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(E)$ et réduction}

Soit EE un espace vectoriel sur C\mathbb{C} de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère GG un sous-groupe fini du groupe linéaire GL⁡(E)\operatorname{GL}(E).

  1. Justifier que tout élément uu de GG est un endomorphisme diagonalizable.
  2. Pour tout u∈Gu \in G, on pose χ(u)=Tr⁡(u)\chi(u) = \operatorname{Tr}(u). Établir la relation suivante :
    χ(u−1)=χ(u)‾\chi(u^{-1}) = \overline{\chi(u)}
  3. Démontrer que le groupe GG est commutatif si, et seulement si, il existe une base de EE dans laquelle tous les éléments de GG sont représentés par des matrices diagonales.
  4. Proposer un exemple de sous-groupe fini de GL⁡(E)\operatorname{GL}(E) qui ne soit pas commutatif. Existe-t-il des sous-groupes finis non commutatifs de GL⁡(E)\operatorname{GL}(E) de cardinal arbitrairement grand ?

1.

Pour la question 1, exploiter le fait que dans un groupe fini de cardinal NN, tout élément uu vérifie uN=id⁡Eu^N = \operatorname{id}_E.

2.

Pour la question 2, on rappellera que les valeurs propres d'un élément d'ordre fini sont des racines de l'unité.

3.

Pour la question 3, utiliser le théorème de diagonalisation simultanée pour une famille d'endomorphismes qui commutent.

4.

Pour la question 4, on pourra se tourner vers les matrices de permutation ou les sous-groupes de matrices agissant sur un plan.

Idées clés

•

Lien entre l'ordre d'un élément et ses polynômes annulateurs.

•

Propriétés des racines de l'unité (module égal à 1).

•

Théorème de co-diagonalisation des familles commutantes d'endomorphismes diagonalisables.

Résolution.

  1. Soit u∈Gu \in G. Puisque GG est un groupe fini, notons N=∣G∣N = |G| son cardinal. D'après le théorème de Lagrange (ou par le fait que la suite (uk)k∈N(u^k)_{k \in \mathbb{N}} est à valeurs dans un ensemble fini), nous savons que :
    uN=id⁡Eu^N = \operatorname{id}_E
    Ainsi, le polynôme P=XN−1P = X^N - 1 est un polynôme annulateur de uu. Ce polynôme PP est scindé sur C\mathbb{C} et ses racines sont les racines NN-ièmes de l'unité :
    μN={e2ikπN, k∈⟦0,N−1⟧}\mu_N = \{ e^{\frac{2ik\pi}{N}},   k \in \llbracket 0, N-1 \rrbracket \}
    Ces racines sont toutes distinctes, donc PP est à racines simples. D'après le critère de diagonalisation par les polynômes annulateurs :
    u est diagonalisable\boxed{u \text{ est diagonalisable}}

  2. Soit u∈Gu \in G et λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n ses valeurs propres (comptées avec multiplicité). D'après la question précédente, chaque λj\lambda_j est une racine de l'unité, donc ∣λj∣=1|\lambda_j| = 1. Cela implique que λj‾=1λj\overline{\lambda_j} = \frac{1}{\lambda_j}. Les valeurs propres de u−1u^{-1} sont les inverses des valeurs propres de uu, c'est-à-dire 1λ1,…,1λn\frac{1}{\lambda_1}, \dots, \frac{1}{\lambda_n}. Calculons alors la trace de u−1u^{-1} :
    χ(u−1)=Tr⁡(u−1)=∑j=1n1λj\chi(u^{-1}) = \operatorname{Tr}(u^{-1}) = \sum_{j=1}^n \frac{1}{\lambda_j}
    Par ailleurs, en utilisant la propriété des conjugués :
    χ(u)‾=∑j=1nλj‾=∑j=1nλj‾\overline{\chi(u)} = \overline{\sum_{j=1}^n \lambda_j} = \sum_{j=1}^n \overline{\lambda_j}
    Comme λj‾=1λj\overline{\lambda_j} = \frac{1}{\lambda_j} pour tout jj, on en déduit immédiatement :
    χ(u−1)=χ(u)‾\boxed{\chi(u^{-1}) = \overline{\chi(u)}}

  3. Étudions l'équivalence demandée. (⇐)(\Leftarrow) Supposons que les éléments de GG soient co-diagonalisables. Il existe une base B\mathcal{B} de EE telle que pour tout u∈Gu \in G, Mat⁡B(u)\operatorname{Mat}_{\mathcal{B}}(u) est une matrice diagonale. Comme le produit de deux matrices diagonales est commutatif, tous les éléments de GG commutent entre eux. (⇒)(\Rightarrow) Supposons GG commutatif. Tous les éléments de GG sont diagonalisables (d'après la question 1) et ils commutent deux à deux. On utilise le théorème de diagonalisation simultanée : une famille (éventuellement infinie) d'endomorphismes diagonalisables qui commutent deux à deux est co-diagonalisable. Rappel de la preuve par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E : Si tous les éléments de GG sont des homothéties, n'importe quelle base convient. Sinon, il existe u∈Gu \in G qui n'est pas une homothétie. EE est la somme directe des sous-espaces propres Eλ(u)E_{\lambda}(u). Comme les éléments de GG commutent avec uu, ils stabilisent chaque Eλ(u)E_{\lambda}(u). On conclut par hypothèse de récurrence sur la restriction de GG à chaque Eλ(u)E_{\lambda}(u) (de dimension strictement inférieure à nn).
  4. Considérons le groupe des matrices de permutation dans GL⁡n(C)\operatorname{GL}_n(\mathbb{C}). Soit Sn\mathcal{S}_n le groupe symétrique. Pour σ∈Sn\sigma \in \mathcal{S}_n, on définit PσP_{\sigma} la matrice dont les coefficients sont (Pσ)i,j=δi,σ(j)(P_{\sigma})_{i,j} = \delta_{i, \sigma(j)}. L'ensemble G={Pσ∣σ∈Sn}G = \{ P_{\sigma} \mid \sigma \in \mathcal{S}_n \} est un sous-groupe de GL⁡n(C)\operatorname{GL}_n(\mathbb{C}) de cardinal n!n!. Dès que n≥3n \ge 3, le groupe Sn\mathcal{S}_n n'est pas commutatif (par exemple (1,2)(2,3)≠(2,3)(1,2)(1,2)(2,3) \neq (2,3)(1,2)), donc GG n'est pas commutatif. Comme n!n! tend vers l'infini avec nn, on peut construire des sous-groupes finis non commutatifs de cardinal arbitrairement grand. Autre exemple : Le groupe diédral DmD_m d'ordre 2m2m (isométries d'un polygone régulier à mm côtés) peut être représenté dans GL⁡2(C)\operatorname{GL}_2(\mathbb{C}). Pour m≥3m \ge 3, ce groupe n'est pas commutatif.

Attention à ne pas oublier de justifier pourquoi le polynôme annulateur est à racines simples. Dire qu'un polynôme a des racines dans C\mathbb{C} ne suffit pas pour la diagonalisabilité ; il faut impérativement la simplicité des racines (ou que le polynôme minimal soit scindé à racines simples).