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Soit K\mathbb{K} un corps fini de cardinal qq. On considère l'espace vectoriel Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) des matrices carrées d'ordre nn à coefficients dans K\mathbb{K}.

Pour tout entier n∈N∗n \in \mathbb{N}^{*}, on note DnD_{n} le nombre de matrices diagonalisables de Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}).

Calculer explicitement les valeurs de D2D_{2} et D3D_{3} en fonction de qq.

1.

Rappeler qu'une matrice est diagonalisable sur K\mathbb{K} si et seulement si elle est semblable à une matrice diagonale.

2.

Utiliser l'action par conjugaison du groupe linéaire GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) sur l'ensemble des matrices.

3.

Appliquer la formule de l'orbite-stabilisateur : le cardinal de l'orbite d'une matrice diagonale Δ\Delta est égal au quotient du cardinal de GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) par le cardinal du commutant de Δ\Delta dans GLn(K)GL_n(\mathbb{K}).

4.

Distinguer les cas selon le nombre de valeurs propres distinctes (partitions de nn).

Idées clés

•

Une matrice M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est diagonalisable sur K\mathbb{K} ssi il existe P∈GLn(K)P \in GL_n(\mathbb{K}) telle que P−1MPP^{-1}MP soit diagonale.

•

Le nombre de matrices semblables à une matrice diagonale Δ\Delta est donné par ∣GLn(K)∣∣C(Δ)∩GLn(K)∣\frac{|GL_n(\mathbb{K})|}{|C(\Delta) \cap GL_n(\mathbb{K})|}.

•

Le cardinal de GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) est donné par ∏k=0n−1(qn−qk)\prod_{k=0}^{n-1} (q^n - q^k).

1. Préliminaires : Cardinaux des groupes linéaires

Le cardinal du groupe GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) correspond au nombre de bases de Kn\mathbb{K}^n. On a :

∣GLn(K)∣=(qn−1)(qn−q)(qn−q2)…(qn−qn−1)|GL_n(\mathbb{K})| = (q^n - 1)(q^n - q)(q^n - q^2) \dots (q^n - q^{n-1})

Pour les calculs suivants, nous aurons besoin de :

∣GL1(K)∣=q−1\boxed{|GL_1(\mathbb{K})| = q-1}
∣GL2(K)∣=(q2−1)(q2−q)=q(q−1)2(q+1)\boxed{|GL_2(\mathbb{K})| = (q^2-1)(q^2-q) = q(q-1)^2(q+1)}
∣GL3(K)∣=(q3−1)(q3−q)(q3−q2)=q3(q−1)3(q+1)(q2+q+1)\boxed{|GL_3(\mathbb{K})| = (q^3-1)(q^3-q)(q^3-q^2) = q^3(q-1)^3(q+1)(q^2+q+1)}

2. Calcul de D2D_2

Une matrice de M2(K)\mathcal{M}_2(\mathbb{K}) est diagonalisable si elle est semblable à une matrice diag(λ,μ)\text{diag}(\lambda, \mu). Deux matrices diagonales sont semblables si et seulement si elles ont les mêmes éléments diagonaux à l'ordre près.

Cas 1 : Une seule valeur propre double (λ=μ\lambda = \mu).

Les matrices sont de la forme λI2\lambda I_2. Il y a qq choix pour λ\lambda. Chaque matrice est seule dans son orbite (elle commute avec tout le monde).

Nombre de matrices=q×1=q\text{Nombre de matrices} = q \times 1 = q

Cas 2 : Deux valeurs propres distinctes (λ≠μ\lambda \neq \mu).

Il y a (q2)=q(q−1)2\binom{q}{2} = \frac{q(q-1)}{2} ensembles de valeurs propres possibles {λ,μ}\{\lambda, \mu\}. Pour une matrice D=diag(λ,μ)D = \text{diag}(\lambda, \mu), son commutant dans GL2(K)GL_2(\mathbb{K}) est l'ensemble des matrices diagonales inversibles (car λ≠μ\lambda \neq \mu). Le cardinal du stabilisateur est donc (q−1)2(q-1)^2.

