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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On note ∥⋅∥\|\cdot\| la norme d'opérateur sur Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) associée à la norme hermitienne usuelle de Cn\mathbb{C}^n. Pour tout r>0r > 0, on note B(In,r)B(I_n, r) et Bˉ(In,r)\bar{B}(I_n, r) les boules ouverte et fermée de centre InI_n et de rayon rr.

  1. Établir que la boule ouverte B(In,2)B(I_n, 2) contient au moins un sous-groupe infini de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}).
  2. Dans la suite, on fixe un réel r∈[0,2[r \in [0, 2[ et l'on considère un sous-groupe GG de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) tel que G⊂Bˉ(In,r)G \subset \bar{B}(I_n, r).
    1. Démontrer qu'il existe un entier p∈N∗p \in \mathbb{N}^* tel que pour tout g∈Gg \in G, gp=Ing^p = I_n.
    2. Soient g1,g2∈Gg_1, g_2 \in G. On suppose que pour tout g∈Gg \in G, on a Tr⁡(g1g)=Tr⁡(g2g)\operatorname{Tr}(g_1 g) = \operatorname{Tr}(g_2 g). Montrer que g1=g2g_1 = g_2.
    3. En déduire que le groupe GG est nécessairement fini.

  3. Conclure sur l'existence de sous-groupes compacts infinis de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) dans la boule ouverte B(In,2)B(I_n, 2) et dans la boule fermée Bˉ(In,2)\bar{B}(I_n, 2).

1.

Pour la question 1, on pourra chercher un sous-groupe de matrices diagonales dont les coefficients sont des puissances d'un nombre complexe de module 1.

2.

Pour le rayon r<2r < 2, remarquer que pour tout g∈Gg \in G, le sous-groupe engendré par gg est borné. Que peut-on dire de la réduction de gg ?

3.

Utiliser le fait que pour tout g∈Gg \in G et toute valeur propre λ\lambda de gg, on doit avoir ∣λk−1∣≤r|\lambda^k - 1| \le r pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}.

4.

Pour la question 2.(b), se ramener à l'étude de Tr⁡((g1g2−1−In)g′)\operatorname{Tr}((g_1 g_2^{-1} - I_n)g') pour g′∈Gg' \in G.

5.

Pour la question 3, utiliser le fait qu'une fonction continue sur un compact atteint son maximum.

Idées clés

•

Propriétés des normes subordonnées : ρ(A)≤∥A∥\rho(A) \le \|A\|.

•

Structure des sous-groupes bornés de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) (diagonalisabilité).

•

Densité des puissances d'une racine de l'unité ou d'un nombre de module 1 sur le cercle.

Résolution.

  1. Considérons un réel α∈R\alpha \in \mathbb{R} tel que α/π∉Q\alpha/\pi \notin \mathbb{Q}. On définit l'ensemble :
    G0={(eikα00In−1),k∈Z}G_0 = \left\{ \begin{pmatrix} e^{ik\alpha} & 0
    0 & I_{n-1} \end{pmatrix}, k \in \mathbb{Z} \right\}
    G0G_0 est un sous-groupe de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) car il contient l'identité (k=0k=0), est stable par produit (k+k′k+k') et par passage à l'inverse (−k-k). Puisque α\alpha n'est pas un multiple rationnel de π\pi, les eikαe^{ik\alpha} sont tous distincts, donc G0G_0 est infini. Calculons la norme de gk−Ing_k - I_n pour gk∈G0g_k \in G_0 :
    ∥gk−In∥=∥diag(eikα−1,0,…,0)∥=∣eikα−1∣\|g_k - I_n\| = \left\| \text{diag}(e^{ik\alpha}-1, 0, \dots, 0) \right\| = |e^{ik\alpha} - 1|
    Comme eikαe^{ik\alpha} est sur le cercle unité et que eikα≠−1e^{ik\alpha} \neq -1 (car α/π\alpha/\pi est irrationnel), on a :
    ∀g∈G0,∥g−In∥<2\boxed{ \forall g \in G_0,   \|g - I_n\| < 2 }
    Ainsi, G0G_0 est un sous-groupe infini contenu dans B(In,2)B(I_n, 2).

