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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) satisfaisant la relation :

In+A+A2+A3+A4=0I_n + A + A^{2} + A^{3} + A^{4} = 0

Démontrer que la trace de la matrice AA est un nombre rationnel si, et seulement si, l'entier nn est un multiple de 44.

1.

Identifier le polynôme annulateur P(X)=1+X+X2+X3+X4P(X) = 1+X+X^2+X^3+X^4 et déterminer ses racines complexes (racines cinquièmes de l'unité).

2.

Utiliser la diagonalisabilité de AA dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) pour exprimer la trace en fonction des multiplicités des valeurs propres.

3.

Exploiter le fait que AA est une matrice réelle : ses valeurs propres complexes non réelles sont conjuguées deux à deux avec la même multiplicité.

4.

Pour la condition suffisante, utiliser une matrice compagnon ou une structure par blocs.

Idées clés

•

Polynômes annulateurs et spectre complexe.

•

Diagonalisabilité sur C\mathbb{C} (racines simples).

•

Propriété des matrices réelles : λ∈Sp(A)  ⟺  λˉ∈Sp(A)\lambda \in \text{Sp}(A) \iff \bar{\lambda} \in \text{Sp}(A).

•

Valeurs remarquables de cos⁡(2π/5)\cos(2\pi/5) et cos⁡(4π/5)\cos(4\pi/5).

1. Analyse du polynôme annulateur.

Soit P(X)=1+X+X2+X3+X4P(X) = 1 + X + X^2 + X^3 + X^4. On remarque que pour tout X≠1X \neq 1 :

P(X)=X5−1X−1P(X) = \frac{X^5 - 1}{X - 1}

Les racines de PP dans C\mathbb{C} sont les racines cinquièmes de l'unité privées de 1 :

ω=ei2π5,ω2,ω3=ωˉ2,ω4=ωˉ\omega = e^{i\frac{2\pi}{5}},   \omega^2,   \omega^3 = \bar{\omega}^2,   \omega^4 = \bar{\omega}

Puisque P(A)=0P(A) = 0 et que PP possède 4 racines distinctes dans C\mathbb{C}, la matrice AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

De plus, le spectre de AA, noté Sp(A)\text{Sp}(A), est nécessairement inclus dans l'ensemble des racines de PP :

Sp(A)⊆{ω,ω2,ω3,ω4}\text{Sp}(A) \subseteq \{ \omega, \omega^2, \omega^3, \omega^4 \}

2. Relation entre multiplicités et trace.

Soient k1,k2,k3,k4k_1, k_2, k_3, k_4 les multiplicités respectives de ω,ω2,ω3,ω4\omega, \omega^2, \omega^3, \omega^4 en tant que valeurs propres de AA. La matrice AA étant réelle, ses valeurs propres non réelles apparaissent par paires conjuguées avec la même multiplicité. On en déduit :

k1=k4etk2=k3k_1 = k_4   \text{et}   k_2 = k_3

La dimension de l'espace est la somme des multiplicités :

n=2k1+2k2\boxed{n = 2k_1 + 2k_2}

La trace de AA est la somme de ses valeurs propres comptées avec multiplicité :

Tr(A)=k1ω+k2ω2+k2ωˉ2+k1ωˉ\text{Tr}(A) = k_1 \omega + k_2 \omega^2 + k_2 \bar{\omega}^2 + k_1 \bar{\omega}
Tr(A)=k1(ω+ωˉ)+k2(ω2+ωˉ2)\text{Tr}(A) = k_1 (\omega + \bar{\omega}) + k_2 (\omega^2 + \bar{\omega}^2)

En utilisant les formules d'Euler, on obtient :

Tr(A)=2k1cos⁡(2π5)+2k2cos⁡(4π5)\text{Tr}(A) = 2k_1 \cos\left(\frac{2\pi}{5}\right) + 2k_2 \cos\left(\frac{4\pi}{5}\right)

3. Utilisation des valeurs trigonométriques.

On rappelle les valeurs classiques (ou on les retrouve via X2+X−1=0X^2+X-1=0) :

cos⁡(2π5)=5−14etcos⁡(4π5)=−5−14\cos\left(\frac{2\pi}{5}\right) = \frac{\sqrt{5}-1}{4}   \text{et}   \cos\left(\frac{4\pi}{5}\right) = \frac{-\sqrt{5}-1}{4}

En injectant ces valeurs dans l'expression de la trace :

Tr(A)=2k1(5−14)+2k2(−5−14)\text{Tr}(A) = 2k_1 \left(\frac{\sqrt{5}-1}{4}\right) + 2k_2 \left(\frac{-\sqrt{5}-1}{4}\right)
Tr(A)=(k1−k2)5−(k1+k2)2\text{Tr}(A) = \frac{(k_1 - k_2)\sqrt{5} - (k_1 + k_2)}{2}

4. Condition de rationalité.

La trace est rationnelle si et seulement si le coefficient devant 5\sqrt{5} est nul (car 5∉Q\sqrt{5} \notin \mathbb{Q}).

Tr(A)∈Q  ⟺  k1−k2=0  ⟺  k1=k2\text{Tr}(A) \in \mathbb{Q} \iff k_1 - k_2 = 0 \iff k_1 = k_2

Dans ce cas, l'expression de nn devient :

n=2k1+2k1=4k1n = 2k_1 + 2k_1 = 4k_1
Ceci démontre que si la trace est rationnelle, alors 44 divise nn.

5. Réciproque et construction.

Supposons que n=4kn = 4k avec k∈N∗k \in \mathbb{N}^*. Considérons la matrice compagnon CC du polynôme P(X)=X4+X3+X2+X+1P(X) = X^4 + X^3 + X^2 + X + 1 :

C=(000−1100−1010−1001−1)∈M4(R)C = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 0 & -1
1 & 0 & 0 & -1
0 & 1 & 0 & -1
0 & 0 & 1 & -1 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_4(\mathbb{R})

On sait que P(C)=0P(C) = 0 et Tr(C)=−1∈Q\text{Tr}(C) = -1 \in \mathbb{Q}. En posant AA la matrice diagonale par blocs composée de kk blocs identiques à CC :

A=diag(C,C,…,C)A = \text{diag}(C, C, \dots, C)

Alors A∈M4k(R)A \in \mathcal{M}_{4k}(\mathbb{R}), P(A)=0P(A) = 0 et sa trace est :

Tr(A)=k⋅Tr(C)=−k∈Q\boxed{\text{Tr}(A) = k \cdot \text{Tr}(C) = -k \in \mathbb{Q}}

L'équivalence est ainsi démontrée.

Ne pas oublier que même si P(A)=0P(A)=0, les 4 racines ne sont pas forcément toutes valeurs propres de AA. Cependant, pour une matrice réelle, la conjugaison impose des contraintes fortes sur leurs multiplicités respectives.