambda x_2 = x_1,   \lambda x_3 = x_2,   \dots,   \lambda x_n = x_{n-1}
    On en tire xj=1λj−1x1x_j = \frac{1}{\lambda^{j-1}} x_1 pour tout jj. Le sous-espace propre est donc la droite :
    Eλ(A)=Vect(∑j=1n1λj−1ej)\boxed{E_\lambda(A) = \text{Vect}\left( \sum_{j=1}^n \frac{1}{\lambda^{j-1}} e_j \right)}

  3. Appliquons le critère d'Eisenstein au polynôme P(X)=Xn−2P(X) = X^n - 2 dans Z[X]\mathbb{Z}[X]. Considérons le nombre premier p=2p = 2.
    • pp divise tous les coefficients de PP sauf celui du terme de plus haut degré (ici 11).
    • p2=4p^2 = 4 ne divise pas le coefficient constant (ici −2-2).

    D'après le critère d'Eisenstein, PP est irréductible dans Z[X]\mathbb{Z}[X]. Par le lemme de Gauss, un polynôme de Z[X]\mathbb{Z}[X] irréductible dans Z[X]\mathbb{Z}[X] l'est aussi dans Q[X]\mathbb{Q}[X]. Ainsi, μA\mu_A est irréductible sur Q\mathbb{Q}.

  4. Q[A]\mathbb{Q}[A] est une sous-algèbre de Mn(Q)\mathcal{M}_n(\mathbb{Q}), c'est donc déjà un anneau commutatif unitaire. Soit Φ:Q[X]→Q[A]\Phi : \mathbb{Q}[X] \to \mathbb{Q}[A] le morphisme d'algèbres défini par Φ(P)=P(A)\Phi(P) = P(A). Par définition, ker⁡Φ\ker \Phi est l'idéal engendré par le polynôme minimal μA\mu_A. D'après le théorème d'isomorphisme, Q[A]≃Q[X]/(μA)\mathbb{Q}[A] \simeq \mathbb{Q}[X] / (\mu_A).

    Or, μA\mu_A est irréductible dans Q[X]\mathbb{Q}[X], qui est un anneau principal. L'idéal (μA)(\mu_A) est donc maximal. Par conséquent, l'anneau quotient Q[X]/(μA)\mathbb{Q}[X] / (\mu_A) est un corps.

    Q[A] est un corps.\boxed{\mathbb{Q}[A] \text{ est un corps.}}

  5. Soit FF un sous-espace de Qn\mathbb{Q}^n stable par AA. On note uu l'endomorphisme induit par AA sur FF. Le polynôme minimal μu\mu_u de cet endomorphisme induit divise le polynôme minimal μA\mu_A.

    Or, nous avons montré que μA\mu_A est irréductible dans Q[X]\mathbb{Q}[X]. Ses seuls diviseurs unitaires sont donc 11 et μA\mu_A lui-même.

    Premier cas : μu=1\mu_u = 1. Cela signifie que I∣F=0I_{|F} = 0, ce qui n'est possible que si F={0}F = \{0\}.

    Second cas : μu=μA\mu_u = \mu_A. Dans ce cas, dim⁡F≥deg⁡(μu)=deg⁡(μA)=n\dim F \ge \deg(\mu_u) = \deg(\mu_A) = n. Comme F⊂QnF \subset \mathbb{Q}^n, on a nécessairement F=QnF = \mathbb{Q}^n.

    En conclusion, les seuls sous-espaces de Qn\mathbb{Q}^n stables par AA sont les sous-espaces triviaux :

    S={{0},Qn}\boxed{\mathcal{S} = \{ \{0\}, \mathbb{Q}^n \}}

Une erreur fréquente est de chercher des sous-espaces stables en dimension 1 (droites propres) sur Q\mathbb{Q}. Or, μA=Xn−2\mu_A = X^n - 2 n'a pas de racine dans Q\mathbb{Q} pour n≥2n \ge 2, donc AA ne possède aucune valeur propre rationnelle, et ainsi aucune droite stable.