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Soit pp un nombre premier impair. On considère le groupe G=SL2(Fp)G = \mathrm{SL}_{2}(\mathbb{F}_{p}) des matrices de taille 2×22 \times 2 à coefficients dans le corps fini Fp\mathbb{F}_{p} de déterminant égal à 11. Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et ρ:G⟶GLn(C)\rho : G \longrightarrow \mathrm{GL}_{n}(\mathbb{C}) un morphisme de groupes injectif.

On définit les matrices suivantes de GG :

A=(1101)et∀x∈Fp∗, D(x)=(x00x−1)A = \begin{pmatrix} 1 & 1
0 & 1 \end{pmatrix}   \text{et}   \forall x \in \mathbb{F}_p^*, \ D(x) = \begin{pmatrix} x & 0
0 & x^{-1} \end{pmatrix}

  1. Justifier que la matrice ρ(A)\rho(A) est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et que ses valeurs propres appartiennent à l'ensemble Up\mathbb{U}_p des racines pp-ièmes de l'unité.
    1. Pour tout x∈Fp∗x \in \mathbb{F}_p^*, calculer le produit de matrices D(x)AD(x)−1D(x) A D(x)^{-1}.
    2. En déduire que ρ(A)\rho(A) et ρ(A)x2\rho(A)^{x^2} sont semblables pour tout x∈Fp∗x \in \mathbb{F}_p^*.
    3. Montrer finalement que la dimension nn de l'espace de représentation vérifie l'inégalité :
      n≥p−12\boxed{n \geq \frac{p-1}{2}}

1.

Pour la question 1, exploiter l'ordre de la matrice AA dans le groupe fini GG pour trouver un polynôme annulateur simple de ρ(A)\rho(A).

2.

Pour la question 2.(b), utiliser les propriétés des morphismes de groupes concernant les puissances et la similitude.

3.

Pour la question 2.(c), étudier l'action de l'élévation au carré sur les valeurs propres de ρ(A)\rho(A). Rappeler le cardinal de l'ensemble des carrés dans Fp∗\mathbb{F}_p^*.

Idées clés

•

Utilisation de polynômes annulateurs scindés à racines simples pour la diagonalisabilité.

•

Propriété de conservation du spectre par similitude.

•

Étude des orbites des valeurs propres sous l'action d'un sous-groupe.

Résolution.

  1. Commençons par calculer les puissances de AA dans M2(Fp)\mathcal{M}_2(\mathbb{F}_p). Une récurrence immédiate montre que pour tout k∈Nk \in \mathbb{N} :
    Ak=(1k01)A^k = \begin{pmatrix} 1 & k
    0 & 1 \end{pmatrix}
    Comme la caractéristique du corps est pp, on a p⋅1=0p \cdot 1 = 0, donc Ap=I2A^p = I_2. Puisque ρ\rho est un morphisme de groupes, on en déduit :
    ρ(A)p=ρ(Ap)=ρ(I2)=In\rho(A)^p = \rho(A^p) = \rho(I_2) = I_n
    Ainsi, le polynôme P(X)=Xp−1P(X) = X^p - 1 est un polynôme annulateur de ρ(A)\rho(A). Dans C[X]\mathbb{C}[X], ce polynôme se factorise sous la forme :
    Xp−1=∏k=0p−1(X−e2ikπp)X^p - 1 = \prod_{k=0}^{p-1} \left( X - e^{\frac{2i k \pi}{p}} \right)
    Ce polynôme est scindé sur C\mathbb{C} et possède pp racines distinctes (racines simples). D'après le critère de diagonalisation par les polynômes annulateurs, ρ(A)\rho(A) est diagonalisable. De plus, ses valeurs propres sont nécessairement des racines de PP, donc :
    Sp(ρ(A))⊂Up\boxed{\mathrm{Sp}(\rho(A)) \subset \mathbb{U}_p}

