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Soit nn un entier naturel non nul. On se propose de déterminer l'ensemble des valeurs possibles du déterminant d'une matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) dans chacun des cas suivants :

  1. La matrice AA vérifie l'équation : A3−A=6InA^{3} - A = 6 I_{n}.
  2. La matrice AA vérifie l'équation : A3+A=6InA^{3} + A = 6 I_{n}.

1.

Commencer par identifier les racines complexes des polynômes annulateurs P1(X)=X3−X−6P_1(X) = X^3 - X - 6 et P2(X)=X3+X−6P_2(X) = X^3 + X - 6.

2.

Utiliser le fait que le spectre de AA (dans C\mathbb{C}) est inclus dans l'ensemble des racines du polynôme annulateur.

3.

Exploiter la réalité de la matrice AA : si λ\lambda est une valeur propre complexe non réelle, alors son conjugué λˉ\bar{\lambda} est également valeur propre avec la même multiplicité.

4.

Exprimer le déterminant comme le produit des valeurs propres comptées avec leur multiplicité dans C\mathbb{C}.

Idées clés

•

Lien entre racines d'un polynôme annulateur et valeurs propres.

•

Structure du polynôme caractéristique d'une matrice réelle (paires de racines conjuguées).

•

Relation entre déterminant et produit des racines du polynôme caractéristique.

Résolution de la question 1.

Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) telle que A3−A−6In=0A^{3} - A - 6 I_{n} = 0. Le polynôme P1(X)=X3−X−6P_1(X) = X^3 - X - 6 est un polynôme annulateur de AA. Les valeurs propres complexes de AA sont nécessairement des racines de P1P_1.

Cherchons les racines de P1P_1. On remarque que P1(2)=8−2−6=0P_1(2) = 8 - 2 - 6 = 0. On peut donc factoriser P1P_1 par (X−2)(X-2) :

P1(X)=(X−2)(X2+2X+3)P_1(X) = (X-2)(X^2 + 2X + 3)

Le discriminant du trinôme X2+2X+3X^2 + 2X + 3 est Δ=22−4×3=−8<0\Delta = 2^2 - 4 \times 3 = -8 < 0. Les racines de ce trinôme sont λ=−1+i2\lambda = -1 + i\sqrt{2} et λˉ=−1−i2\bar{\lambda} = -1 - i\sqrt{2}. L'ensemble des valeurs propres possibles de AA dans C\mathbb{C} est donc {2,λ,λˉ}\{2, \lambda, \bar{\lambda}\}.

Soit χA\chi_A le polynôme caractéristique de AA. Puisque AA est une matrice réelle, les racines complexes non réelles de χA\chi_A sont conjuguées et ont la même multiplicité. Notons n1n_1 la multiplicité de la valeur propre 22, et mm la multiplicité commune des racines λ\lambda et λˉ\bar{\lambda}. On a la relation sur la dimension :

n1+2m=navecn1,m∈Nn_1 + 2m = n   \text{avec}   n_1, m \in \mathbb{N}

Le déterminant de AA est le produit des racines de χA\chi_A comptées avec multiplicité :

det⁡(A)=2n1⋅(λ⋅λˉ)m\det(A) = 2^{n_1} \cdot (\lambda \cdot \bar{\lambda})^m

Calculons le produit λλˉ=∣λ∣2=(−1)2+(2)2=3\lambda \bar{\lambda} = |\lambda|^2 = (-1)^2 + (\sqrt{2})^2 = 3. On obtient :

det⁡(A)=2n1⋅3m=2n−2m⋅3m\det(A) = 2^{n_1} \cdot 3^m = 2^{n-2m} \cdot 3^m

Réciproquement, pour tout m∈{0,…,⌊n/2⌋}m \in \{0, \dots, \lfloor n/2 \rfloor\}, on peut construire une matrice diagonale par blocs (en utilisant la valeur propre 22 et des blocs de rotation ou des matrices compagnons pour les racines complexes) ayant ce déterminant.

L'ensemble recherché est donc :

D1={2n−2m⋅3m∣m∈{0,1,…,⌊n2⌋}}\boxed{ \mathcal{D}_1 = \left\{ 2^{n-2m} \cdot 3^m \mid m \in \left\{0, 1, \dots, \left\lfloor \frac{n}{2} \right\rfloor \right\} \right\} }

Résolution de la question 2.

Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) telle que A3+A−6In=0A^{3} + A - 6 I_{n} = 0. On pose P2(X)=X3+X−6P_2(X) = X^3 + X - 6. La fonction f:x↦x3+x−6f : x \mapsto x^3 + x - 6 est strictement croissante sur R\mathbb{R} car f′(x)=3x2+1>0f'(x) = 3x^2 + 1 > 0. D'après le théorème des valeurs intermédiaires, ff admet une unique racine réelle α\alpha. On observe que f(1)=−4<0f(1) = -4 < 0 et f(2)=4>0f(2) = 4 > 0, donc α∈]1,2[\alpha \in ]1, 2[.

Le polynôme P2P_2 se factorise sous la forme P2(X)=(X−α)(X2+αX+β)P_2(X) = (X-\alpha)(X^2 + \alpha X + \beta). Par identification du terme constant, on a −αβ=−6-\alpha \beta = -6, d'où β=6α\beta = \frac{6}{\alpha}. Les racines complexes de X2+αX+6αX^2 + \alpha X + \frac{6}{\alpha} sont notées zz et zˉ\bar{z}. Le produit de ces racines est zzˉ=∣z∣2=6αz\bar{z} = |z|^2 = \frac{6}{\alpha}.

Vérifions que z∉Rz \notin \mathbb{R}. Le discriminant du trinôme est Δ=α2−46α=α3−24α\Delta = \alpha^2 - 4\frac{6}{\alpha} = \frac{\alpha^3 - 24}{\alpha}. Comme α3+α=6\alpha^3 + \alpha = 6, on a α3=6−α\alpha^3 = 6 - \alpha. Ainsi Δ=6−α−24α=−18−αα<0\Delta = \frac{6 - \alpha - 24}{\alpha} = \frac{-18 - \alpha}{\alpha} < 0 car α>0\alpha > 0. Les racines zz et zˉ\bar{z} sont bien complexes non réelles.

En notant n1n_1 la multiplicité de α\alpha et mm celle de zz (et zˉ\bar{z}), on a n1+2m=nn_1 + 2m = n et :

det⁡(A)=αn1⋅(6α)m=αn−2m⋅6mαm=αn−3m⋅6m\det(A) = \alpha^{n_1} \cdot \left( \frac{6}{\alpha} \right)^m = \alpha^{n-2m} \cdot \frac{6^m}{\alpha^m} = \alpha^{n-3m} \cdot 6^m

L'ensemble des valeurs possibles est donc :

D2={αn−3m⋅6m∣m∈{0,1,…,⌊n2⌋}}\boxed{ \mathcal{D}_2 = \left\{ \alpha^{n-3m} \cdot 6^m \mid m \in \left\{0, 1, \dots, \left\lfloor \frac{n}{2} \right\rfloor \right\} \right\} }

Ne pas oublier que la matrice est réelle. Si elle était complexe, les multiplicités des racines complexes ne seraient pas nécessairement égales, et le déterminant pourrait prendre bien plus de valeurs.