L'orbite de DD a pour cardinal :

∣GL2(K)∣(q−1)2=q(q−1)2(q+1)(q−1)2=q(q+1)\frac{|GL_2(\mathbb{K})|}{(q-1)^2} = \frac{q(q-1)^2(q+1)}{(q-1)^2} = q(q+1)

Le nombre de matrices dans ce cas est :

q(q−1)2×q(q+1)=q2(q2−1)2\frac{q(q-1)}{2} \times q(q+1) = \frac{q^2(q^2-1)}{2}

Conclusion pour n=2n=2 :

D2=q+q2(q2−1)2\boxed{D_2 = q + \frac{q^2(q^2-1)}{2}}

3. Calcul de D3D_3

On suit la même méthode en classant par types de spectres.

Type 1 : Spectre {λ,λ,λ\{\lambda, \lambda, \lambda\} (une seule valeur propre).}

Il y a qq choix pour λ\lambda. L'orbite de λI3\lambda I_3 est de taille 1.

Contribution1=q\text{Contribution}_1 = q

Type 2 : Spectre {λ,λ,μ\{\lambda, \lambda, \mu\} avec λ≠μ\lambda \neq \mu (deux valeurs propres).}

Il y a q(q−1)q(q-1) couples (λ,μ)(\lambda, \mu) possibles. Soit D=diag(λ,λ,μ)D = \text{diag}(\lambda, \lambda, \mu). Son commutant dans GL3(K)GL_3(\mathbb{K}) est constitué des matrices blocs (A00d)\begin{pmatrix} A & 0
0 & d \end{pmatrix}
avec A∈GL2(K)A \in GL_2(\mathbb{K}) et d∈GL1(K)d \in GL_1(\mathbb{K}).

Le cardinal du stabilisateur est ∣GL2(K)∣×∣GL1(K)∣=q(q−1)2(q+1)×(q−1)|GL_2(\mathbb{K})| \times |GL_1(\mathbb{K})| = q(q-1)^2(q+1) \times (q-1). Taille de l'orbite :

q3(q−1)3(q+1)(q2+q+1)q(q−1)3(q+1)=q2(q2+q+1)\frac{q^3(q-1)^3(q+1)(q^2+q+1)}{q(q-1)^3(q+1)} = q^2(q^2+q+1)

Contribution :

Contribution2=q(q−1)×q2(q2+q+1)=q3(q3−1)\text{Contribution}_2 = q(q-1) \times q^2(q^2+q+1) = q^3(q^3-1)

Type 3 : Spectre {λ,μ,ν\{\lambda, \mu, \nu\} avec λ,μ,ν\lambda, \mu, \nu distincts.}

Il y a (q3)=q(q−1)(q−2)6\binom{q}{3} = \frac{q(q-1)(q-2)}{6} tels ensembles. Le stabilisateur d'une telle matrice diagonale est le groupe des matrices diagonales inversibles, de cardinal (q−1)3(q-1)^3. Taille de l'orbite :

∣GL3(K)∣(q−1)3=q3(q+1)(q2+q+1)\frac{|GL_3(\mathbb{K})|}{(q-1)^3} = q^3(q+1)(q^2+q+1)

Contribution :

Contribution3=q(q−1)(q−2)6×q3(q+1)(q2+q+1)=q4(q2−1)(q2+q+1)(q−2)6\text{Contribution}_3 = \frac{q(q-1)(q-2)}{6} \times q^3(q+1)(q^2+q+1) = \frac{q^4(q^2-1)(q^2+q+1)(q-2)}{6}

Conclusion pour n=3n=3 :

D3=q+q3(q3−1)+q4(q−2)(q3−1)(q+1)6(q−1)\boxed{D_3 = q + q^3(q^3-1) + \frac{q^4(q-2)(q^3-1)(q+1)}{6(q-1)}}

Attention à ne pas compter plusieurs fois les mêmes orbites. L'ensemble des valeurs propres définit l'orbite, mais l'ordre des éléments sur la diagonale n'importe pas. C'est pourquoi on utilise des combinaisons (qk)\binom{q}{k} ou on divise par les permutations possibles.