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Soit F2=Z/2Z\mathbb{F}_2 = \mathbb{Z}/2\mathbb{Z} le corps fini à deux éléments. On s'intéresse au groupe des matrices inversibles d'ordre 2 à coefficients dans ce corps, noté GL2(F2)GL_2(\mathbb{F}_2).

  1. Calculer le cardinal de GL2(F2)GL_2(\mathbb{F}_2).
  2. En étudiant l'action du groupe GL2(F2)GL_2(\mathbb{F}_2) sur l'ensemble des vecteurs non nuls de (F2)2(\mathbb{F}_2)^2, identifier un groupe classique auquel GL2(F2)GL_2(\mathbb{F}_2) est isomorphe.

1.

Pour la question 1, dénombrer les bases de l'espace vectoriel (F2)2(\mathbb{F}_2)^2. Une matrice est inversible si et seulement si ses colonnes forment une base.

2.

Pour la question 2, l'espace (F2)2(\mathbb{F}_2)^2 contient un nombre fini de vecteurs. Considérer l'ensemble X=(F2)2∖{(0,0)}X = (\mathbb{F}_2)^2 \setminus \{(0,0)\}. Montrer qu'une matrice de GL2(F2)GL_2(\mathbb{F}_2) définit une permutation de cet ensemble XX.

Idées clés

•

Dénombrement de bases dans un espace vectoriel fini.

•

Morphisme d'un groupe vers un groupe de permutations (action de groupe).

•

Injectivité par l'image de la base canonique.

Résolution.

  1. Une matrice M∈M2(F2)M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{F}_2) appartient à GL2(F2)GL_2(\mathbb{F}_2) si et seulement si ses colonnes (C1,C2)(C_1, C_2) forment une base de E=(F2)2E = (\mathbb{F}_2)^2. Le corps F2\mathbb{F}_2 contient 2 éléments, donc l'espace EE contient 22=42^2 = 4 vecteurs. Pour construire une base (C1,C2)(C_1, C_2) :
    • Le vecteur C1C_1 doit être non nul. Il y a 22−1=32^2 - 1 = 3 choix possibles.
    • Le vecteur C2C_2 ne doit pas appartenir à la droite vectorielle engendrée par C1C_1. Comme nous sommes sur F2\mathbb{F}_2, cette droite est Vect(C1)={0,C1}Vect(C_1) = \{0, C_1\}. Il y a donc 22−2=22^2 - 2 = 2 choix possibles pour C2C_2.
    Le nombre total de bases est donc 3×2=63 \times 2 = 6.
    card(GL2(F2))=6\boxed{\text{card}(GL_2(\mathbb{F}_2)) = 6}

  2. Posons X=E∖{(0,0)}X = E \setminus \{(0,0)\}. L'ensemble XX contient 4−1=34 - 1 = 3 éléments distincts :
    v1=(10),v2=(01),v3=(11)v_1 = \begin{pmatrix} 1
    0 \end{pmatrix},   v_2 = \begin{pmatrix} 0
    1 \end{pmatrix},   v_3 = \begin{pmatrix} 1
    1 \end{pmatrix}
    Soit M∈GL2(F2)M \in GL_2(\mathbb{F}_2). Puisque MM est inversible, l'application linéaire associée est un automorphisme de EE. Elle envoie donc un vecteur non nul sur un vecteur non nul. L'application ϕM:x↦Mx\phi_M : x \mapsto Mx induit une permutation de l'ensemble fini XX. On définit alors l'application suivante :
    Φ:{GL2(F2)→S(X)M↦σM\Phi : \begin{cases} GL_2(\mathbb{F}_2) \to \mathfrak{S}(X)
    M \mapsto \sigma_M \end{cases}
    où σM\sigma_M est la permutation de XX définie par σM(v)=Mv\sigma_M(v) = Mv. Par propriété du produit matriciel, on a Φ(MM′)=Φ(M)∘Φ(M′)\Phi(MM') = \Phi(M) \circ \Phi(M'), donc Φ\Phi est un morphisme de groupes. Déterminons le noyau de Φ\Phi. Si M∈ker⁡(Φ)M \in \ker(\Phi), alors pour tout v∈Xv \in X, Mv=vMv = v. En particulier :
    Mv1=v1etMv2=v2M v_1 = v_1   \text{et}   M v_2 = v_2
    Comme (v1,v2)(v_1, v_2) est la base canonique de (F2)2(\mathbb{F}_2)^2, la matrice MM est nécessairement l'identité I2I_2. Le noyau est donc réduit à l'élément neutre : Φ\Phi est injectif. Or, on a déterminé que card(GL2(F2))=6\text{card}(GL_2(\mathbb{F}_2)) = 6 et on sait que card(S(X))=3!=6\text{card}(\mathfrak{S}(X)) = 3! = 6. Une application injective entre deux ensembles finis de même cardinal est bijective. Ainsi, Φ\Phi est un isomorphisme de groupes.
    GL2(F2)≅S3\boxed{GL_2(\mathbb{F}_2) \cong \mathfrak{S}_3}

Attention à ne pas oublier que sur un corps fini, la condition "libre" pour une famille de vecteurs se traduit par un décompte précis : chaque nouveau vecteur choisi ne doit pas être dans le sous-espace engendré par les précédents.