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Soit GG un groupe fini de cardinal n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. Soit KK un corps commutatif quelconque.

Démontrer qu'il existe un entier naturel non nul pp tel que le groupe GG soit isomorphe à un sous-groupe du groupe linéaire GLp(K)\mathrm{GL}_{p}(K).

1.

Commencer par établir le théorème de Cayley : tout groupe fini GG d'ordre nn est isomorphe à un sous-groupe du groupe symétrique Sn\mathfrak{S}_n.

2.

Associer à chaque permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n une matrice de permutation PσP_\sigma dans Mn(K)\mathcal{M}_n(K).

3.

Construire un morphisme injectif de GG dans GLn(K)\mathrm{GL}_n(K) en composant ces deux résultats.

Idées clés

•

Utilisation de l'action de groupe par translation à gauche.

•

Construction de l'application de représentation par les matrices de permutation.

•

Vérification des propriétés de morphisme et d'injectivité.

Résolution.

Étape 1 : Immersion de GG dans le groupe symétrique.

Soit nn le cardinal du groupe GG. Notons G={g1,g2,…,gn}G = \{g_1, g_2, \dots, g_n\} l'ensemble de ses éléments.

Pour chaque élément g∈Gg \in G, on définit l'application de translation à gauche LgL_g par :

∀x∈G,Lg(x)=g⋅x\forall x \in G,   L_g(x) = g \cdot x

L'application LgL_g est une bijection de GG dans GG. En effet, si Lg(x)=Lg(y)L_g(x) = L_g(y), alors gx=gygx = gy, et par simplification à gauche par g−1g^{-1}, on obtient x=yx = y.

Comme GG est fini, cette injectivité implique la bijectivité.

L'application LgL_g induit donc une permutation des indices de l'ensemble {1,…,n}\{1, \dots, n\}. On définit σg∈Sn\sigma_g \in \mathfrak{S}_n tel que :

∀i∈{1,…,n},g⋅gi=gσg(i)\forall i \in \{1, \dots, n\},   g \cdot g_i = g_{\sigma_g(i)}

Considérons l'application ϕ:G→Sn\phi : G \to \mathfrak{S}_n définie par ϕ(g)=σg\phi(g) = \sigma_g.

C'est un morphisme de groupes car pour tous g,h∈Gg, h \in G :

g⋅(h⋅gi)=g⋅gσh(i)=gσg(σh(i))=g(σg∘σh)(i)g \cdot (h \cdot g_i) = g \cdot g_{\sigma_h(i)} = g_{\sigma_g(\sigma_h(i))} = g_{(\sigma_g \circ \sigma_h)(i)}

D'autre part, (gh)⋅gi=gσgh(i)(gh) \cdot g_i = g_{\sigma_{gh}(i)}. Par identification, on a σgh=σg∘σh\sigma_{gh} = \sigma_g \circ \sigma_h, soit :

ϕ(gh)=ϕ(g)∘ϕ(h)\boxed{ \phi(gh) = \phi(g) \circ \phi(h) }

ϕ\phi est injectif car si ϕ(g)=id\phi(g) = \text{id}, alors g⋅gi=gig \cdot g_i = g_i pour tout ii, donc g=eGg = e_G. Ainsi, GG est isomorphe à Im(ϕ)\text{Im}(\phi), qui est un sous-groupe de Sn\mathfrak{S}_n.

Étape 2 : Immersion de Sn\mathfrak{S_n dans GLn(K)\mathrm{GL}_n(K).}

Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) la base canonique de KnK^n. Pour toute permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n, on définit l'endomorphisme uσu_\sigma par :

∀i∈{1,…,n},uσ(ei)=eσ(i)\forall i \in \{1, \dots, n\},   u_\sigma(e_i) = e_{\sigma(i)}

Soit ψ:Sn→GLn(K)\psi : \mathfrak{S}_n \to \mathrm{GL}_n(K) l'application qui à σ\sigma associe la matrice PσP_\sigma de uσu_\sigma dans la base canonique.

Cette application est un morphisme de groupes. En effet :

uσ∘τ(ei)=eσ(τ(i))=uσ(eτ(i))=uσ(uτ(ei))u_{\sigma \circ \tau}(e_i) = e_{\sigma(\tau(i))} = u_\sigma(e_{\tau(i)}) = u_\sigma(u_\tau(e_i))

On en déduit que uσ∘τ=uσ∘uτu_{\sigma \circ \tau} = u_\sigma \circ u_\tau, et donc au niveau matriciel :

Pσ∘τ=PσPτ\boxed{ P_{\sigma \circ \tau} = P_\sigma P_\tau }

De plus, si Pσ=InP_\sigma = I_n, alors uσ(ei)=eiu_\sigma(e_i) = e_i pour tout ii, donc σ(i)=i\sigma(i) = i pour tout ii, d'où σ=id\sigma = \text{id}. L'application ψ\psi est donc un morphisme injectif.

Étape 3 : Conclusion.

Considérons l'application composée f=ψ∘ϕ:G→GLn(K)f = \psi \circ \phi : G \to \mathrm{GL}_n(K).

En tant que composée de morphismes injectifs, ff est un morphisme injectif.

D'après le premier théorème d'isomorphisme (ou simplement par la définition d'un morphisme injectif), GG est isomorphe à son image par ff.

Or, l'image f(G)f(G) est un sous-groupe de GLn(K)\mathrm{GL}_n(K).

On a donc montré l'existence de p=np=n tel que :

G≅f(G)⊂GLn(K)\boxed{ G \cong f(G) \subset \mathrm{GL}_n(K) }

Attention à ne pas confondre la matrice de permutation PσP_\sigma (définie par ei↦eσ(i)e_i \mapsto e_{\sigma(i)}) avec la matrice dont le coefficient (i,j)(i,j) est δi,σ(j)\delta_{i, \sigma(j)}. Une erreur d'inversion mènerait à un antimorphisme (Pστ=PτPσP_{\sigma \tau} = P_\tau P_\sigma) si l'on n'y prend pas garde.