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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie nn sur un corps K\mathbb{K}.

  1. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme inversible.
    1. Justifier que le coefficient constant du polynôme minimal μu\mu_u est non nul.
    2. En déduire que u−1u^{-1} est un polynôme en uu.

  2. On considère maintenant un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) tel que ker⁡(f)\ker(f) et im(f)\text{im}(f) sont supplémentaires dans EE. Montrer que le projecteur sur ker⁡(f)\ker(f) parallèlement à im(f)\text{im}(f) appartient à l'algèbre K[f]\mathbb{K}[f].

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que 00 est une racine du polynôme minimal si et seulement si 00 est une valeur propre. Écrire ensuite l'égalité μu(u)=0\mu_u(u) = 0 en isolant le terme de degré 0.

2.

Pour la question 2, considérer la restriction gg de ff à l'espace stable im(f)\text{im}(f). Montrer que gg est un automorphisme et utiliser le résultat de la question 1. Construire ensuite un polynôme PP qui agit de manière idoine sur ker⁡(f)\ker(f) et im(f)\text{im}(f).

Idées clés

•

Lien entre spectre et racines d'un polynôme annulateur.

•

Utilisation de la structure d'algèbre de K[u]\mathbb{K}[u].

•

Décomposition d'un endomorphisme selon une somme directe stable.

Résolution.

    1. Notons μu=Xd+ad−1Xd−1+⋯+a1X+a0\mu_u = X^d + a_{d-1}X^{d-1} + \dots + a_1 X + a_0 le polynôme minimal de uu. On sait que l'ensemble des racines de μu\mu_u coïncide avec le spectre de uu dans une clôture algébrique. Comme uu est supposé inversible, 00 n'est pas valeur propre de uu. Par conséquent, 00 n'est pas racine de μu\mu_u, ce qui impose que le terme constant soit non nul :
      a0≠0\boxed{a_0 \neq 0}

    2. Puisque μu\mu_u est un polynôme annulateur de uu, on a l'égalité dans L(E)\mathcal{L}(E) :
      ud+ad−1ud−1+⋯+a1u+a0IdE=0u^d + a_{d-1}u^{d-1} + \dots + a_1 u + a_0 \text{Id}_E = 0
      En isolant le terme constant et en factorisant par uu, on obtient :
      u(ud−1+ad−1ud−2+⋯+a1IdE)=−a0IdEu \left( u^{d-1} + a_{d-1}u^{d-2} + \dots + a_1 \text{Id}_E \right) = -a_0 \text{Id}_E
      Comme a0≠0a_0 \neq 0, on peut diviser par −a0-a_0 :
      u∘[−1a0∑k=1dakuk−1]=IdE(avec ad=1)u \circ \left[ -\frac{1}{a_0} \sum_{k=1}^d a_k u^{k-1} \right] = \text{Id}_E   (\text{avec } a_d = 1)
      Par unicité de l'inverse, on en conclut que :
      u−1=−1a0∑k=1dakuk−1∈K[u]\boxed{u^{-1} = -\frac{1}{a_0} \sum_{k=1}^d a_k u^{k-1} \in \mathbb{K}[u]}

  1. Soit ff tel que E=ker⁡(f)⊕im(f)E = \ker(f) \oplus \text{im}(f). Notons pp le projecteur sur ker⁡(f)\ker(f) parallèlement à im(f)\text{im}(f). L'espace F=im(f)F = \text{im}(f) est stable par ff. Notons g=f∣Fg = f_{|F} l'endomorphisme induit par restriction. D'après le théorème du rang, dim⁡(imf)=n−dim⁡(ker⁡f)\dim(\text{im} f) = n - \dim(\ker f). Or l'hypothèse de supplémentarité assure que dim⁡(E)=dim⁡(ker⁡f)+dim⁡(imf)\dim(E) = \dim(\ker f) + \dim(\text{im} f), ce qui est cohérent. L'application g:im(f)→im(f)g : \text{im}(f) \to \text{im}(f) est surjective par définition de l'image. En dimension finie, gg est donc un automorphisme de im(f)\text{im}(f). D'après la question 1, il existe un polynôme Q∈K[X]Q \in \mathbb{K}[X] tel que g−1=Q(g)g^{-1} = Q(g). Considérons alors le polynôme P(X)=1−XQ(X)P(X) = 1 - XQ(X). Étudions l'endomorphisme P(f)P(f) :
    • Si x∈ker⁡(f)x \in \ker(f), alors f(x)=0f(x) = 0. On a donc :
      P(f)(x)=IdE(x)−f(Q(f)(x))=x−0=xP(f)(x) = \text{Id}_E(x) - f(Q(f)(x)) = x - 0 = x
    • Si x∈im(f)x \in \text{im}(f), alors f(x)=g(x)f(x) = g(x). Par structure de l'algèbre des polynômes, Q(f)(x)=Q(g)(x)Q(f)(x) = Q(g)(x). Ainsi :
      P(f)(x)=x−g(Q(g)(x))=x−g(g−1(x))=x−x=0P(f)(x) = x - g(Q(g)(x)) = x - g(g^{-1}(x)) = x - x = 0
    L'endomorphisme P(f)P(f) coïncide avec pp sur ker⁡(f)\ker(f) et sur im(f)\text{im}(f). Comme E=ker⁡(f)⊕im(f)E = \ker(f) \oplus \text{im}(f), on en déduit par linéarité que :
    p=P(f)∈K[f]\boxed{p = P(f) \in \mathbb{K}[f]}

Attention à ne pas confondre le polynôme minimal et le polynôme caractéristique. Bien que la propriété A−1∈K[A]A^{-1} \in \mathbb{K}[A] soit également démontrable avec Cayley-Hamilton, l'utilisation du polynôme minimal est ici plus directe pour justifier que le terme constant est non nul.