    1. Soit x∈Fp∗x \in \mathbb{F}_p^*. On calcule d'abord D(x)−1=(x−100x)D(x)^{-1} = \begin{pmatrix} x^{-1} & 0
      0 & x \end{pmatrix}
      . Effectuons le produit matriciel :
      D(x)A=(x00x−1)(1101)=(xx0x−1)D(x) A = \begin{pmatrix} x & 0
      0 & x^{-1} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1
      0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} x & x
      0 & x^{-1} \end{pmatrix}
      Puis multiplions par D(x)−1D(x)^{-1} à droite :
      D(x)AD(x)−1=(xx0x−1)(x−100x)=(1x201)D(x) A D(x)^{-1} = \begin{pmatrix} x & x
      0 & x^{-1} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} x^{-1} & 0
      0 & x \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & x^2
      0 & 1 \end{pmatrix}
      On reconnaît la forme des puissances de AA calculée précédemment :
      D(x)AD(x)−1=Ax2\boxed{D(x) A D(x)^{-1} = A^{x^2}}

    2. Appliquons le morphisme ρ\rho à l'égalité précédente. Par propriété des morphismes :
      ρ(D(x))ρ(A)ρ(D(x))−1=ρ(Ax2)=ρ(A)x2\rho(D(x)) \rho(A) \rho(D(x))^{-1} = \rho(A^{x^2}) = \rho(A)^{x^2}
      La matrice ρ(A)\rho(A) est donc semblable à la matrice ρ(A)x2\rho(A)^{x^2} via la matrice de passage P=ρ(D(x))P = \rho(D(x)). En conséquence, ces deux matrices ont le même spectre (compté avec multiplicités).
      Sp(ρ(A))=Sp(ρ(A)x2)\boxed{\mathrm{Sp}(\rho(A)) = \mathrm{Sp}(\rho(A)^{x^2})}

    3. Puisque ρ\rho est injectif et que A≠I2A \neq I_2, on a ρ(A)≠In\rho(A) \neq I_n. La matrice ρ(A)\rho(A) possède donc au moins une valeur propre λ≠1\lambda \neq 1. D'après la question 1, il existe k∈{1,…,p−1}k \in \{1, \dots, p-1\} tel que λ=ωk\lambda = \omega^k où ω=e2iπ/p\omega = e^{2i\pi/p}. Si λ\lambda est une valeur propre de ρ(A)\rho(A), alors λx2\lambda^{x^2} est une valeur propre de ρ(A)x2\rho(A)^{x^2}. D'après la question (b), λx2\lambda^{x^2} est donc aussi une valeur propre de ρ(A)\rho(A). L'ensemble des valeurs propres de ρ(A)\rho(A) contient donc l'ensemble :
      S={λx2∣x∈Fp∗}={ωkx2∣x∈Fp∗}\mathcal{S} = \{ \lambda^{x^2} \mid x \in \mathbb{F}_p^* \} = \{ \omega^{k x^2} \mid x \in \mathbb{F}_p^* \}
      Comme kk est inversible modulo pp (k≠0k \neq 0), l'application x↦kx2x \mapsto kx^2 a la même image que l'application x↦x2x \mapsto x^2 dans Fp∗\mathbb{F}_p^*. L'ensemble des carrés de Fp∗\mathbb{F}_p^*, noté (Fp∗)2(\mathbb{F}_p^*)^2, est le noyau du morphisme de groupe (symbole de Legendre) z↦z(p−1)/2z \mapsto z^{(p-1)/2}. Son cardinal est :
      Card((Fp∗)2)=p−12\text{Card}((\mathbb{F}_p^*)^2) = \frac{p-1}{2}
      Puisque les ωm\omega^m sont distincts pour m∈{0,…,p−1}m \in \{0, \dots, p-1\}, on a au moins p−12\frac{p-1}{2} valeurs propres distinctes pour ρ(A)\rho(A). Le nombre de valeurs propres (distinctes) d'une matrice de taille nn est inférieur ou égal à nn. On conclut :
      n≥p−12\boxed{n \geq \frac{p-1}{2}}

Ne pas oublier d'utiliser l'injectivité de ρ\rho pour affirmer que ρ(A)≠In\rho(A) \neq I_n. Sans cela, on pourrait avoir 11 comme unique valeur propre, et l'argument sur le cardinal de l'orbite ne fonctionnerait pas.