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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) une matrice vérifiant la relation :

M4+M3+M2+M+In=0M^{4}+M^{3}+M^{2}+M+I_{n}=0

  1. Démontrer l'inégalité ∣Tr⁡(M)∣≤n|\operatorname{Tr}(M)| \leq n.
  2. Déterminer l'ensemble des matrices MM réalisant le cas d'égalité ∣Tr⁡(M)∣=n|\operatorname{Tr}(M)| = n.
  3. On suppose désormais que M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).
    1. Montrer que nn est nécessairement pair.
    2. Déterminer les valeurs possibles pour Tr⁡(M)\operatorname{Tr}(M) en fonction de nn.
    3. Le cas d'égalité ∣Tr⁡(M)∣=n|\operatorname{Tr}(M)| = n est-il possible dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) ?

1.

Identifier les racines du polynôme P(X)=X4+X3+X2+X+1P(X) = X^4+X^3+X^2+X+1. Que peut-on dire de la diagonalisabilité de MM ?

2.

Utiliser l'inégalité triangulaire sur les valeurs propres pour la trace.

3.

Pour le cas réel, se souvenir que les valeurs propres non réelles d'une matrice réelle sont deux à deux conjuguées avec la même multiplicité.

Idées clés

•

Diagonalisabilité par un polynôme annulateur à racines simples.

•

Étude du spectre d'une matrice réelle (multiplicités des valeurs propres conjuguées).

•

Cas d'égalité de l'inégalité triangulaire dans C\mathbb{C}.

Résolution.

  1. Le polynôme P(X)=∑k=04XkP(X) = \sum_{k=0}^4 X^k est un polynôme annulateur de MM. Ses racines sont les racines 5-ièmes de l'unité excepté 1 :
    Sp⁡(M)⊂{ω,ω2,ω3,ω4}ouˋ ω=e2iπ5\operatorname{Sp}(M) \subset \{ \omega, \omega^2, \omega^3, \omega^4 \}   \text{où } \omega = e^{\frac{2i\pi}{5}}
    Ces racines sont distinctes, donc PP est à racines simples. Ainsi, MM est diagonalisable sur C\mathbb{C}. Soient λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n les valeurs propres de MM (comptées avec multiplicité). On a :
    Tr⁡(M)=∑j=1nλj\operatorname{Tr}(M) = \sum_{j=1}^n \lambda_j
    Par l'inégalité triangulaire :
    ∣Tr⁡(M)∣≤∑j=1n∣λj∣|\operatorname{Tr}(M)| \leq \sum_{j=1}^n |\lambda_j|
    Or, chaque λj\lambda_j est une racine 5-ième de l'unité, donc ∣λj∣=1|\lambda_j| = 1. D'où :
    ∣Tr⁡(M)∣≤n\boxed{|\operatorname{Tr}(M)| \leq n}

  2. Le cas d'égalité dans l'inégalité triangulaire ∣∑λj∣=∑∣λj∣|\sum \lambda_j| = \sum |\lambda_j| impose que tous les complexes λj\lambda_j non nuls aient le même argument. Comme ils sont tous de module 1, cela signifie qu'ils sont tous égaux :
    λ1=λ2=⋯=λn=λ∈{ω,ω2,ω3,ω4}\lambda_1 = \lambda_2 = \dots = \lambda_n = \lambda \in \{ \omega, \omega^2, \omega^3, \omega^4 \}
    Puisque MM est diagonalisable, elle est semblable à λIn\lambda I_n, donc M=λInM = \lambda I_n. L'ensemble des matrices recherché est :
    S={ωIn,ω2In,ω3In,ω4In}\boxed{\mathcal{S} = \{ \omega I_n, \omega^2 I_n, \omega^3 I_n, \omega^4 I_n \}}

    1. Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Son polynôme caractéristique est à coefficients réels. Si λ∈C\lambda \in \mathbb{C} est une valeur propre de MM, alors λˉ\bar{\lambda} est aussi valeur propre avec la même multiplicité. Ici, les valeurs propres possibles sont ω,ωˉ=ω4,ω2,ωˉ2=ω3\omega, \bar{\omega}=\omega^4, \omega^2, \bar{\omega}^2=\omega^3. Soit pp la multiplicité de ω\omega (et donc de ω4\omega^4) et qq la multiplicité de ω2\omega^2 (et donc de ω3\omega^3). La dimension totale de l'espace est la somme des multiplicités :
      n=2p+2q\boxed{n = 2p + 2q}
      Ceci prouve que nn est pair.

    2. La trace s'écrit alors :
      Tr⁡(M)=p(ω+ωˉ)+q(ω2+ωˉ2)=2pcos⁡(2π5)+2qcos⁡(4π5)\operatorname{Tr}(M) = p(\omega + \bar{\omega}) + q(\omega^2 + \bar{\omega}^2) = 2p \cos\left(\frac{2\pi}{5}\right) + 2q \cos\left(\frac{4\pi}{5}\right)
      En utilisant les valeurs classiques cos⁡(2π/5)=5−14\cos(2\pi/5) = \frac{\sqrt{5}-1}{4} and cos⁡(4π/5)=−5−14\cos(4\pi/5) = \frac{-\sqrt{5}-1}{4}, on obtient :
      Tr⁡(M)=p5−12−q5+12avec p+q=n/2\boxed{\operatorname{Tr}(M) = p \frac{\sqrt{5}-1}{2} - q \frac{\sqrt{5}+1}{2}}   \text{avec } p+q = n/2

    3. Dans le cas réel, pour avoir ∣Tr⁡(M)∣=n|\operatorname{Tr}(M)| = n, il faudrait que toutes les valeurs propres soient égales (d'après la question 2). Or, si MM est réelle, ses valeurs propres non réelles viennent par paires de conjugués distincts (car ωk∉R\omega^k \notin \mathbb{R}). Il est donc impossible que toutes les valeurs propres soient égales à un même ωk\omega^k. Par conséquent, le cas d'égalité est impossible si n>0n > 0.

Dans la question 3, ne pas oublier que MM est diagonalisable sur C\mathbb{C}, mais pas sur R\mathbb{R}. Cependant, la trace peut se calculer dans C\mathbb{C} car elle est invariante par changement de base.