  2. Soit r<2r < 2 et G⊂Bˉ(In,r)G \subset \bar{B}(I_n, r).
    1. Soit g∈Gg \in G. Comme GG est un groupe, pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, gk∈Gg^k \in G. Ainsi, la suite (gk)k∈Z(g^k)_{k \in \mathbb{Z}} est bornée dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) par ∥In∥+r\|I_n\| + r. Un élément d'un sous-groupe borné de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) est nécessairement diagonalisable. En effet, sa forme de Dunford g=D+Ng = D+N imposerait N=0N=0 pour éviter une croissance polynomiale des puissances. Ses valeurs propres sont toutes de module 1 pour éviter une croissance ou décroissance géométrique. Soit λ\lambda une valeur propre de gg. On a ∣λ∣=1|\lambda| = 1. Par propriété de la norme subordonnée, on a pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z} :
      ∣1−λk∣≤∥In−gk∥≤r<2|1 - \lambda^k| \le \|I_n - g^k\| \le r < 2
      Posons λ=eiθ\lambda = e^{i\theta} avec θ∈[0,2π[\theta \in [0, 2\pi[. Si θ≠0\theta \neq 0, la suite (λk)k∈N(\lambda^k)_{k \in \mathbb{N}} est soit dense dans le cercle unité, soit formée des sommets d'un polygone régulier contenant un point arbitrairement proche de −1-1. Dans les deux cas, il existe k∈Zk \in \mathbb{Z} tel que λk\lambda^k soit proche de −1-1, ce qui rend ∣1−λk∣|1 - \lambda^k| proche de 22. Plus précisément, si λ≠1\lambda \neq 1, l'ensemble {∣1−λk∣,k∈Z}\{|1 - \lambda^k|, k \in \mathbb{Z}\} admet pour borne supérieure la valeur 22. Or, cet ensemble est majoré par r<2r < 2. Ceci impose λ=1\lambda = 1. La seule valeur propre de gg est donc 11. Comme gg est diagonalisable, on en déduit :
      g=In\boxed{ g = I_n }
      Ainsi G={In}G = \{I_n\}. La propriété est vérifiée pour tout p∈N∗p \in \mathbb{N}^*, par exemple p=1p=1.

    2. D'après la question précédente, si r<2r < 2, alors G={In}G = \{I_n\}. Si g1,g2∈Gg_1, g_2 \in G, alors g1=Ing_1 = I_n et g2=Ing_2 = I_n. L'implication ∀g∈G,Tr⁡(g1g)=Tr⁡(g2g)  ⟹  g1=g2\forall g \in G, \operatorname{Tr}(g_1 g) = \operatorname{Tr}(g_2 g) \implies g_1 = g_2 est alors immédiate puisque l'on a déjà g1=g2=Ing_1 = g_2 = I_n. Remarque : Même si GG n'était pas trivial, l'application X↦Tr⁡(g1X)X \mapsto \operatorname{Tr}(g_1 X) définie sur Vect(G)\text{Vect}(G) permet de caractériser g1g_1 dès lors que la forme trace est non dégénérée sur l'algèbre engendrée par GG.

    3. Comme nous avons montré que sous l'hypothèse r<2r < 2, on a G={In}G = \{I_n\}, le groupe GG est bien fini (son cardinal est 1).
      Card(G)=1\boxed{ \text{Card}(G) = 1 }

  3. Cas de la boule ouverte B(In,2)B(I_n, 2) : Supposons qu'il existe un sous-groupe compact infini K⊂B(In,2)K \subset B(I_n, 2). L'application f:g↦∥g−In∥f : g \mapsto \|g - I_n\| est continue sur le compact KK. Elle atteint donc son maximum r0r_0 en un point g0∈Kg_0 \in K. Comme K⊂B(In,2)K \subset B(I_n, 2), on a r0=∥g0−In∥<2r_0 = \|g_0 - I_n\| < 2. On a donc K⊂Bˉ(In,r0)K \subset \bar{B}(I_n, r_0) avec r0<2r_0 < 2. D'après la question 2.(c), KK est fini, ce qui est absurde. Cas de la boule fermée Bˉ(In,2)\bar{B(I_n, 2) :} Considérons le groupe des matrices de rotation (pour n≥1n \ge 1) :
    K={diag(eiθ,1,…,1)∣θ∈R}K = \left\{ \text{diag}(e^{i\theta}, 1, \dots, 1) \mid \theta \in \mathbb{R} \right\}
    Ce groupe est l'image du cercle unité (compact) par une application continue, il est donc compact. De plus, il est infini. Pour tout gθ∈Kg_\theta \in K, ∥gθ−In∥=∣eiθ−1∣≤2\|g_\theta - I_n\| = |e^{i\theta} - 1| \le 2. Donc K⊂Bˉ(In,2)K \subset \bar{B}(I_n, 2).

    Conclusion :

    B(I, 2) ne contient aucun S.G. compact infini, mais Bˉ(I,2) en contient.\boxed{ \text{B(I, 2) ne contient aucun S.G. compact infini, mais } \bar{B}(I, 2) \text{ en contient.} }

Attention à la norme utilisée. Le résultat "le seul sous-groupe dans la boule est {I}\{I\}" dépend crucialement du fait que r<2r < 2 pour la norme spectrale. Pour d'autres normes (comme la norme de Frobenius), la constante serait différente.