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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère un sous-groupe GG du groupe linéaire GLn(C)\mathrm{GL}_{n}(\mathbb{C}).

On suppose que GG est commutatif et que c'est une partie compacte de l'espace vectoriel normé Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

Démontrer que le groupe GG est isomorphe à un sous-groupe du groupe produit (Un,×)(\mathbb{U}^{n}, \times), où U={z∈C∣∣z∣=1}\mathbb{U} = \{ z \in \mathbb{C} \mid |z| = 1 \}.

1.

Commencer par montrer que tout élément A∈GA \in G possède un spectre inclus dans U\mathbb{U} en exploitant le fait que les puissances de AA et de A−1A^{-1} restent dans un compact.

2.

Justifier la diagonalisabilité des éléments de GG en étudiant la croissance des puissances d'une matrice non diagonalisable.

3.

Utiliser un théorème de réduction simultanée pour les familles commutatives d'endomorphismes diagonalisables.

4.

Construire un morphisme de groupes injectif de GG vers Un\mathbb{U}^n.

Idées clés

•

Lien entre compacité et bornitude des puissances des matrices.

•

Caractérisation de la diagonalisabilité par le comportement des puissances.

•

Codiagonalisation de familles commutatives.

Résolution.

  1. Étude du spectre des éléments de GG. Soit A∈GA \in G. Puisque GG est un sous-groupe, pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, on a Ak∈GA^k \in G. Par hypothèse, GG est compact dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), donc GG est une partie bornée. Il existe donc une constante M>0M > 0 telle que :
    ∀k∈Z,∥Ak∥≤M\forall k \in \mathbb{Z},   \|A^k\| \leq M
    Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA. Alors λk\lambda^k est une valeur propre de AkA^k. Comme le rayon spectral est inférieur à n'importe quelle norme subordonnée (et que toutes les normes sont équivalentes en dimension finie), il existe C>0C > 0 tel que ∣λk∣≤C∥Ak∥|\lambda^k| \leq C \|A^k\|. On en déduit que la suite (∣λ∣k)k∈Z(|\lambda|^k)_{k \in \mathbb{Z}} est bornée. Si ∣λ∣>1|\lambda| > 1, alors ∣λ∣k→k→+∞+∞|\lambda|^k \xrightarrow{k \to +\infty} +\infty, ce qui est exclu. Si ∣λ∣<1|\lambda| < 1, alors ∣λ∣k→k→−∞+∞|\lambda|^k \xrightarrow{k \to -\infty} +\infty, ce qui est exclu. On en conclut que :
    ∀A∈G,Sp(A)⊂U\boxed{\forall A \in G,   \mathrm{Sp}(A) \subset \mathbb{U}}

  2. Diagonalisabilité des éléments de GG. Soit A∈GA \in G. Montrons que AA est diagonalisable. Supposons par l'absurde qu'elle ne le soit pas. Le polynôme caractéristique de AA est scindé sur C\mathbb{C}. AA est donc semblable à une matrice triangulaire supérieure TT. Si AA n'est pas diagonalisable, il existe au moins une valeur propre λ\lambda dont la multiplicité comme racine du polynôme minimal est m≥2m \geq 2. Dans ce cas, AA est semblable à une matrice présentant un bloc de la forme B=(λ10λ)B = \begin{pmatrix} \lambda & 1
    0 & \lambda \end{pmatrix}
    . Calculons les puissances de ce bloc par récurrence ou par la formule du binôme :
    Bk=(λkkλk−10λk)B^k = \begin{pmatrix} \lambda^k & k\lambda^{k-1}
    0 & \lambda^k \end{pmatrix}
    Comme ∣λ∣=1|\lambda| = 1, le coefficient supérieur droit de BkB^k a pour module ∣kλk−1∣=k|k\lambda^{k-1}| = k. Ainsi, ∥Bk∥→k→+∞+∞\|B^k\| \xrightarrow{k \to +\infty} +\infty, ce qui implique ∥Ak∥→k→+∞+∞\|A^k\| \xrightarrow{k \to +\infty} +\infty. Cela contredit le fait que GG est borné. Ainsi :
    ∀A∈G, A est diagonalisable\boxed{\forall A \in G, \text{ AA est diagonalisable}}

  3. Codiagonalisation et conclusion. Le groupe GG est un ensemble de matrices diagonalisables qui commutent deux à deux. D'après le théorème de réduction simultanée, il existe une base commune de diagonalisation. Il existe donc une matrice de passage P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) telle que :
    ∀A∈G,P−1AP=ΔA\forall A \in G,   P^{-1}AP = \Delta_A
    où ΔA=diag(λ1(A),…,λn(A))\Delta_A = \mathrm{diag}(\lambda_1(A), \dots, \lambda_n(A)) est une matrice diagonale. D'après la première question, les éléments diagonaux λi(A)\lambda_i(A) sont tous de module 1. On définit l'application suivante :
    ϕ:{G→UnA↦(λ1(A),…,λn(A))\phi : \begin{cases} G \to \mathbb{U}^n
    A \mapsto (\lambda_1(A), \dots, \lambda_n(A)) \end{cases}
    1. ϕ\phi est un morphisme de groupes car P−1(AB)P=(P−1AP)(P−1BP)P^{-1}(AB)P = (P^{-1}AP)(P^{-1}BP), donc ΔAB=ΔAΔB\Delta_{AB} = \Delta_A \Delta_B.
    2. ϕ\phi est injective : si ϕ(A)=(1,…,1)\phi(A) = (1, \dots, 1), alors ΔA=In\Delta_A = I_n, d'où A=PInP−1=InA = P I_n P^{-1} = I_n. Le noyau est réduit au neutre de GG.
    Par le premier théorème d'isomorphisme (ou simplement par définition d'un morphisme injectif sur son image) :
    G≅ϕ(G)⊂Un\boxed{G \cong \phi(G) \subset \mathbb{U}^n}

Attention à ne pas oublier de justifier pourquoi les valeurs propres sont de module exactement 1. L'argument de la borne sur AkA^k pour k∈Nk \in \mathbb{N} donne seulement ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1. C'est l'appartenance de A−1A^{-1} à GG qui force ∣λ∣≥1|\lambda| \geq 1.