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Soit pp un nombre premier. On considère un vecteur (a0,a1,…,ap−2)∈Fpp−1(a_0, a_1, \dots, a_{p-2}) \in \mathbb{F}_p^{p-1}. On définit la matrice M∈Mp−1(Fp)M \in \mathcal{M}_{p-1}(\mathbb{F}_p) par :

M=(a0a1⋯ap−2ap−2a0a1⋮⋮⋱⋱a1a1⋯ap−2a0)M = \begin{pmatrix} a_0 & a_1 & \cdots & a_{p-2}
a_{p-2} & a_0 & a_1 & \vdots
\vdots & \ddots & \ddots & a_1
a_1 & \cdots & a_{p-2} & a_0 \end{pmatrix}

C'est-à-dire que pour tout (i,j)∈{1,…,p−1}2(i,j) \in \{1, \dots, p-1\}^2, le coefficient Mi,jM_{i,j} est a(j−i)(modp−1)a_{(j-i) \pmod{p-1}}.

  1. Établir que la matrice MM est diagonalisable dans Mp−1(Fp)\mathcal{M}_{p-1}(\mathbb{F}_p).
  2. Déterminer explicitement une matrice diagonale semblable à MM.

1.

Exprimer MM comme un polynôme en la matrice de permutation circulaire JJ.

2.

Utiliser le petit théorème de Fermat pour factoriser le polynôme Xp−1−1X^{p-1}-1 dans Fp[X]\mathbb{F}_p[X].

3.

Conclure sur la diagonalisabilité de JJ, puis celle de MM, en utilisant un critère polynomial.

Idées clés

•

Décomposition sur la base des matrices de permutation.

•

Utilisation du petit théorème de Fermat pour trouver les racines de l'unité.

•

Diagonalisabilité des polynômes d'endomorphismes diagonalisables.

Résolution.

  1. Introduisons la matrice de permutation circulaire J∈Mp−1(Fp)J \in \mathcal{M}_{p-1}(\mathbb{F}_p) définie par :
    J=(010⋯0001⋯0⋮⋮⋱⋱⋮00⋯0110⋯00)J = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 & \cdots & 0
    0 & 0 & 1 & \cdots & 0
    \vdots & \vdots & \ddots & \ddots & \vdots
    0 & 0 & \cdots & 0 & 1
    1 & 0 & \cdots & 0 & 0 \end{pmatrix}

    On remarque par calcul direct des puissances de JJ que la matrice MM s'écrit comme un polynôme en JJ :

    M=∑k=0p−2akJk\boxed{M = \sum_{k=0}^{p-2} a_k J^k}

    La matrice JJ vérifie la relation Jp−1=Ip−1J^{p-1} = I_{p-1}. Par conséquent, le polynôme P(X)=Xp−1−1∈Fp[X]P(X) = X^{p-1} - 1 \in \mathbb{F}_p[X] est un polynôme annulateur de JJ.

    Cherchons les racines de PP dans Fp\mathbb{F}_p. D'après le petit théorème de Fermat, pour tout élément non nul x∈Fp∗x \in \mathbb{F}_p^*, on a xp−1=1x^{p-1} = 1.

    Comme le corps Fp\mathbb{F}_p possède exactement p−1p-1 éléments non nuls, le polynôme PP possède p−1p-1 racines distinctes dans Fp\mathbb{F}_p, qui sont {1,2,…,p−1}\{1, 2, \dots, p-1\}. On a donc la factorisation :

    Xp−1−1=∏x∈Fp∗(X−x)X^{p-1} - 1 = \prod_{x \in \mathbb{F}_p^*} (X - x)

    Le polynôme annulateur PP est scindé à racines simples sur Fp\mathbb{F}_p. On en déduit que la matrice JJ est diagonalisable sur Fp\mathbb{F}_p.

    Comme MM est un polynôme en JJ, et que JJ est diagonalisable, alors MM est également diagonalisable dans Mp−1(Fp)\mathcal{M}_{p-1}(\mathbb{F}_p).

  2. Les valeurs propres de JJ sont les racines de son polynôme minimal. Comme Jk≠IJ^k \neq I pour 1≤k<p−11 \le k < p-1, le polynôme minimal de JJ est exactement Xp−1−1X^{p-1}-1. Le spectre de JJ est donc :
    Sp(J)={1,2,…,p−1}=Fp∗\text{Sp}(J) = \{1, 2, \dots, p-1\} = \mathbb{F}_p^*

    Soit Q(X)=∑k=0p−2akXkQ(X) = \sum_{k=0}^{p-2} a_k X^k le polynôme tel que M=Q(J)M = Q(J). Les valeurs propres de MM sont les images des valeurs propres de JJ par QQ. Ainsi, les valeurs propres de MM sont les éléments λj\lambda_j pour j∈{1,…,p−1}j \in \{1, \dots, p-1\} définis par :

    λj=Q(j)=∑k=0p−2akjk\lambda_j = Q(j) = \sum_{k=0}^{p-2} a_k j^k

    Une matrice diagonale DD semblable à MM est donc donnée par :

    D=diag(∑k=0p−2ak,∑k=0p−2ak2k,…,∑k=0p−2ak(p−1)k)\boxed{D = \text{diag}\left( \sum_{k=0}^{p-2} a_k, \sum_{k=0}^{p-2} a_k 2^k, \dots, \sum_{k=0}^{p-2} a_k (p-1)^k \right)}

Ne pas confondre la taille de la matrice (p−1p-1) avec le nombre premier pp. Ici, la dimension est p−1p-1 pour que les racines de l'unité soient exactement les éléments du corps privé de zéro.